Christine Boutin et son cousin germain sont dans un bateau

« L’égalité, ce sont les mêmes droits pour tous, quelque soit son sexe, son orientation. » C’était l’une des phrases fortes du premier grand meeting de campagne de François Hollande. Le 22 janvier 2012, les associations LGBT, les gouines, les pédés et les trans’ présents au Bourget laissaient exploser leur joie au milieu d’une foule où les drapeaux du PS côtoyaient quelques rainbow flags. Le candidat socialiste affirmait l’égalité des droits et portait haut et fort dans la campagne présidentielle les couleurs du changement. 

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Florian Chavanon

par Florian Chavanon - Samedi 17 novembre 2012

  Florian Chavanon, 34 ans, journaliste pigiste pour la presse écrite française.  

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« L’égalité, ce sont les mêmes droits pour tous, quelque soit son sexe, son orientation. » C’était l’une des phrases fortes du premier grand meeting de campagne de François Hollande. Le 22 janvier 2012, les associations LGBT, les gouines, les pédés et les trans’ présents au Bourget laissaient exploser leur joie au milieu d’une foule où les drapeaux du PS côtoyaient quelques rainbow flags. Le candidat socialiste affirmait l’égalité des droits et portait haut et fort dans la campagne présidentielle les couleurs du changement. 

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ix mois plus tard, le projet de loi « mariage pour tous » est adopté en conseil des ministres avec peu de ferveur et une retenue qui tranche avec les mois précédents. Un enthousiasme contenu qui commence à apparaître comme un manque de conviction de la part du gouvernement et du président de la République.   

Une apathie d’autant plus surprenante qu’elle donne plus d’écho aux propos répugnants de ceux qui sont opposés à ce projet. Une faille trop belle dans laquelle il serait bien con de ne pas s’engouffrer, on ne va pas leur reprocher. La faute à qui ? Mais si comme moi vous pensiez qu’il s’agissait de demeurés isolés et ben c’est la grande claque. Ça vient de partout, même de là où on s’y attendait le moins, ça fuse dans tous les sens, à tel point qu’on a la sensation d’assister au bouquet final où on lâche les plus belles conneries. Alors comme j’apprécie moyennement les feux d’artifice, surtout quand on me les jette en pleine gueule, je me dis que c’est important de réagir en reprenant les propos insensés dont on pouvait raisonnablement penser qu’ils appartenaient à une autre époque.

 

Et je voudrais m’adresser d’abord à Mme Boutin, porte-flingue infatigable qui ne s’économise pas en énergie pour déployer sa rhétorique puante et haineuse partout où elle peut. Avec une « mauvaise foi » à la mesure de son malaise et qui me fait dire qu’elle est aussi lucide sur la question que sur celle du préjudice pour la démocratie du manque de renouvellement du personnel politique : 35 ans qu’elle squatte et c’est pas la pire chez les opposants !

 

Alors commençons par le plus confondant des arguments, celui qui voudrait qu’après avoir ouvert le mariage à tous, pédés, gouines et même hétéros auraient toute légitimité à demander la légalisation de la polygamie par exemple. Grotesque ! On n’est prêt à dire n’importe quoi et à faire un mauvais procès d’intention juste pour faire peur à ceux qui ne seraient pas encore tout à fait convaincus et qui se situeraient plutôt loin à ma droite. Y'a juste une chose, c’est qu’en l’occurrence la demande d’accès à tous au mariage repose non pas sur la conquête d’un droit nouveau par ailleurs absent de la législation française, donc pas raisonnablement de quoi s’inquiéter, mais bien sur l’élargissement d’un droit inscrit aujourd’hui dans le code civil, en l’occurrence pour les couples hétéros seulement. On parle de lobby en ce qui concerne les associations gays. Ici, ce sont plutôt les opposants qui défendent des intérêts particuliers. Passons.

 

 

Le diptyque père-mère

 

Vient ensuite le sacrosaint diptyque père-mère. Déjà, difficile de prétendre qu’il garantit l’absolu équilibre de l’enfant. Que Mme Boutin lise avec attention les livres d’histoire, que M. Dassault ouvre Le Figaro et s’en reporte à la rubrique des faits-divers pour qu’ils se rendent compte que des enfants d’hétéros sont capables des pires choses.

 

Oui mais… La psychanalyse et Freud nous disent qu’un père et une mère sont importants dans la construction du psychisme de l’enfant. Rappelons déjà que la psychanalyse est née et s’est développée dans un contexte occidental où le modèle familial dominant était celui de l’hétérosexualité. Donc évidemment, elle a eu pour terrain d’exploration des exemples qui en délimitaient fortement le champ d’étude. Ce à quoi d’ailleurs on a opposé très tôt la situation de l’enfant avec un parent unique. Mais certains courants de la psychanalyse répondent alors qu’il y a quelque chose de l’ordre du symbole : un père ou une mère symbolique.

 

Bon OK, mais en quoi les homos et les lesbiennes ne seraient-ils pas capables d’y faire référence au même titre qu’un parent isolé ? Les couples de même sexe ne sont-ils pas suffisamment éclairés pour devoir leur soupçonner d’occulter dans l’éducation de l’enfant un symbole dont on perçoit peu d’ailleurs les contours ou les effets réels et supposés ? Ce que l’on entend moins, c’est que le symbole est peut-être avant tout celui de l’autorité. Mais surtout la condition d’un foyer accueillant. Deux choses qui apparaissent déterminantes si l’on s’engage à considérer en premier lieu le bien-être de l’enfant. Alors je tiens à rassurer ceux qui ne seraient pas convaincus par le fait que des pédés ou des gouines soient en mesure d’aimer et d’accueillir un enfant avec toute l’attention nécessaire : ça va le faire !

 

D’autant qu’il faut rappeler que ça n’est pas si exceptionnel que ça qu’une fille de 16 ou 18 ans tombe accidentellement ou volontairement enceinte. Ceci sans l’avoir réfléchi avant et les conséquences sont parfois dramatiques. Pour le coup, l’adoption et la PMA appellent une sacrée dose de volonté et d’avoir considéré au préalable le statut de parent. Que ce soit dans un couple homo ou hétéro. Cela prémunit un certain nombre de problèmes bien plus essentiels que ceux dont découlerait une relative et hypothétique absence du symbole du père ou de la mère.

 

Maintenant si je voulais être défaitiste, je me dirais : bon, la société française n’est peut-être pas prête en 2012. Elle le sera au plus tard, dans une vingtaine d’années. Oui parce que fondamentalement ce dégout de l’homosexualité longtemps véhiculé par la société se sera bien calmé d’ici-là. M’enfin quand même, ça fait chier d’attendre. Parce qu’il y a comme une injustice qui pourrait courir encore longtemps. Qui repose sur quoi d’ailleurs ? Ben sûr rien d’autre que sur un jugement arbitraire, sur des préjugés qu’une bande d’attardés a prononcés un jour et qu’on martèle depuis dans les têtes. Et pour beaucoup, ce truc-là a la dent dure.

 

Donc moi, je dis qu’en fait pour donner son avis aujourd’hui, ben il faudrait être soit un mec qui puisse dire OK, ça ne me dérange pas de prendre une bite dans la bouche, ou une femme qui puisse admettre Ça ne me pose pas de problème de faire un cunni. Qu’on se méprenne pas : je ne propose pas que le débat soit uniquement accordé aux gens qui ont eu un rapport homo, non… Juste que les personnes qui interviennent soient celles qui se soient débarrassées de ce blocage qui cantonne le débat au niveau des pâquerettes. Finalement comme les homos, les gouines et les trans’ sont plus légitimes à s’exprimer sur la question parce qu’ils ont fait ce chemin, intérieur et compliqué, celui de se débarrasser de cette présomption de culpabilité.

 

Ah mais là j’entends la voix du cardinal de Paris : « Non, non attendez, la religion, le christianisme le dit autrement et interdit tout rapport entre personne de même sexe. » Rassurée Mme Boutin, qui se tape son cousin germain ! Bon déjà, cela n’a pas empêché que certains de ses plus hauts dirigeants s’y adonnent allègrement. Et puis son dieu, ça n’est pas forcément le mien et la religion n’a plus le monopole des idées. Je reconnais que c’est dur pour le cardinal d’admettre cela, mais depuis 1904 et la loi de séparation de l’Etat et de l’Eglise, cette dernière n’a plus à se mêler de l’organisation de la vie en société. Il en revient au législateur par la loi ou au peuple par la voie du référendum (je reviendrai plus tard sur dernier point).

 

Alors sauf à considérer que nous devrions revenir à cette époque où la religion dicte tout et soit le centre gravitationnel de notre contrat social, nous n’avons pas à interférer dans ce débat l’agitation du bien et du mal chrétien, dont la philosophie et l’histoire nous ont démontré depuis suffisamment longtemps le caractère arbitraire et dangereux. 

 

En matière d’arbitraire, c’est assez triste aussi d’observer de quelle façon les élus de droite et d’extrême-droite revendiquent haut et fort la laïcité à l’occasion du port du voile islamique et en appellent à la tradition chrétienne de la France à d’autres moments. 

 

Je poursuis.

 

 

La nature

 

Maintenant, j’entends : « Mais c’est contre-nature-han ! », « Un homme et une femme, c’est la nature-han. » So what chère madame interrogée sur le parvis de la Défense ? Précisons que l’homme et la femme ont été câblés de la sorte pour perpétuer l’espèce. Ce qui soit dit en passant n’enlève en rien cette capacité à votre oncle qui fait du tricot.

 

Il me semble surtout que l’on a conquis depuis un moment la notion de sexualité de plaisir. Exit donc le caractère uniquement reproductif de la chose. Ainsi en matière de sexe, on parle bien aujourd’hui de culture et de plaisir et non plus de nature. C’est d’ailleurs la notion de majorité sexuelle au sens du code civil – qui l’entend comme telle : libre consentement (donc a priori plaisir) – versus la puberté et la maturité sexuelle.

 

D’où le problème envisagé par Boutin et consort de façon franchement biaisée. Le modèle familial au sens moderne, d’où découle le mariage, ne repose pas intrinsèquement sur la sexualité entre un homme et une femme pour les raisons que je viens d’évoquer. Sinon, il y aurait de fait obligation de consommer le mariage dans le but de faire des enfants. Ce modèle a été envisagé d’abord pour consolider une cellule qui permette la sécurisation de la famille, avec ou sans enfant, et une reconnaissance juridique de leur engagement. Les personnes de même sexe n’ont donc pas à en être exclues. Nous parlons bien de mariage civil et non religieux. Et pour ceux qui invoquent la cause finale aristotélicienne pour disculper les gays du mariage : l’adoption et la PMA y remédient. Ce qui conduit à ne pas devoir se limiter à revendiquer le mariage sans l’adoption ni la PMA pour les couples de même sexe. Ca n’aurait pas de sens.

 

Alors, ces dernières pourraient même perpétuer un modèle, par ailleurs en perte de vitesse et que personnellement je considère comme archaïque et petit-bourgeois, mais ce n’est pas la question. Modèle qui est le ciment de notre société dit-on. Et c’est là où je m’étonne. Parce que Boutin, Dassault, le cardinal Vingt-trois et consort agitent le drapeau de la menace d’une anarchie générale et la fin de notre société si le mariage et l’adoption (+ PMA) devaient être accordés aux gays. Bullshit ! Déjà, c’est pas parce qu’on autorise le mariage à tous que tout le monde va devenir pédé ou gouine. Faudrait qu’on m’explique la logique ! Ensuite, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas, en Norvège, dans certains états australiens, partout où l’adoption par les couples de même sexe est autorisée, il ne me semble pas qu’on observe des situations de nature apocalyptique.

 

 

20e au classement IDH

 

Bien au contraire. Le classement de l’indice de développement humain (IDH) hiérarchise selon des critères stricts les pays où il fait mieux vivre. En premier, qui trouve-t-on en 2011 ? La Norvège. En second ? L’Australie. Ah ! Le 3e, quand même pas un pays où il existe l’adoption par les couples de même sexe et le mariage accessible à tous ? Ben si. Les Pays-Bas, qui reconnaissent le mariage homo depuis 2001… 11 ans d’un vacarme assourdissant qui nous sonne les oreilles ! Bon et la France dans tout cela ? 20e. Mince ! C’est à ce moment que Boutin et le cardinal Vingt-Trois devraient se demander dans quel sens prendre le problème. Ils pourraient se dire alors que les derniers de cette liste sont forcément des pays où la religion n’est plus aussi importante et où les droits des gays sont forts. Je vous laisse vérifier.

 

Plus subtile mais tout autant pernicieux, « l’humanité serait structurée entre hommes et femmes ». Argument qui a été relayé dernièrement à ma gauche. « C’est lorsque je bois et que je fais l’amour que je ressemble le moins à un animal », dit Antonio dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais. « Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. ». Ça veut dire quoi ? Que c’est une chose vaine de vouloir parler d’humanité et qu’aucune règle naturelle ne peut justifier des normes culturelles. L’homme individuel n’a cette capacité de pouvoir se définir que dans une histoire commune, qui par essence évolue. La conséquence qui voudrait que les pédés, les gouines et les trans’ sont exclus de l’humanité est donc, d’une part carrément dégueulasse, mais surtout parfaitement stupide ! L’humanité n’a de sens que dans celui de l’histoire de cultures et de projets sociaux différents. Rien à voir avec une structuration femmes-hommes.

 

 

Enfin, pour répondre à Mme Le Pen qui considère qu’en la matière la décision doit être prise via le référendum. En vertu de quoi une discrimination peut-elle faire l’objet d’une appréciation populaire ? Aurait-elle apprécié, Mme Le Pen, que la question du droit de vote des femmes soit soumise au jugement majoritairement masculin et misogyne de l’époque ? Si cela avait été le cas, serait-elle là, aujourd’hui, pour parler dans les médias ? Considère-t-on également que la conquête des droits civiques pour le peuple afro-américain devait être appréciée par l’ensemble population blanche américaine de l’époque ?

 

Je rappellerai que la Suisse est l’un des derniers pays au monde à avoir accordé aux femmes le droit de vote: 1971. Il y en a de plus récents, c’est sûr, mais ils sont moins nombreux. Pourquoi ? Parce que la question a été débattue par référendum et par un corps de votants masculins et que cette situation devenait scandaleuse face à ses pays voisins.

 

 

Pour finir, à ceux qui réclament des états généraux, souvent ceux qui ont à conquérir en ce moment même un électorat encore peu convaincu par ces questions, le débat a lieu depuis maintenant 10 ans et plus en France. Nous venons d’élire fraîchement un président dont l’un des engagements majeurs de campagne (engagement 31) était l’égalité d’accès au mariage et à l’adoption. Dont acte ! Que certains à droite considèrent que l’élection de la gauche aux plus hautes responsabilités de l’Etat n’est jamais légitime, c’est leur problème. En revanche, il n’y a aucune raison valable pour que l’opposition décide de l’agenda et suggère de reporter aux calendes grecques l’examen du projet de loi devant l’Assemblée. Aux socialistes maintenant d’élever la voix et d’imposer avec force et conviction la première grande réforme sociale de ce gouvernement. Aux pédés, gouines, trans’, mais aussi aux hétéros de faire taire toutes les absurdités en levant le poing et en allant manifester dès qu’il est nécessaire contre des propos insultants, méprisants et dangereux qui n’ont plus à exister aujourd’hui.


Florian Chavanon

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