Les gays ont un socle commun

Communauté, communautarisme? Voilà donc les maux qui vont détruire le pays des lumières et l’Occident civilisateur. Ouais j’ai du mal à croire qu’avec ma bite et mon couteau je peux faire vaciller la France fille aînée de l’église catholique et jumelle maléfique de l’ENA. Qu’est-ce que je pourrai bien avoir à foutre d’une communauté si j’étais considéré comme le clampin moyen, mais voilà moi, travailleur blanc (ça partait pourtant pas mal dans leurs critères), je n’ai par exemple pas le droit de donner mon sang vu que pour l’Etablissement français du sang je ne suis qu’une petite salope de bas étage, sûrement qu’être en couple depuis 4 ans et croire à cette connerie qu’on appelle fidélité ça ne compte même pas dans l’évaluation vu qu’en définitive je ne reste qu’un pédé. 

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Stéphane Bréger

par Stéphane Bréger - Samedi 03 novembre 2012

Stéphane, 33 ans, nantais donc breton, poissonnier en grande distribution c'est dire si c'est friendly ! Gauchiste convaincu et dirty dandy revendiqué. Traîne dans là scène punk/oi! depuis des plombes, apprécie les garçons photogéniques, les voyous et la dialectique révolutionnaire. ACAB & Love !

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Communauté, communautarisme? Voilà donc les maux qui vont détruire le pays des lumières et l’Occident civilisateur. Ouais j’ai du mal à croire qu’avec ma bite et mon couteau je peux faire vaciller la France fille aînée de l’église catholique et jumelle maléfique de l’ENA. Qu’est-ce que je pourrai bien avoir à foutre d’une communauté si j’étais considéré comme le clampin moyen, mais voilà moi, travailleur blanc (ça partait pourtant pas mal dans leurs critères), je n’ai par exemple pas le droit de donner mon sang vu que pour l’Etablissement français du sang je ne suis qu’une petite salope de bas étage, sûrement qu’être en couple depuis 4 ans et croire à cette connerie qu’on appelle fidélité ça ne compte même pas dans l’évaluation vu qu’en définitive je ne reste qu’un pédé. 

A

h oui, j’avais oublié de le signaler, préférer les garçons aux filles m’envoie de facto dans une communauté, et qu’on ne vienne pas me dire que je m’y complais vu que je m’en passerais bien de cette soi-disant vision communautaire qui, expliquée par les sociologues de comptoir et autres charlatans intellectualistes qui martèlent dans les mass médias à longueur d’éditos et d’articles bidons, que la communauté entraîne le communautarisme. Parce que là, quand on les écoute, on rigole plus, on sent bien que nos faiseurs d’opinions nous prennent pour des allumés sectaires qui tentent un ersatz d’autarcie identitaire pour défendre des revendications aussi fantaisistes que dangereuses.

Et oui, demander à être traité comme le beauf lambda ça à l’air déjà de les faire suer. Désolé de penser qu’on n'est pas plus cons que les autres et que si on l’est (tout le monde est pas le roi des malins non plus), eh bien qu’on nous juge là-dessus et pas sur notre sexualité ou notre volonté de nous regrouper pour défendre nos droits qui sont bien évidemment sectorisés. Non, les gays ne sont pas une armée homogène prête à se lancer à corps perdus dans un combat émancipateur et salvateur.

Le fait de faire partie d’une minorité n’implique pas forcément une union sacrée même sur des sujets plutôt fédérateurs comme en ce moment le mariage pour tous. Il y a des gays pour critiquer cette uniformisation, certains pensent que c’est un désir de singer les hétéros ou de rentrer dans le moule de la famille bourgeoise en voulant vite effacer les années de luttes underground contre les schémas familiaux traditionnels comme les transgenres ou les queers. Eh bien oui, une communauté n’est pas un espace fermé mais plutôt le ciment d’une multitude de « courants ». Ce bouclier est peut être le seul moyen pour obtenir des avancées significatives. Mais d’abord cette communauté à laquelle je suis sensé appartenir, quelle est elle?

 

Pas besoin de long discours, pour le commun des mortels, les gays sont des personnes à l’écoute, souriantes, qui savent faire la fête et qui aiment les montres qui brillent… Bienvenue dans mon monde merveilleux, à moins que je ne sois pas vraiment sûr de la véracité de tous ces poncifs. Faut vraiment être à la ramasse pour penser ça et pourtant c’est la vision des mass média (et donc d’une bonne majorité de français) et c’est je pense pour cela que beaucoup d’hétéros trouvent normal que l’on souhaite obtenir le mariage car pour eux nous ne demandons qu’à devenir ce qu’ils sont. Normalisation d’un couple officiel dans une société traditionnelle, mais faut pas être trop gourmand non plus alors ils ne veulent pas entendre parler de  la PMA chez les lesbiennes, déjà qu’ils ont des doutes sur l’adoption.

 

C’est sûr qu’il faut arrêter d’idéaliser les gays, oui il y aura des histoires dégueulasses de mecs qui taperont leur gosse, d’inceste et de toutes ces saloperies qui pourrissent des milliers de familles depuis la nuit des temps. Mais interdit-on aux hétéros d'avoir des enfants à cause de la conduite ignoble de quelques-uns? Bien sûr que non. Arrêtez tout de suite de croire que les gays seront de meilleurs parents, c’est faux! Par contre, ils seront à la hauteur et c’est bien ça l’essentiel. C’est le sens de l’histoire, les hétéros sont « obligés » de nous accorder quelque chose pour freiner d’autres revendications qu’ils qualifieraient de radicales.

 

 

Idéaliser ≠ Trahir ?

 

En arrêtant la fantasmatique sur les gays, suis-je en train de trahir ma communauté ? Non, bien sûr, car à part la vision d’Epinal représentée par le Marais qui alimente de façon ubuesque l’attirance tout autant que la répulsion, nous ne sommes pas un bloc mais un ensemble d’individus dont bien souvent un des seuls points communs est d’aimer la bite. Il est temps qu’on arrête nous aussi de nous projeter cette image d’une communauté unie alors que bien souvent la réalité ressemble plus à un combat dans la boue saupoudrée de strass et de paillettes.

 

Les gays ont perdu le radicalisme d’antan, mais comme l’ont fait les gauchistes ou d’autres, une autre façon de faire de la politique et du lobbying s’est imposée, plus efficace ou non? Pour l’instant, il est trop tôt pour en juger. La communauté gay est donc pour beaucoup d‘hétéros cette avant-garde festive doublée à ce besoin de reconnaissance fondamentale (y compris par une normalisation des familles). Mais existe-t-il encore une culture, une histoire, une stigmatisation propre à cette communauté? Si la réponse est non, alors il est temps de ne plus se considérer que comme des individus et d’attendre que nos droits soient accordés au fil du temps.

 

Je pense que les gays ont malgré tout un socle commun. La stigmatisation, le passage initiatique pour se découvrir et s’accepter, le sida qui a tué tant des nôtres et qui pourtant arrive encore à ne pas nous effrayer à sa juste valeur (vu le phénomène de relapse et de bareback qui ne sont même plus jugés comme criminels dans un communauté qui ne veut plus voir la réalité en face), une culture ludique et politique qui malheureusement s’est fait détrôner par un consumérisme effréné et un culte du corps qui provoque rejet et discriminations. Beaucoup de choses qui pourrait paraître négatives mais qui restent ce ciment qui permet de dire que les gays sont une communauté. Inconsciemment peut-être, mais des valeurs et des combats qui n’ont pas encore été menés prouvent que cette vision communautaire a de nombreux points positifs à exalter.

 

Pourtant l’attention quasiment exclusive accordée par les associations gays à la défense du mariage pour tous ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. L’homophobie va rester bien présente, les jeunes gays vont toujours être beaucoup plus enclins à la dépression, aux conduites à risque à cause d’une mauvaise estime de soi et au suicide. L’avancée du mariage pour tous doit être le cheval de Troie de la cause homosexuelle, il doit pousser l’Etat à s’engager dans les cours d’éducation sexuelle à l’école, il doit bousculer les instances dirigeantes dans de véritables campagnes de fond contre l’homophobie et contre les conduites à risques (sexuelles, drogues, alcool…). Le mariage pour tous ne doit surtout pas être les lauriers sur lesquels iront se reposer les « alliés » des gays.

 

A nous de faire très attention à cela, il sera facile aux dirigeants de nous tenir ce discours, « Vous avez le mariage, il n’y a donc plus de problème! », la vigilance face à ce qui pourrait très facilement arriver doit être à la hauteur des enjeux. Si la vision communautaire peut être bénéfique, alors dans ce cas, il n’y aura aucune raison de s’en priver.


Stéphane Bréger

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