LGBT : une rentrée sous le signe de la pauvreté

Finalement, François Hollande était vraiment le président idéal des personnes LGBTQIpKfC§*. Il est tellement bonhomme que c'est la version hétéro de Bertrand Delanoë et comme ce dernier reste toujours le favori des gays, même s'il ne fait pas grand chose pour ces derniers, nous avons une idée très précise de ce que va être ce quinquennat pour les folles: une pilule de Xanax tous les jours. 

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Didier Lestrade

par Didier Lestrade - Dimanche 02 septembre 2012

Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.

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Finalement, François Hollande était vraiment le président idéal des personnes LGBTQIpKfC§*. Il est tellement bonhomme que c'est la version hétéro de Bertrand Delanoë et comme ce dernier reste toujours le favori des gays, même s'il ne fait pas grand chose pour ces derniers, nous avons une idée très précise de ce que va être ce quinquennat pour les folles: une pilule de Xanax tous les jours. 

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e gouvernement et le PS ont mis une communauté LGBT entre parenthèses. En attendant les lois en faveur du mariage et de l'homoparentalité, il faudra donc se taire. Il reste le combat contre l'homophobie, cet arbre qui cache la proverbiale forêt de tous les sujets qui ne sont pas suivis par les associations qui sont supposées nous défendre et les médias qui sont censés nous informer (j'allais dire : éduquer). Cette lutte contre l'homophobie est un paravent, comme un combat sans fin, avec des faits divers plus glauques les uns que les autres et ceci empêche d'exprimer les autres craintes que nous éprouvons dans la société de 2012.

Cet été, les news LGBT ont été, à nouveau, monopolisées par la lutte contre l'homophobie. Certains jours, les newsletters associatives ou médiatiques étaient uniquement polarisées sur tel ou tel évènement, enfin si on appelle certains de ces faits divers des évènements. Récemment la breaking news a concerné deux homosexuels qui ont trouvé leur sextoy collé sur le bagage qui tournait sur le tapis roulant d'un aéroport. Une autre fois, c'était une série télé qui est interdite dans l'Utah. C'est catastrophique de banalité. Cela confirme l'avis de plus en plus répandu de ceux qui pensent désormais qu'il ne faut rien attendre de certains médias gays en termes d'engagement puisque les médias hétéros font déjà mieux et abordent des discussions qui font vraiment avancer le schmilblic.

 

Le fait est, la lutte contre l'homophobie est devenu une solution de facilité quand tant d'autres sujets devraient être mis en avant, eux aussi. Oui, communiquer contre l'homophobie est un geste très inclusif. Mais la communauté LGBT se présente toujours comme un faux assemblage de personnes qui se plaignent face à la société. C'est un message forcément passif et même Elton John et son mari sont très inquiets à l'idée que leur fils (multi-millionnaire) soit confronté à l'homophobie en grandissant. Imaginez être le fils d'Elton John, il est difficile d'avoir une enfance plus privilégiée. Si le garçon grandit en souffrant d'homophobie, imaginez l'adolescence de ceux qui grandiront avec la crise économique.

 

 

Parle à ma main !

 

Récemment, Didier Dubois-Laumé a adressé une lettre ouverte à Bertrand Delanoë insistant sur la nécessité d'élargir l'accès au passe Navigo de la RATP aux personnes en difficulté. Je ne crois pas que la Mairie de Paris ait répondu à la proposition d'un homme qui s'est engagé, pendant des années, dans un travail d'aide aux personnes séropositives au sein de Café Lunettes, hébergé puis éjecté par le Centre LGBT de Paris. À travers cet exemple, c'est tout le mouvement de paupérisation de cette communauté LGBT qui n'a plus les moyens de vivre sa réputation de « fêtards » alimentée par les années fastueuses du « Double income, no kids » (DINK).

 

Deux salaires, pas d'enfants? Mais que se passe-t-il quand la solitude est accentuée par la crise économique et que l'on est au chômage? Comment adresse-t-on ce nouvel évènement, beaucoup plus politique qu'un sextoy qui se promène tout seul? Car cette tendance est sans précédent dans l'histoire du mouvement gay avec une proportion de plus en plus importante de gays, lesbiennes, bis et trans sans emploi et souvent au RSA? Tout atteste que le milieu gay est frappé de plein fouet par la récession : les magazines se vendent beaucoup moins, les bars ferment dans le Marais, les restaurants sont moins remplis, les clubs ne se renouvellent pas et la prostitution masculine est en plein essor.

 

Les gays ne sont pas habitués à dire publiquement « Ben voilà, ça fait un mois que je ne suis pas allé draguer dans un bar car je ne peux plus me payer deux bières ». Cette précarité est difficilement formulable, elle est pourtant très répandue, chez les jeunes comme chez les plus âgés et le chômage concerne tout le monde, vous et moi.

 

 

L'universalisme PS

 

Bien sûr, les associations LGBT, dans leur blocage mental universaliste pro-PS, vont vous sortir le joker imparable : le chômage n'est pas une spécificité LGBT, c'est transversal, et les syndicats sont là pour relayer ce problème social. Oui mais c'est déjà ce qu'ils disent sur le sida (« allez voir Aides »), sur la syphilis (« allez voir le SNEG »), sur les sans abris pédés (« allez voir Le Refuge »), sur l'islamophobie (« allez voir HM2F ») ou sur la grève de la faim en général (« allez voir Louis-George Tin »). Mais qui s'occupe des mecs et des nanas qui n'arrivent plus à payer leur loyer?

 

Je me demande quand les médias gays vont arrêter de nous proposer des produits de luxe quand nous sommes de plus en plus nombreux à acheter exclusivement des produits de bas de gamme au supermarché. Non, je n'ai pas envie qu'on me fasse la retape sur les « destinations gays » car je n'ai pas les moyens d'y aller, capice? Je m'en fous du concert raté de Madonna à l'Olympia car je n'ai pas 89,50 euros pour un billet de concert. On est en train de limiter nos achats sur TOUT. Car même les produits de bas de gamme au supermarché ne cessent d'augmenter. Les pâtes, le riz, le lait, le pain. Alors arrêtez avec vos photos Instagram sur Tumblr où on voit les cupcakes que vous allez vous avaler à New York, ça devient indécent.

 

L'argent et le pouvoir sont à la base de la culture LGBT. Il faut le reconnaître. Nous sommes des consommateurs. Nous avons revendiqué ce statut de consommateurs. De sexe, de culture, de voyages, d'Internet et de Grindr - et nous achetons tout ça car c'est notre liberté. La très grande majorité d'entre nous n'a pas d'enfants à nourrir, à éduquer, à protéger. Maintenant la crise se prononce et depuis 2008, nous avons fait comme si cela ne nous concernait pas. Money's too tight to mention? Ben si justement, il faut en parler. Avant, le message des gays c'était « Nous sommes en train de mourir, ils ne font rien! ». Aujourd'hui, c'est : « Je suis au chômage, ils ne font rien! ». Avouer qu'on est sans le sou quand on est gay, c'est être encore plus à la merci de ceux qui ont encore du fric. Et ça a un poids dans les relations de drague, même en termes de prévention sida. C'est toujours le plus fort qui impose son deal. Et puis, quand vous avez un mec qui vient baiser chez vous, au lieu de lui demander s'il veut boire quelque chose, allez-vous lui demander « Tu as faim? ». Quand il va partir à 3h du matin parce que vous le jetez dehors après avoir baisé, vous allez le laisser rentrer chez lui à pied parce qu'il n'a pas l'argent du taxi?

 

Cette crise économique qui nous touche change énormément de choses dans la manière avec laquelle nous communiquons, nous inter-agissons entre nous. Elle nous rapproche plus que jamais des autres combats menés par les autres minorités qui souffrent dans cette société désormais dirigée, de haut en bas, par le PS. La décroissance désormais, on ne le choisit plus, on la subit.

 

 

Tous les pouvoirs

 

Des municipalités aux régions, du Parlement aux médias, les socialistes ont désormais tous les pouvoirs. Et nous refusons que l'agenda LGBT se limite à la question du mariage et de l'homoparentalité. Cela fait des années que nous attendons de vrais programmes d'éducation sexuelle LGBT à l'école et l'Education nationale ne fait toujours rien (le bullying, on attendra plus tard?). Nous attendons une vraie politique de prévention du sida et des IST à Paris, pas ces campagnes ridicules et dépassées, qui ne veulent rien dire, que la Mairie nous impose comme si nous étions des êtres sexuels débiles. Nous attendons un vrai centre d'archives dans la capitale pour pallier l'effarante perte de mémoire qui touche actuellement tout le monde, puisque les médias ne sont pas capables de mettre online leurs propres archives. Nous attendons une vraie politique d'aide en faveur du vieillissement des personnes LBTG qui ont nourri le combat depuis 30 ans et qui ne savent pas comment affronter la vieillesse et l'isolement qu'elle entraîne. Nous exigeons un vrai mouvement de coming-out car la France est le seul pays occidental où les célébrités, politiques ou non, cachent encore leur orientation sexuelle alors que des sportifs olympiques en sont au stade de révéler leur séropositivité. Nous accusons un tel retard!

 

 

Meanwhile, back in the jungle, on apprend que Nicolas Gougain, porte-parole de l'InterLGBT s'est trouvé une place, nommé par le Premier ministre lui-même. Gilles Bon-Maury d'Homosexualités et Socialisme est arrivé au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem. Il y a Bruno Julliard qui travaille pour Vincent Peillon à l'Education précisément. Il y a Serge Coronado qui est député. Champagne, quoi! Trop bien pour eux!!! Il y a Emmanuelle Cosse, ancienne présidente d'Act Up-Paris, qui est élue depuis plus de 2 ans au Conseil général d'Ile-de-France sur le dossier du logement. Du logement, justement? Avec toutes les revendications qu'avait Act Up dans ce domaine? Au lieu de rabâcher sur le mariage et l'homoparentalité, maintenant qu'ils ont un job, eux, que vont-ils faire pour nous?

À l'époque du sida, il y avait des structures qui apportaient des repas aux malades. Il y avait des tickets restaurant pour ceux qui n'avaient pas de sous. Il y avait des appartements thérapeutiques. Il y avait des endroits pour que les gens se sentent moins seuls. Et maintenant que tant d'entre nous vont finir à la rue, ou qui y sont déjà, que vont-ils faire exactement ? Attendre le mariage et l'homoparentalité ?

 

Je ne crois pas que ça va les aider à traverser une décennie perdue. Du Xanax, vite.


Didier Lestrade

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