Moving forward

Minorités a publié un texte selon lequel les gens étaient en train de craquer. Quelque part, ce n'est pas faux. Pourtant, est-ce totalement vrai ? Les gens craquent peut être, mais parce qu'ils prennent l'effritement de la société sur leurs épaules. En fait, c'est notre quotidien qui part à vau-l'eau, qui se morcèle, qui se fragmente. Pas nous.

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Manuel Atréide

par Manuel Atréide - Samedi 11 février 2012

Après avoir été informaticien, développeur Web et concepteur applicatif. Ex-geek (encore que), souvent râleur, toujours curieux et surtout avide de continuer à apprendre tout et n'importe quoi. Surtout branché technologies, politique, évolution des médias, culture bourgeoise. Pas mal de jardins secrets, nettement moins bourgeois. Ah oui: homme, blanc, roux, gaucher, gay.      

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Minorités a publié un texte selon lequel les gens étaient en train de craquer. Quelque part, ce n'est pas faux. Pourtant, est-ce totalement vrai ? Les gens craquent peut être, mais parce qu'ils prennent l'effritement de la société sur leurs épaules. En fait, c'est notre quotidien qui part à vau-l'eau, qui se morcèle, qui se fragmente. Pas nous.

L

a République a perdu son triple A. Nous avons une montagne de dettes. Le chômage augmente, la pression sur les salaires, sur les employés, le commerce, les créateurs, les petites gens, les cadres, sur tout le monde, va croissant. Pollution, surpopulation, guerres interminables au Proche-Orient - dont les protagonistes ont oublié l'origine, le monde arabe qui se révolte contre ses dirigeants corrompus, richissimes, ne suivant même pas les règles sociales fondées sur l'Islam que la population, elle, suit, tout cela est vrai. Aux USA, les bagnoles américaines ressemblent à des européennes ou des japonaises, c'est la fin du rêve. Le Japon est en partie contaminé par Fukushima, les Chinois menacent de se suicider dans les usines de production de Microsoft et le font pour Apple. Tout cela est vrai.

Mais, si notre monde devient schizo, cela ne veut pas dire que nous le devenons. Que nous le sommes. Que nous n'avons plus qu'à baisser les bras et la tête afin d'attendre le 21 décembre. Bullshit !

 

Notre pays n'a jamais été aussi riche, sa population éduquée, créative, inventive, mue par une soif de savoir alimentée par un accès à la connaissance sans précédent historique. Les problèmes sont immenses, j'en suis conscient, mais nos capacités n'ont jamais été aussi fortes. Levez la tête, regardez autour de vous. Aucun crétin, pas d'abrutis. Les gens savent, ils veulent agir, ils en crèvent d'envie. Et ils le peuvent. Nous avons hérité de la démocratie, et nous ne savons pas encore très bien à quoi cela sert. La démocratie, ça sert à ça : pouvoir agir quand tout va mal. Prendre les choses en main, démolir ce qui ne sert plus à rien, congédier ceux qui ont failli, imposer aux profiteurs d'arrêter le pillage.

 

L'occident l'a déjà fait, le monde entier rêve de le faire, les pays arabes de Méditerranée sont en train de le faire. Et que dire de l'Afrique ! Ce continent constamment vu comme infantile, ces peuples qui ne sont pas entrés dans l'histoire, comme l'a dit Nicolas Sarkozy, il bouge ! C'est dur, la chape de corruption et de népotisme est lourde à lever mais les peuples d'Afrique se bougent. Et sans nous encore, quel culot de la part de ces éternels enfants !

 

Ce qui se passe ailleurs, nous le pouvons nous aussi. Et c'est le moment rêvé : nous allons renouveler l'équipe à la tête du pays. 70 jours pour faire le tri dans les idées et les doctrines, 70 jours pour faire le ménage, virer les idées périmées, mettre en avant celles qui sont pertinentes pour l'époque actuelle, 70 jours pour faire émerger les politiques qui les porteront et seront capables de faire éclore les idées pour demain, pour la nouvelle génération.

 

 

Un bon coup de peeling à  gauche

 

Les idées de gauche ou de droite ne sont pas mortes, elles ont en revanche besoin d'un bon coup de peeling. Virer les peaux mortes, se séparer des rêves de nos parents et grands parents, penser à nous enfin. Mai 68 c'était il y a 44 ans, le gaullisme a 67 ans. 36 et les congés payés ont l'âge des grands parents : 76 ans. Nous sommes en 2012, les idéologies de ces temps ont atteint leur date de péremption. Pourquoi alors vouloir continuer à les appliquer, qui plus est, sans aucun changement, aucune adaptation à notre monde actuel. Sources d'inspirations, sans doute, cela n'en fait pour autant plus un programme politique.

 

Mes idées pour la période qui vient sont dans les SCOP, les concepts participatifs, des villes qui arrêtent de polluer et qui créent plus d'énergie qu'elles n'en consomment, qui ne regardent plus leurs banlieues comme des lieux de sauvagerie sociale mais comme une réserve d'énergie et de créativité. Dans une agriculture qui arrête de produire plus pour produire mieux, dans la slow Food, le Web, sa formidable envie de partage qui popularise l'économie du don.

 

Je veux un monde entier qui utilise le très efficace moteur de la création individuelle mais qui met fin à l'accumulation inepte des richesses dans les mains de quelques uns, enfermés dans une névrose qui les pousse à n'apprécier un coucher de soleil que s'ils ont claqué 20000$ de billet d'avion, obtenus une suite dans un hôtel de luxe au design aussi sophistiqué que vide de sens et sont accompagnés d'une nana refaite à coup de silicone et Botox à leur coté. Nana ou mec d'ailleurs, l'important c'est l'aspect de gravure de mode couplé à une absence totale de réflexion personnelle. Pour moi, le 21ème siècle, c'est le progrès sans l'hubris. Avancer sans jamais croire qu'on est les seuls à avoir tout bon. Etre radical mais modeste, humble. Penser à soi mais penser aux autres.

 

En revanche, je suis d'accord avec Didier sur un constat froid et lucide : notre gauche actuelle est nulle. Pas ses aspirations, mais celles et ceux qui l'incarnent. Elevés au grain de l'ancien monde, ils sont incapables d'incarner le nouveau. Enarchie individualiste, cette caste voit la politique comme un métier lucratif et gratifiant, elle a pris le pire de la droite et se l'est appliquée à elle même, en phagocytant au passage les médias sous le regard bienveillant des tycoons néo-cons qui en ont profité pour faire main basse sur cet outil essentiel de la démocratie à l'occidentale.

 

Les politiques de droite ne valent pas mieux. Quand ils ne rancissent pas dans une vision rétrograde de la société et d'un temps perdu dans les limbes de l'histoire ou de leurs fantasmes, ils pourrissent dans une « révolution conservatrice » qui est arrivée au bout se son chemin. Les indignés, Occupy Wall Street, We are the 99% nous enseignent que l'ère Thatcher – Reagan est terminée. Partout, les gens se bougent, se lèvent, gueulent leur ras-le-bol et leur refus de voir leur vie continuer ainsi.

 

Cette campagne électorale ne soulève pas d'enthousiasme pour le moment, c'est peu de le dire. A droite, l'angoisse monte au fur et à mesure que les sondages montrent Nicolas Sarkozy battu au second tour, semaine après semaine. A gauche, L'envie folle de voir le président battu et l'UMP renvoyée dans l'opposition  masque mal le peu d'appétit que suscite François Hollande. Les petits candidats sont laminés au profit de quelques outsiders qui développent une rhétorique de changement radical. l'UMPS, autrefois créature inventée par le Front National, est reprise à gauche par Jean Luc Mélenchon, au centre par François Bayrou. Rarement une campagne présidentielle ne s'est déroulée dans un tel climat d'attente d'une chose, d'un événement que personne ne peut pourtant nommer. L'instabilité règne.

 

Si Nicolas Sarkozy devait continuer à stagner dans les sondages, si une part croissante des élus UMP venaient à croire en sa défaite, que feraient-ils ? Croyez vous qu'un député de base de la majorité ira risquer sa réélection en soutenant une cause perdue ? Ces députés de base, qui forment le gros des bataillons des troupes UMP savent pertinemment qu'une défaite aux législatives de juin signera la fin de leur carrière politique. Car, une chose est sûre : l'UMP dans l'opposition aura tout le temps de se réorganiser en mettant en avant une nouvelle génération de politiques qui ne devront rien à un président battu. Les leaders du parti de droite gouvernementale ne se priveront pas de former de nouveaux cadres qui leur seront loyaux.

 

A gauche, la campagne d'Eva Joly n'est plus qu'une façade pour un parti vert qui s'apprête à adopter une culture politique capable d'en faire un partenaire indispensable dans une coalition. Cécile Duflot, tout comme Daniel Cohn Bendit, croit davantage à une implantation à l'Assemblée nationale et dans les exécutifs locaux. Quand au PS, ce parti n'est plus que la scène où se produit une pièce sinistre dont le scénario consiste en une lutte sans fin d'ambitions personnelles.

 

Soyons lucides quelques minutes, voulez vous ? A quel moment de cette campagne sont abordés les sujets les plus importants pour les français : la lutte contre le chômage, les propositions pour sortir le pays de son marasme économique synonyme de pouvoir d'achat toujours plus faible, la bataille contre les inégalités sociales que les français subissent dans une rage froide mais qui n'est pas exprimée ? On s'écharpe sur un mot de Claude Guéant, on se raille sur ses soutiens européens ou l'archaïsme de ses idées. On envoie ministres et candidats batailler pour 90 emplois à Yssingeaux (ce qui est bien pour ces salariés qui se battent pour leur emploi), mais on ne fait rien pour les millions de chômeurs du pays. Non, il est plus important de gloser sur le physique d'une candidate ou sur la supposée claque que trimballerait un président en mal de soutien populaire. Aucune idée, aucune proposition, un vaudeville creux, inconsistant. 

 

 

Une nouvelle Weltanschauung

 

Que vous soyez de gauche ou de droite, il est temps pour vous de prendre un peu de temps pour reconsidérer votre vision du monde. Que voulez vous, en quoi croyez vous, comment voyez vous le chemin à parcourir ? C'est simple à faire. Une feuille de papier, un stylo, deux colonnes : mes envies, mes refus. Prenez une grande inspiration et laissez vous aller à inventer vos solutions. Refaites vos choix.

 

Une fois cela fait, décrochez votre téléphone, écrivez un mail, allez dans la permanence électorale la plus proche de chez vous et de vos idées et dites ce que vous attendez. Si en face, on vous écoute, demandez des engagements. Et jurez de revenir surveiller la conformité des actes avec les engagements pris, genre tous les mois. Si on vous regarde avec des yeux de veaux morts, claquez la porte et faites le savoir. Vous serez surpris de voir combien de gens dans votre entourage pense comme vous sans avoir osé le dire jusque là. Et combien ils sont prêts à faire comme vous.

 

Nous sommes moins de 3% de français à adhérer à un parti politique. Ces partis qui font pourtant notre vie politique, ils parlent en notre nom, ils sont donc à nous. Ouvrez la porte, et dites ce que vous avez à dire. Faites le par dizaines, par milliers, par millions. Vous verrez comme tout changera, et à une vitesse insoupçonnée.

 

Nous y gagnerons autre chose au passage : un retour de l'estime de soi, une reconquête de la confiance en nos forces, en notre capacité à agir et dans le bon sens. L'action diminue le stress, fait baisser les tensions, calme les angoisses. Et change le monde, accessoirement.

 

70 jours. Il est temps d'avancer, d'agir. Je le fais en vous écrivant — faites de même si le cœur vous en dit, mon mail est ouvert ! Je le fais en montant des projets qui me font totalement rêver. Je le fais en parlant, jour après jour, autour de moi, de ce monde dans lequel je vis, ce que je veux pour lui, ce que je veux pour moi. Je ne suis pas un activiste, je ne suis pas un surhomme, je suis un rêveur déterminé. Luther King a tué la ségrégation raciale légale avec un rêve. Gandhi a obtenu l'indépendance de l'Inde avec son idéal fou de révolution non violente. Les rêves changent le monde, parfois. en l'emmenant un peu plus loin dans le bon sens. J'aime bien l'idée d'avancer d'un pas, plutôt que de trépigner sur place. Moving forward.


Manuel Atréide

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