Frantz Fanon IS

Malgré l’indigence des commémorations françaises du cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon, il tient une place dans la mémoire collective des fils et filles d'immigrés qui illustre l'importance de sa pensée pour notre présent. Lorsque l’on relit ses théories sur le racisme culturel et sur la violence, on se rend compte que Frantz Fanon cogne encore.

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Mohamed Belhorma

par Mohamed Belhorma - Dimanche 22 janvier 2012

32 ans. Formation en Biologie (écologie, éthologie), Histoire de l'art (métiers de l'exposition) et en muséologie (DEA). Milite pour un réel accès aux espaces culturels en partant du principe que la culture est la seule richesse et qu'il faut une nouvelle approche plus ouverte de l'exposition et des média.

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Malgré l’indigence des commémorations françaises du cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon, il tient une place dans la mémoire collective des fils et filles d'immigrés qui illustre l'importance de sa pensée pour notre présent. Lorsque l’on relit ses théories sur le racisme culturel et sur la violence, on se rend compte que Frantz Fanon cogne encore.

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rantz Fanon était le héros de Malcolm X, Steve Biko, du Che et des Black Panthers, rien de moins. Fanon : un nom qui a circulé de la musique de Gil-Scott Heron à celle de Rage against the Machine, un nom qui irrigue l’ensemble de la scène artistique et culturelle afro-saxonne, des Lasts Poets à la scène hip-hop.

Ce nom de Fanon, malgré la censure par le vide dont il fut l'objet, finit toujours par arriver aux oreilles de tous les afro-descendants, c’est l’Homme qui a intégré le corps et la condition dans l’analyse des processus d’oppression et, si il est périmé pour les élites de Saint-Germain-des-Prés, il est cependant honoré par toutes les cultures nées de l’interaction entre le corps et la condition sociale.

 

Fanon, le damné psychiatre est plus connu que la sainte psychotique dans pas mal de coins du Tiers-Monde. Ce type est LA pop star des pop stars : aux Antilles, en Afrique et en Amérique, il trône à la place médiatique qui lui revient. Alors pourquoi en France métropolitaine où le moindre objet de chauvinisme cocardier est célébré au 13 heures, personne ne parle de lui à nos enfants?

 

 

Pas de place dans les livres scolaires

 

La France - toujours imbue de sa mission civilisatrice au point de continuer à donner des leçons à l’Afrique [1] ou de considérer que parce que « française » la colonisation a été positive - aurait du comme à son habitude se gargariser d’avoir enfanté un homme d’une telle stature. Le fait que l’histoire mythique nationale l’ignore est paradoxalement un bon signe, surtout si on tient compte de la teneur de l’exploitation de l’image de Guy Moquet, de Jaurès, Jeanne d’Arc etc.

Donc en France, les Antilles mises à part, Fanon est un sombre inconnu : pas de rue, d’école ou de lycée à son nom hors de Martinique alors qu’existent des rues Rosa Parks et même des collèges Georges Bernanos [2]. Si on tient compte de son rayonnement international, Fanon mériterait à minima les mêmes égards que Bernanos ! Et pourquoi se souvenir de Rosa Parks si on omet Fanon ?

Ce traitement de défaveur est à mettre en parallèle avec la revue de presse du cinquantenaire de sa mort où il est d’abord et surtout présenté comme un militant anticolonial. Un acteur majeur de « la pensée Tiers-mondiste et anti-coloniale », that’s all folks ? C'est tout, vraiment ?

 

En France, en gros, Fanon et Cadoudal [3] c’est pareil : deux combattants d'une lutte vue comme révolue, celle du temps des colonies, soit des évènements trop anciens pour marquer notre présent. On veille à ce que la pensée de Fanon soit fournie avec une date de péremption. Au mieux, connaître Fanon c’est comme connaître Thomas Sankara ou indépendance cha cha [4], cela n’a d’utilité que pour le Trivial Poursuit.

Fanon est sûrement le seul français dont l’engagement universaliste lui vaut l’exclusion du Panthéon symbolique de son pays.

 

 

Snobé parce que trop moderne et trop pertinent

 

Cette discrétion a autant de sens que le tapage sur la pucelle d'Orléans. Parce que justement la première chose que l’on remarque quand on lit Fanon c’est son extrême modernité. Si la France le snobe c’est à cause de sa pertinence : après tout, il n’y a que la vérité qui blesse. En bon psychiatre, l’écouter, c’est pour la France reconnaître ses démons. Lire Fanon c’est obligatoirement une révélation. Chaque visage brun qui le lit aujourd’hui s’offre le meilleur moyen de décrypter les mécaniques oppressives qui l’entourent.

Par exemple, lors de sa conférence du premier Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs en septembre 1956, Fanon analyse pour la première fois la notion de racisme culturel, notion mise à l'épreuve aujourd'hui. Cette forme de racisme, plus subtil que le gros racisme qui tâche de papa, sous-tend les rapports de domination qui partagent la société française.

Fanon avait alors aussi anticipé le déclin du racisme physique: ce n’était déjà plus pour lui le critère de base pour diagnostiquer l’oppression. Fanon nous explique 50 ans à l'avance pourquoi les progressistes en s’attaquant à l’argumentaire raciste à la façon de SOS racisme continuent de s’attaquer à un cadavre, pendant que le racisme effectif quant à lui renouvelle son argumentaire, son cadre de référence et d'action.

 

C’est un fait aujourd’hui : le programme du Front National est appliqué et cette application a été verbalement assumée par la Présidence de la République française lors du discours de Grenoble [5].

Il suffit d’aller devant la préfecture de Bobigny pour observer de visu les pratiques humiliantes de l’exécutif. L’inégalité institutionnelle est absolument partout, de l’école à Pôle Emploi. Dans les faits, la France applique déjà la préférence nationale à l’embauche dans la fonction publique depuis des années (heureusement pour l’état, les statistiques sur base ethnique sont interdites).

Si Marine est élue en 2012, je n’arrive même plus à voir ce qu’elle pourrait faire de pire. La société française évolue en régressant, et pas seulement à cause de la domination conservatrice : il existe un consensus nationaliste majoritaire qui ne s'exprime pas seulement chez ceux qu’on qualifie ‘de droite’. Pour revenir à Fanon, son réquisitoire contre la notion de racisme culturel - lors notamment de sa conférence à la Sorbonne - nous guide dans l'interprétation de ce consensus nationaliste.

 

La gauche, en faisant mine de s’occuper du problème se bat contre les arguments d'un racisme obsolète pour mieux tourner le dos aux réels problèmes d’aujourd’hui. De ce fait, cette gauche favorise la domination racialiste qui a cours depuis des décennies dans notre cher pays. Fanon nous offre les seuls outils à même d'expliquer le racisme qui se cache derrière les discours liant délinquance et immigration. Fanon nous a laissé des outils pour comprendre comment et pourquoi des gauchistes peuvent se jeter dans l’islamophobie, parler de racisme anti-blanc [6], brandir laïcité et féminisme contre les arabes, sans pour autant se sentir raciste.

 

Pour le dire plus frontalement, si on a toujours du mal à accepter Fanon en France, c’est parce qu’accepter son analyse des processus de domination, c’est enfin accepter de dire que, même si les progressistes se disent antiracistes, ils n’en défendent pas moins un rapport de domination racialiste, un système qui leur permet de privilégier les Blancs riches et de classes moyennes et de maintenir dans la réalité un système à la fois ethnique et de classe. Ce racisme culturel, c’est aussi une lutte des classes cachée: tous les Blancs ne sont pas riches mais la majorité des Bruns sont pauvres en France. Le racisme culturel permet à la gauche de ‘punir les pauvres’ sans utiliser les éléments de langage de la droite. Bref, c’est une licence à la tartufferie politique, profiter du côté cool du positionnement de gauche tout en bénéficiant des privilèges et discriminations que permet la politique de droite : «j’en profite, je le défends, mais je ne l’assume pas ». Ils sont nombreux aujourd’hui ceux qui peuvent ainsi, comme Fourest débiter un discours abject grâce à ces mots : je suis de gauche.

 

Seul Fanon est entre nous et ces gens qui, s’ils ne se basent plus leurs arguments sur la forme de notre nez ou notre indolence génétique, s’acharnent sans culpabilité sur ces « certaines formes d’exister » qui semblent tant les déranger.

 

Sans Fanon comment pourrions nous décrypter le fait que le « peuple de gauche » accepte non seulement les persistances des dominations entre les classes dites moyennes et les « banlieues » ou les « quartiers » - mais en plus défend et participe depuis des années à cette logique. Comment sans lui expliquer la monochromie de élus de gauche : se mettre à la « diversité » après Sarkozy c’est la « hchouma » quand même !

 

Donner à Fanon sa juste place dans le panthéon national, signifierait le dévoilement de toute la pensée pseudo-progressiste d'un groupe social qui pour préserver son statut continue à perpétuer une logique, une pensée et une culture coloniale. Assumer Fanon, c’est assumer une immobilité de fond sur les questions de minorités. Pire encore, assumer Fanon, c'est pour nos élites peiner à justifier 50 ans de réactions chez les progressistes. L’extrême droite a changé, la droite républicaine a changé et les lignes de fractures idéologiques ont bougé depuis longtemps. Nos penseurs eux-mêmes ont intégré la nouvelle culture racialiste de la droite, puisqu’ils sont les premiers à « défendre la laïcité, les femmes, les gays, le sac à main des vieilles contre les Roumains ». Ils sont aussi enthousiastes que l’extrême-droite à mener un combat des uns contre les revendications des autres. Là où Mitterrand parlait de la force tranquille, Fanon dénonçait 20 ans auparavant déjà « la ségrégation tranquille ».

En contextualisant le racisme dans sa culture, Fanon révèle l’hypocrisie intellectuelle de ceux qui profitent du statut d’homme ou de femme de gauche tout en modernisant et en rajeunissant les idéologies raciales et coloniales.

 

 

Ignorer pour mieux laminer

 

Fanon parle du processus de déculturation de l’autre, son infériorisation, qui passe par plusieurs processus qui sont très éloignés du racisme morphologique et de la haine frontale. Le panel de dévalorisation de l’autre est aussi riche que les différentes manières de torturer un homme.

Fanon s'était battu pour la France libre contre l'oppression fasciste.

C’est entre 18 et 19 ans, suite à son vécu au sein des forces françaises libres qu’est né l’engagement de Fanon. 50 ans après, le sang versé n’a toujours pas la même valeur lorsqu’il vient d’un corps à forte concentration en mélanine, le sacrifice de nos ancêtres est autant dévalué que le franc CFA.

 

Il aura fallu attendre 2006 et le film Indigènes pour que la France commence à reconnaître, du bout des lèvres, que sa place de pays victorieux elle la doit AUSSI à son armée issue des colonies. On dévalorise en effaçant la présence des Noirs et des Arabes dans l'armée française, en les excluant du discours national.

Cette absence de reconnaissance de la participation des personnes immigrées, puis de leurs enfants à l'histoire sociale française frappe brutalement quand il s'agit d'opérer un retour sur les cinquante années écoulées depuis la mort de Fanon [7].

Fanon a été le premier, et longtemps le seul, à voir la douleur du migrant à travers son travail auprès de patients, travailleurs nord-africain, les dégâts liés à leur condition d’immigré indigène. Alice Cherki souligne aussi que l’ « [..] Homme mort quotidiennement, vivant dans un sentiment total d’insécurité, menacé dans son affectivité, isolé dans son activité sociale (qui), coupé de ses origines et coupé de ses fins, devient un objet, une chose jetée dans le grand fracas […] ».

 

 

Le mépris, ce n’est pas un film

 

Une autre forme d’ignorance est symbolisée par l’allocution de George Frêche : la place des Harkis [8]. Servir sous l’uniforme du pays qu’ils considéraient comme le leur, ne leur a apporté que de se faire égorger à l’indépendance, ou bien de finir dans des camps de concentration sans autre égard.

 

Fanon a été longtemps le seul à intégrer toutes ces absences et à les lier au racisme. Cette absence de prise en compte des immigrés et de leurs enfants dans l’analyse des rapports de domination, et au vu du bilan de la gauche, relève bien du racisme et de l’oppression dénoncés par Fanon.

 

Cette absence s'exprime dans le mépris avec lequel les émeutes de 2005 [9] ont été appréhendées par la société française en général et la nullité des journalistes français durant ces événements.

Sans le travail des journalistes étrangers belges et suisses (à l’origine du Bondy Blog par exemple) on n’aurait pas noté à quel point l’espace médiatique subissait lui aussi ce racisme culturel. Les journalistes français ont besoin de fixeurs comme en zone de guerre pour venir en banlieue, ils inventent, comme le fit « Le Point » [10], des enquêtes sur les africains polygames...

 

 

Fanon face à l'islamophobie contemporaine

 

La modernité de Fanon se révèle également dans la manière dont il a répondu comme un oracle, 50 ans avant, aux discours islamophobes qui se veulent si novateurs et du bon côté de la morale:

«  Ce racisme qui se veut rationnel, individuel, déterminé génotypique et phénotypique se transforme en racisme culturel. L’objet du racisme n’est plus l’homme particulier mais une certaine forme d’exister. A l’extrême on parle de message, de style culturel. Les « valeurs occidentales » rejoignent singulièrement le déjà célèbre appel à la lutte de la « croix contre le croissant ».Fanon a également diagnostiqué le mépris, un racisme subtile, à travers ce regard porté sur la culture de l’autre gradué dans un système de valeur où la culture qui assimile est valorisée là où la culture propre à l’indigène est systématiquement dénigrée et invisibilisée.

 

On calque ce prisme du racisme culturel sur les quartiers populaires qui deviennent des espaces uniformes à dominante musulmane, indépendamment de leur richesse anthropologique réelle. Les populations portugaises, antillaises et africaines catholiques, les protestants méthodistes issus d’Afrique ou des populations Roms, les orthodoxes des pays de l’est sont broyés par normalisation de leur identité sous l’expression culturelle la plus négative aux yeux des dominants c'est-à-dire l’Islam.

 

« Des phrases telles que : « je les connais », « ils sont comme cela » traduisent cette objectivation maximum réussie. Ainsi je connais les gestes, les pensées qui définissent ces hommes .»

 

Si la gauche connaissait Fanon, l’argumentaire contre l’islamophobie ne serait pas porté par des gens hors cercles médiatiques comme Pierre Tevanian, Christine Delphy ou par les Tumultueuses. Nous aurions également un Charlie Hebdo qui ferait sûrement des caricatures sur l’Islam mais avec des caricaturistes musulmans. Feu le journal Bakchich n’avait pas de problème pour trouver des « musulmans » capables de tenir un crayon et être drôles en même temps.

 

Là où Charlie peut tout se permettre, La Rumeur, un groupe qui se vante de faire « du rap de fils et de filles d'immigrés » est poursuivi pendant 8 ans [12] à cause d’un article dénonçant les violences policières.

 

 

De la violence de l’autre

 

Un autre grand volet des analyses de Fanon qui résonne dans notre quotidien c’est son explication de la notion de violence. Le double amalgame, d’une part, du caractère soit disant violent de ces populations associé à l’insécurité, et d’autre part le fait qu’on soit incapable d’adhérer aux valeurs républicaines parce qu’on ne possède pas la culture occidentale et judéo-chrétienne, réunit une certaine gauche et la droite dans un même camp de « haters ».

 

Cette notion de violence et d’insécurité, la droite l’exploite et la gauche ne sait soit disant pas la traiter.

 

« État de grâce et agressivité sont deux constantes retrouvées à ce stade. L’agressivité étant le mécanisme passionnel permettant d’échapper à la morsure du paradoxe ».

 

Avant de parler de la violence qu’on nous reproche parlons d’abord de la violence subie.

On pourrait écrire des centaines de pages sur cette notion d’insécurité, on pourrait énumérer ad nauseum les bavures, morts inexpliquées, les différentes formes de violence physiques et verbales que subissent les populations des quartiers populaires. Sans même aborder la cause du déclenchement des émeutes de 2005.

 

Il suffit de lire le magnifique travail de Mathieu Rigouste « l’ennemi intérieur» qui explique et documente le fait que le traitement par l’État de ces zones et populations péri-urbaines est exclusivement orienté vers le contrôle et le « containement », d’où l’interaction constante et quasi exclusive entre ces populations et les représentants du ministère de l’Intérieur.

 

Ce qui lie ce travail à Fanon c’est que Rigouste démontre que cette politique est directement issue de l’administration coloniale et que la gestion des quartiers populaires est guidée par exactement les mêmes théories et praxis, que celles qui ont abouti à Thiaroye12 et à la pacification par la gégène.

 

En 2012, ce sont les doctrines inventées il y a 50 ans pour pacifier Bab-el-Oued qui organisent la vie des citoyens de banlieue. On reste discret sur les textes de Fanon alors même que ce qu’il dénonçait est appliqué, c’est même une doctrine tellement installée au cœur de « l’identité nationale »  que MAM [13] nous a foutu la honte urbi et orbi en proposant cette expertise policière à la dictature tunisienne.

 

La gestion par l'État de ces quartiers est tellement imprégnée de la doctrine coloniale que Luc Bronner [14] montre que même l’urbanisme de ces zones est aujourd’hui dicté et supervisé par les forces de l’ordre, en vue des interventions futures. Notre environnement est aménagé comme Bagdad, notre paysage urbain est modelé pour les interventions de sécurité. Cela augure d’une cité radieuse…

 

Cette violence est inscrite dans les gènes des institutions au delà de tout clivage politique, au point qu’on ne se rend même plus compte qu’elle a été pensée, théorisée, argumentée et nourrie par l’héritage colonial de la France.

 

On a encore une lecture naturaliste de la violence et de l'expression politique des  « îndigènes ». Fanon explique même cette tendance à l’inversion et au retournement de bourreaux à victime : voilà notamment pourquoi l’argument de racisme anti-blanc avait été ressorti du placard par des intellectuels de gauche après la « dépouille » des manifestant lycéens en 2005.

 

Qu’on laisse les quartiers populaires se soulever seuls en les regardant de loin, voir en dénigrant la dimension sociale de ces émeutes, ce n’est pas du racisme, la vision « racailliste » de ce mouvement n’est pas une dépréciation d’un soulèvement populaire. Par contre, le manque de solidarité des classes populaires face aux problématiques des lycéens et étudiants de la classe moyenne, le manque de solidarité avec leur peur du déclassement, exprimée certes dans la violence, ça, c'est du racisme anti-Blancs !

Lorsqu’un stade hue la Marseillaise, les gens de droite ou de gauche ne voient pas cela comme un acte politique d’engagement (du même type que les luttes populaires décrites par Zinn) mais comme un acte délictueux, et ils postulent évidemment que seuls les indigènes dans le stade ont sifflé la Marseillaise. Alors qu’en fait, comment peuvent-ils savoir quel citoyen l’a chantée ou qui l’a sifflée ? La Marseillaise n’est donc pas un Hymne mais un phénotype!

Lorsqu’il s’agit des « gens de couleurs », ce sont toujours des actes de trahison, d’irrespect, d’incivilité. Renaud, Brassens et Coluche eux, pouvaient chier sur le drapeau, l’uniforme, et l’État mais lorsque des artistes comme ZEP ou La Rumeur font de même, ils se font censurer ou interdire de concert par des élus de gauche comme de droite.

 

Face à ces traitements d’exception, Fanon décrit et explique la violence de l’immigré sans la justifier. Il positionne la violence comme une réaction et nous sort de ce naturalisme de la violence : démocratiser Fanon obligerait aujourd’hui la France à réécrire toute la doctrine de l’administration et surtout à mettre en faillite tout ces professionnels de la sécurité qui se gavent sur notre dos et sur nos morts.

 

 

Honorer Fanon

 

Fanon est d’actualité, contemporain et signifiant pour moi et les miens. Commémorer le cinquantenaire de sa mort, honorer sa contribution à l’émancipation de tant de gens autour du monde est un devoir. Une majorité de Français des quartiers le découvre grâce aux arts anglo-saxons et le hip-hop, pas grâce aux enseignants français. Honorer son héritage c'est diffuser son œuvre comme elle le devrait dans tous les quartiers, faire en sorte que sa pensée se fraye des chemins de traverse dans notre culture.

 

Dans les dernières lignes de « Peau Noire, masques blancs », Fanon écrit ceci :

« Moi, l'homme de couleur, je ne veux qu'une chose : Que jamais l'instrument ne domine l'homme. Que cesse à jamais l'asservissement de l'homme par l'homme. C'est-à-dire de moi par un autre. Qu'il me soit permis de découvrir et de vouloir l'homme, où qu'il se trouve.Le nègre n'est pas. Pas plus que le. Blanc. »

 

J’espère que de là-haut il apprécie de voir les enfants du Bondy Blog et des Indivisibles poursuivre son œuvre, comme il apprécie, lui qui aspirait à la fondation d’une « élite anti-élitiste », de voir émerger de ces quartiers populaires des personnes comme Mathieu Rigouste, Rokahya Diallo, Houria Bouteldja, Sihem Souid, Casey et tant d’autres, voir que dans ces quartiers le métissage entre Blancs, Noir et Arabes se fait malgré toutes les contraintes culturelles et structurelles. Les enfants d’une bretonne et d’un togolais, d’un sénégalais et d’une marocaine peuplent la terre de Jeanne d’Arc : cet universalisme pour lequel s’est engagé Fanon et que nie encore la France en tant que structure et institution existe et fleurit là où l’oppression écrase les visages contre la médiocrité.

 

Pour ceux qui se disent de gauche et trouvent que Marine et Fourest n’ont pas totalement tort je dirais : « lisez Fanon » et surtout « choisissez votre camp camarades ». Pour les autres, plus que jamais Frantz Fanon IS.


Mohamed Belhorma

Notes

[1] 1http://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_Dakar

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Bernanos

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Cadoudal

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendance_cha_cha

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_Grenoble

[6] Lire par exemple : http://lmsi.net/Les-nouveaux-souchiens-de-garde sur le procès Bouteldja

[7] Il n'y a qu'à voir comment sont effacés quand on parle des mouvements de68, aussi bien les grèves précurseurs guadeloupéennes ainsi que celles des ouvriers maghrébins — qui risquaient beaucoup plus que les étudiants germanopratins. Mais nous y reviendrons prochainement, dans Minorités.

[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Fr%C3%AAche#Propos_sur_les_harkis

[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_de_2005_dans_les_banlieues_fran%C3%A7aises

[10] Lire : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3410

[11] http://www.telerama.fr/musique/la-rumeur-huit-ans-de-proces-contre-nicolas-sarkozy,57767.php

[12] http://fr.wikipedia.org/wiki/Trag%C3%A9die_de_Thiaroye

[13] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/01/13/tunisie-les-propos-effrayants-d-alliot-marie-suscitent-la-polemique_1465278_3212.html

[14] Luc Bronner, La loi du ghetto, Calmann-Levy, 2010

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