Debt Fiction (6): Suite et fin

Hier soir, Stewart est allé dans un restaurant vers Bermondsey avec Sandrine. Ensuite, ils ont marché le long de la Tamise jusqu'à la Tate, et puis enfin ils ont pris un cab et sont rentrés ensemble dans le nouvel appartement de Stewart vers Regent Park, pas très loin de la gare de Paddington. Un appartement pas très grand, au deuxième étage, juste deux pièces et 50 mètres carrés, mais dans un Georgian qu'il a acheté aux enchères à l'automne dernier, le jour même où les Républicains reprenaient le contrôle du Congrès aux États Unis. Une aubaine. Les précédents propriétaires avaient l'acheté au prix fort en 2006, avant d'être expropriés quand le mari avait perdu son emploi dans une agence de publicité, en 2009. Retenu près de 2 ans pas la banque, sa vente avait finalement été assez expéditive et le prix bradé, avec une décote de 50 %.

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Madjid Ben Chikh

par Madjid Ben Chikh - Mercredi 23 novembre 2011

Madjid Ben Chikh est né à Paris en 1965 de père ouvrier algérien et de mère française. Ayant milité à l'Escargot, Act Up, Spont-Ex, au PS, mais il vit et enseigne à Tokyo depuis 2006. Il est aussi écrivain et son blog existe depuis 2004.  

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Hier soir, Stewart est allé dans un restaurant vers Bermondsey avec Sandrine. Ensuite, ils ont marché le long de la Tamise jusqu'à la Tate, et puis enfin ils ont pris un cab et sont rentrés ensemble dans le nouvel appartement de Stewart vers Regent Park, pas très loin de la gare de Paddington. Un appartement pas très grand, au deuxième étage, juste deux pièces et 50 mètres carrés, mais dans un Georgian qu'il a acheté aux enchères à l'automne dernier, le jour même où les Républicains reprenaient le contrôle du Congrès aux États Unis. Une aubaine. Les précédents propriétaires avaient l'acheté au prix fort en 2006, avant d'être expropriés quand le mari avait perdu son emploi dans une agence de publicité, en 2009. Retenu près de 2 ans pas la banque, sa vente avait finalement été assez expéditive et le prix bradé, avec une décote de 50 %.

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n grand salon très clair avec une belle hauteur sous plafond, du parquet ancien totalement remis en état, une magnifique cheminée, deux très belles fenêtres donnant sur la rue calme par devant, et une chambre presque aussi grande dans laquelle Stewart avait installé un bureau, deux grandes fenêtres aussi donnant sur le backyard que la vieille propriétaire du rez-de-chaussée entretenait avec soin : des roses, beaucoup de roses.

Sandrine et lui se sont remis ensemble un peu par hasard, après avoir visité la Wallace un matin, puis le musée Sherlock Holmes l'après-midi.

 

Il s'était toujours promis d'habiter ce quartier, depuis l'enfance, quand il allait se promener avec grand'ma Elisabeth à Selfridges. Elle détestait Harrod's et préférait la discrétion simple du quartier de Marble Arch, qu'elle trouvait plus « française », avec Hyde Park pas très loin où ils mangeaient tous les deux des sandwiches au jambon et à la Marmite avant de continuer jusque Paddington pour prendre le thé.

 

Elle avait grandi dans le quartier ouvrier de Whitechapel, à l'est de Londres, fortement touché pendant le Blitz durant lequel elle perdit son père et sa mère, vivant dès lors à droite à gauche, et se retrouvant à 16 ans serveuse dans un pub de Soho qui alors abritait la France-Libre. Un oncle avait un jour raconté à Stewart qu'elle aurait même eu une aventure avec un comédien français qui parlait pour la France-Libre à la BBC, Pierre quelque chose, mais personne ne savait si c'était vrai, ni ne connaissait ce Pierre quelque chose.

 

Elle était devenue infirmière à partir de 1944 et avait finalement accompagné l'avance des Forces de la Libération en Normandie jusqu'à Paris. C'est là qu'elle avait rencontré celui qui deviendrait le grand-père de Stewart, Anthony, un Londonien du quartier plus middle class de Kennington avec qui elle se maria en 1947.

 

En effet, dans l'Angleterre « socialiste » de l'Après-guerre gouvernée par Clement Atlee, les rigides verrous des classes sociales caractéristiques de la société britannique s'étaient estompés, avant qu'ils ne commencent à revenir à partir des années 80 sous Margaret Thatcher.

 

Elle travailla comme sage-femme, puis infirmière pour le NHS (National Health Service, le service de santé nationalisé en 1945 et mis en place après la guerre, procurant une médecine gratuite pour tous et de grande qualité jusqu'à Margaret Thatcher) jusqu'en 1991, Anthony, comme employé d'une compagnie d'assurance, ils eurent trois enfants et vécurent d'abord dans une maison en location vers Bethnal Green avant de s'acheter leur propre maison dans le quartier de Hampstead.

 

Bien qu'elle fut comme beaucoup de personnes de sa génération une « rouge » acquise aux travaillisme, une fidèle de Tony Ben et de Ken Livingstone, Stewart vouait une véritable admiration pour sa grand-mère qui nourrit en lui le rêve d'une France imaginaire et cultiva ce goût de l'effort propre au travaillisme britannique, cette fierté acquise par le travail.

 

Il eut immédiatement le coup de foudre pour Sandrine. La rousseur de ses cheveux, ses tâches de rousseur peut être, qui lui donnaient un petit côté écossais. Leur séparation l'avait blessé, mais voilà que finalement ils étaient tous les deux réunis. Ce transfert à Londres avait exhaussé ses rêves.

 

Il devait tout à LaBank.

 

Ce matin, il avait laissé la jeune femme dormir, s'était fait un café, avait allumé la télévision un peu avant 6 heures et avait appris la nouvelle, mais désormais, ce que montraient les images dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. Une lame balayait les côtes du Japon après que le pays eut été frappé par un tremblement de terre d'une rare violence. Paralysé, son café devant lui, il ne remarqua pas que Sandrine était désormais derrière lui.

 

— Qu'est ce qui se passe, c'est où ?

 

Il tourna la tête. Elle vit des larmes couler sur ses joues.

 

 

Betty

 

Depuis la mort de George, Betty n'est plus la même. Elle a du se séparer du garage, trop lourd à gérer. Et leur fils John a finalement retrouvé un travail, temporaire et mal payé, à General Motors, désormais remis sur pieds grâce à la nationalisation de 2009.

 

Elle a laissé tomber les Tea Party. Elle a bien sûr voté pour le candidat conservateur aux élections, mais désormais ses sentiments sont plus au dégoût qu'à l'engagement. Elle a le sentiment d'avoir été utilisée. Et puis, maintenant que la réforme de santé est passée, elle est beaucoup moins intransigeante car la mésaventure avec Health Mutual lui a ouvert les yeux. Du dégoût.

 

Comme elle, des milliers de militants des Tea Party abandonnent la politique. Ils ont envoyé une majorité républicaine au Congrès, et parmi les nouveaux élus, beaucoup d'ultra conservateurs qui désormais bataillent pour réduire les dépenses de l'état qu'ils rendent responsable des déficits et de la dette, couper les budgets sociaux, déréguler les assurances publiques (Social Security - la retraite minimum, Medicare - assurance maladie publique pour les plus de 65 ans et Medicaid - assurance maladie publique pour les personnes à très faible revenu) et équilibrer le budget.

 

Mais certains parmi ces électeurs ne comprennent pas bien cette insistance à garder les baisses d'impôts des plus riches quand le budget est un véritable gouffre, ou à laisser les banques en l'état.

 

Le message n'est plus très clair et l'énergie de 2009 se dissipe.

 

 

Meanwhile...

 

Au Congrès, toutefois, dès janvier 2011, la nouvelle majorité ultra-conservatrice est bien décidée à peser.

Elle pratique le chantage aux allocations chômages, qu'elle menace de ne pas prolonger si les baisses d'impôts de l'époque de George Bush ne sont pas reconduites.

Le Congressman Perry double tout le monde sur la droite en proposant de supprimer Medicare et le remplacer par des coupons de réduction d'impôts.

 

Les enquêtes d'opinion sont sans appel, ce type de politique est rejetée par une majorité d'américains, même républicains, ce qui n'empêche pas le président Obama de proposer d'intégrer quelques éléments du plan Perry dans son propre plan de réduction des déficits, ni certains républicains ultra-conservateurs de vouloir aller encore plus loin en remplaçant les impôts par de la TVA.

 

En mai, les USA sont virtuellement en état de défaut de paiement, ne parvenant à payer les intérêts de leur dette que grâce à des astuces comptables et le recours à de nouveaux emprunts, et un vague regain de croissance économique. Une reprise qui, dès le mois de juin, commence toutefois à s'essouffler sous l'effet de l'arrêt de la faible stimulation économique de 2009. Les banques, continuant de porter ces millions de prêts adossés à des maisons hypothéquées, rechignent toujours à prêter.

 

Alors que les sites ultra-conservateurs comme Zéro Hedge continuent à critiquer la politique de Ben Bernanke et appellent de plus en plus ouvertement à faire défaut sur la dette, à supprimer Medicare et à laisser les banques faire faillite, la gauche américaine commence à redresser la tête.

 

La reprise économique anémique et la richesse arrogante de quelques-uns alimentent en effet une narration nouvelle, inédite depuis les années 70. Mieux, la gauche parvient à greffer son discours sur les critiques de l'establishment des Tea-Party.

 

Le réalisateur Michael Moore, désormais régulièrement invité par Keith Olbermann, qui, après s'être fait licencié par MSNBC en janvier 2011, a vite retrouvé une chaîne indépendante sur internet, critique désormais ouvertement le président Obama, qu'il met dans le même sac que les financiers de Wall Street.

 

Alors que l'attention des « Beltway Media » (la presse grand public liée au pouvoir politique et financier, dans laquelle la journaliste Rachel Maddow inclut même le Huffington Post) se porte sur l'impossibilité des deux partis à trouver une solution au plafond de dette qui doit être voté début août au plus tard, les expédients trouvés depuis mai ayant leur limite, cette blogosphère composée de blogs et sites interconnectés où, pour la première fois, les divergences enrichissent le débat, relaie des statistiques économiques jusqu'ici peu popularisées

 

Comme par exemple la baisse continue des revenus depuis 30 ans, l'explosion des revenus du un pour cent le plus riche (de 1% se partageant 10% de la richesse à l'époque du « socialisme », c'est à dire de Kennedy à Carter, à 1% se partageant 60% de nos jours), la stagnation pour les 40% de moyens, et la précarité qui menace tous les autres.

 

Pablo ne chôme pas : le site de Robert et Melissa est très fréquenté désormais, et il semble qu'une véritable ébullition intellectuelle mais aussi militante est en train de saisir les jeunes troupes qui avaient placé leurs espoirs en l'élection de Barack Obama il y a trois ans, et qui désormais ne se sentent plus du tout redevable de son bilan.

 

 

La gauche, un peu partout dans le monde, regarde en s'interrogeant les révolutions arabes alors que le discours dominant relayé par les médias tourne autour de plus d'austérité et de sacrifices pour le plus grand monde, que la Grèce fait face à une explosion sociale proportionnelle à la chute de son PIB consécutive à l'application d'un plan d'austérité jusqu'alors inconnu en Europe mais caractéristique des politique du FMI depuis des décennies (- 2 % en 2009, - 4,5 % en 2010, - 6 % prévus en 2011 et des projections entre -2% et - 3% en 2012).

 

Dans la gauche profonde, pas celle des élites, il y a un sentiment de révolte qui monte, à voir les banquiers disculpés malgré leur responsabilité et le coût de leur sauvetage d'une part, et le prix à payer pour des populations civiles qui ne sont pas responsables de tels agissements, d'autant que les baisses d'impôts qui ont ruiné les états ont principalement profité au 30% des plus aisés quand les privatisations et le reculs des services publics ont fait reculer le niveau de vie du plus grand nombre. En septembre, des statistiques donnent 35% de français qui ne vont plus chez le médecin.

 

Ce qui n'empêche pas l'explosion du déficit de la sécurité sociale.

 

 

Sandrine

 

Au travail, Sandrine ne chôme pas. Depuis quelques mois, les évolutions des taux dans la zone euro sont erratiques. Elle a de plus en plus peur que la Grèce ne fasse défaut, ou pire, l'Italie. Sa banque est très exposée. Certains jours, les taux moyens atteignent des niveaux impossibles, plus de 50 %!

 

De plus, la mise en place d'une politique d'austérité en Grande-Bretagne ne donne pas le coup de fouet espéré par Andrew et d'autres. La faible reprise est visiblement en train de céder la place à une nouvelle récession, mais ce qui est le plus surprenant et que cette récession s'accompagne d'inflation : la chute de la Livre renchérit le coût des biens importés, or, la Grande-Bretagne s'étant spécialisée dans les services depuis Margaret Thatcher, on n'y produit plus rien, on y importe tout. Loin de favoriser les exportations et donc stimuler la croissance, la dévaluation de la monnaie accélère la chute du niveau de vie général et accroît les pressions déflationnistes sur l'économie en générant au même moment de l'inflation. Car hormis les importations, le pays s'enlise dans la baisse des prix immobiliers, rendant encore plus difficile la situation de ce secteur qui avait été le moteur de l'expansion et de la bulle des années Blair.

 

Sandrine est inquiète car dans la finance, désormais, les plans sociaux se multiplient.

 

 

Stewart

 

Vendredi 5 août 2011. Stewart n'a rien vu venir. Ou plutôt si.

Deux opérations successives mal débouclées et qui ont coûté à la banque.

Il n'y était pour rien, mais c'était son équipe, et ses qualités managériales ont été mises en cause. Andy a quitté LaBank pour une rivale américaine, et Stewart a ainsi perdu un précieux soutien : son ascension n'a pas toujours été bien vue par d'autres, plus âgés ou mieux diplômés que lui. Et ça, dans ce métier, c'est une vraie catastrophe.

 

La convocation est très courte, juste quelques minutes. L'indemnité sera, elle, assez confortable. On lui propose 6 mois de salaire. C'est à prendre ou à laisser.

 

— Mais je vais vous attaquer en justice !

— Vraiment ? Bon, alors on va regarder la journée du 16 mars... Tu expliques ça comment ?

— Mais va te faire foutre, tu sais très bien que c'est eux qui ont planté le paiement !

— Ah bon ? Mais c'était nous qui payions !

— Mais tu sais bien, merde, joue pas au con, merde! Tu sais bien qu'ils nous ont pas passé leurs instructions de paiement !

— 200 millions d'euros ? Tu as laissé ça comme ça...?

— Mais merde, tu le sais bien, on était dans la merde avec les incidents après le tremblement de terre, on avait des paiements à régulariser...

— Écoute, ça c'est ton problème...

— Tu le sais, merde, on était dans la merde depuis vendredi...

— OK... Mais alors, ici, regarde, pourquoi les Portefeuilles ne sont pas clos le 28 avril, mais ouverts jusqu'au 6 sur le yen ?

— Mais merde, ce sont les traders, vous le savez tous les deux, j'ai envoyé des mails... Ils ont tout booké à l'envers ! On n'a pas vu ça avant 4 heures de l'après-midi, ils étaient tous barrés, et après, Tôkyô était fermé plusieurs jours, on n'a pas pu faire reprendre par New York comme on fait d'habitude... Merde, c'est du yen, ça coûte rien!

— Stewart, tu te calmes, ok ? Tu nous parles pas comme ça.

— Dans ton équipe, on bosse comme des porcs. T'as qu'à aller retrouver ton pote Andy ! Moi, je l'ai toujours dit, tu ne faisais pas l'affaire!

— Vous voulez dire que l'UAT (final User Application Test, test d'une application avant sa mise en service) foireuse, c'est de ma faute, alors que vous savez bien qui c'est qui l'a plantée. Personne ne savait comment utiliser cette appli quand je suis arrivé ici, même qu'on m'a refilé l'équipe pour ça, hein, moi j'étais au Forex, alors, hein, et on a du gérer la migration des trades (contrats) et la saisie des nouveaux trades en même temps, les traders ont confondu vendre et prêter par habitude, ils ont tout saisi à l'envers...

 

Peine perdue, le sort de Stewart est jeté. Il retourne à son poste, ne prend pas les appels de Sandrine sur son portable. Sa banque vient d'annoncer un plan d'économies avec 3000 suppressions de postes étalées sur 2011 et 2012. En Grande-Bretagne, les licenciements sont faciles. Stewart s'en est d'ailleurs plusieurs fois vanté.

 

Il retourne à son poste. À la une du Telegraph, sur son bureau, un bref article relate un incident survenu la veille dans un poste de police vers Tottenham.

 

Mais en titre du Financial Times dans son sac, la crise grecque reprend le dessus après que le congrès US ait finalement décidé de relever le seuil maximal de la dette, permettant au pays de s'endetter encore plus. Parallèlement, un programme d'économies à été décidé. Cela n'empêche pas une baisse de la qualité des obligations américaines par S&P.

Aucune hausse d'impôts, mais des rognages supplémentaires dans les budgets sociaux, en revanche.

 

 

Bouts de ficelle

 

Aux USA, le taux d'imposition sur le revenu est le plus bas depuis les années 1920 : encore une de ces statistiques relayée par les activistes de la gauche américaine qui désormais accusent ouvertement Obama d'avoir bradé Medicare et les allocations de chômage. Ils l'accusent d'avoir laissé ainsi sacrifier, depuis trois ans, de nombreux emplois publics dans l'éducation ou la police : 47 états sont dors est déjà en quasi-faillite et ne survivent qu'en licenciant les fonctionnaires à la veille des vacances, les réembauchant parfois par la suite, en fermant des hôpitaux ou des services. Dans certains états, on veut quasiment interdire les syndicats des employés publics. Et en 2010, des pompiers ont laissé bruler une maison car son propriétaire, qui pourtant payait ses impôts, n'avait pas payé la « taxe pompier ».

 

Et l'état fédéral laisse la situation se dégrader sans imposer une augmentation des impôts des plus riches, ces un pour cent qui se partagent plus de 60 % de la richesse nationale.

 

Alors, maintenant que les USA sont, en tout cas pour quelques temps, sortis d'affaire, alors que les spécialistes s'attendaient à un « rallye » (une hausse de la bourse qui généralement est de courte durée et célèbre une bonne nouvelle), on assiste à un nouveau plongeon des bourses : la réaction américaine à mis en évidence l'indécision européenne, l'incapacité à trouver une solution à sa dette.

 

La Grèce désormais est acculée à emprunter à trois mois car il lui est difficile d'accepter les 12 ou 13 % d'intérêt pour emprunter à 10 ans. Alors, les taux à trois mois s'envolent, et on dépasse désormais parfois les 20 %, avec des pics à 30% et plus pour les emprunts à deux ans. Plus la Grèce coupe dans ses budgets sociaux, plus elle baisse les salaires, et plus l'activité économique s'effondre, faisant baisser les rentrées fiscales quand l'envolée des taux rend la dette encore plus lourde malgré la baisse du déficit.  Trois ans de récession, une destruction de près de 15% de la richesse, une explosion du chômage et de la pauvreté, des malades qui ne peuvent plus se faire soigner, une amorce de privatisation générale de l'économie.

 

Le marché des CDS est, dans ce contexte, reparti de plus belle, cette fois pour assurer les obligations d'états. Le Portugal, l'Irlande et l'Espagne sont désormais victimes des mêmes craintes : les « marchés », c'est à dire les banques et les Hedge Funds qui jouent avec la « crainte » de voir un état ne pas être en mesure de rembourser ses intérêts, exigent toujours plus de garanties. La plupart des états décident donc dans l'urgence des plans d'austérité, les plus conservateurs en profitant pour privatiser encore plus, déréguler encore plus. Certains suggèrent à la Grèce de vendre des îles. Pourquoi se gêner?

 

Les peuples sont comme assommés, des manifestations se développent en Grèce sans que se mouvement ne semble se généraliser. Ce qui est sûr désormais, c'est que, privée d'une activation, même très modestement, keynésienne, l'économie des pays avancés se dirige vers une nouvelle récession, réduisant encore plus les rentrées fiscales et faisant déraper encore plus les déficits, faisant monter les taux des emprunts d'état, accroissant la dette. Les mécanismes de garantie mis en place en Europe, loin de résoudre le problème, instillent des doutes sur les capacités de financements des grands états comme la France : l'écart de taux entre la France et l'Allemagne atteint 0.90% fin août, traduisant le scepticisme sur les capacités de la France à rembourser. Le serpent qui se mort la queue. Et cela tombe mal, car la Chine et la Corée, en pleine surchauffe à cause de l'afflux de capitaux qui s'y investissent - pour la plupart des capitaux initialement prévus pour stimuler l'investissement des pays en crise -, commencent à resserrer leurs politiques monétaires afin d'éviter que les bulles qui s'y sont formées n'éclatent trop brutalement.

 

Cette année est vraiment une année pourrie. Des révolutions dans les pays arabes, des émeutes en Grèce et un tsunami au Japon, la récession qui revient, et maintenant...

 

 

Stewart

 

Je suis dans la merde, pense Stewart. Il sait que ça ne va pas être facile de retrouver quelque chose. Il sait aussi que dans ce contexte, le middle office, c'est fini pour lui, qu'il n'y aura que du back office, le travail des gratte-papiers mal payés de la finance, les petits bonus. Le jeans pour aller travailler. Sa banque en vire 200 ce mois-ci, elle en a viré 200 le mois dernier. Les autres font de même.

 

Il regarde autours de lui. Au loin, il aperçoit la tour CitiGroup, et puis le suppositoire et même un peu le London Eye.

 

Le soir, seul, il prend la DLR jusqu'à Charing Cross. Il croise Richard, un copain gay avec qui il allait à l'université sortant du Kudos, qui lui propose de prendre un verre dans Soho, au Compton's. Ils ont l'habitude de se voir de temps en temps, quand l'un ou l'autre ne va pas, bien que Richard soit enseignant. Et syndiqué. Mais il avait eu un crush pour Stewart, et bien que cela n'avait pas eu de suite, ça les avait rapproché. Stewart aimait le caractère honnête de Richard, malgré ses opinions politiques radicalement opposées.

 

Après avoir bu quelques pintes, ils vont manger au petit restaurant indien à la façade bleue près de The Yard ou ils vont prendre un dernier verre et se quittent vers 11 heures, Richard accompagné d'un jeune Marocain.

 

Stewart est saoul, il remonte Wardour Street, décidé à marcher jusqu'à chez lui, arrive sur Oxford Street quand il croise un groupe de jeunes qui courent, poursuivis par la police. Il s'aperçoit que des poubelles sont en feu. Deux policiers passent à côté de lui sans le remarquer. Il traverse et prend une des rues qui va vers la tour BT. Là, il tombe sur un groupe de jeunes qui arrachent des compteurs de stationnement.

 

Il les insulte, une bagarre commence.

 

Les autres aussi sont saouls, mais ils sont violents. Il les traite de communistes, ils le traitent de fasciste. Des coups s'enchaînent, une fille dans le groupe lui déchire sa veste, il se retourne brutalement et l'envoie valser, sa tête frappe une voiture, elle tombe. Stewart dessaoule d'un coup, il regarde les autres et sort son portable.

— Cassez-vous, j'appelle une ambulance.

 

La fille rouvre les yeux, les autres ne savent plus quoi faire, elle commence à se relever. Une sirène de police se rapproche.

— Merde... Par là.

 

Il leur indique la direction après avoir attrapé la fille. Stewart s'enfonce dans une ruelle avec le groupe de jeunes avec qui il se battait cinq minutes plus tôt. Il ne sait pas pourquoi il fait cela, mais ça a été automatique.

 

 

Sandrine

 

Sandrine reste immobile devant la vidéo qu'elle regarde sur YouTube. Londres est en feu tous les soirs depuis une semaine maintenant, des images incroyables. Et au milieu, un garçon qui expédie un parpaing dans la vitrine du grand magasin Nike.

Elle le reconnaîtrait entre mille. C'est Stewart.

 

Le mouvement des « indignés » est parti d'Espagne, il y a un an maintenant, après que la fantastique bulle spéculative ait explosé d'un seul coup, faisant plonger le pays dans la récession et s'envoler le chômage à plus de 22%.

 

Des jeunes, peu politisés pour la plupart, ont commencé à se rassembler pour protester contre l'envolée du chômage, les budgets d'austérité, mais aussi pour exprimer leur conception de ce que devrait être la politique. Certains sociologues ont mis en parallèle ces mouvements avec les mouvements qui se sont développés dans les pays arabes, portés par la même génération : des jeunes et moins jeunes de moins de 35 ans, généralement instruits, se sentant sacrifiés par la génération d'avant qui occupe tous les pouvoirs, mais aussi victime de la crise économique qui désormais frappe un grand nombre de pays sans que quiconque n'en voit la fin.

 

Ils maîtrisent les médias sociaux, bloguent et se connectent facilement les uns les autres. Ils ont l'habitude de lire et de faire circuler l'information, ils savent aussi en produire et la partager.

 

Les journalistes, vivant pour la plupart à l'écart de cette évolution radicale, découvrent que désormais les médias sociaux sont un moteur de l'actualité. Parmi eux, certains commencent à réfléchir à une évolution de la profession, qui consisterait non plus seulement à rapporter des faits ou des dépêches, mais également à savoir décoder les évolutions rapportées sur les médias sociaux.

 

 

Melissa et Robert

 

Début septembre, Mélissa et Robert ainsi que leur groupe de blogueurs viennent retrouver Pablo à New York. La blogosphère de gauche est en ébullition depuis un moment, mais comme le disait Mélissa au téléphone, tout le monde sent que c'est mûr. La déconfiture des indices boursiers, l'enlisement dans la dette, le sentiment généralisé d'injustices de plus en plus criantes, la spéculation de plus en plus ouverte, l'évidence qu'il n'y a plus rien à espérer de Barack Obama, et cette habitude prise depuis quelques années de relayer informations et analyses, tout concourt à ce que quelque chose se passe car désormais, les militants et blogueurs ont compris que s'ils ne réagissent pas, on leur fera payer encore plus cher les frasques des banquiers et les baisses d'impôts des plus riches. Quelques scandales de corruption de grands banquiers viennent rajouter au climat délétère de cette année:

— impliquant un administrateur de Goldman Sachs,

— la banque DEXIA

— les bonus des traders

— les grandes banques américaines sur le marché des prêts hypothécaires où la faillite économique déclenchée par un système dérégulé, inégalitaire et ayant sacrifié le plus grand nombre pour l'enrichissement de quelques uns va encore être payée par celles et ceux qui n'y sont pour rien.

 

 

Mélissa et Robert sont venus à New York pour retrouver des groupes qui, comme eux, cherchent à agir. Dans son film sur Wall Street, Michael Moore avait été réclamer de l'argent aux grandes banques pour aider les gens expropriés, après qu'elles eurent reçu 700 milliards de dollars. L'idée commence à circuler que c'est à Wall Street qu'est le problème, puisque c'est là que les 1% qui possèdent 60%  de la richesse du pays réalise le hold-up de la richesse produite par tous les autres.

 

Début juillet, un appel à occuper Wall Street circule dans la blogosphère de gauche. Keith Olbermann et Michael Moore, sans appeler ouvertement à suivre ce mouvement, multiplient les accusations à l'encontre de la communauté financière et de sa collusion avec l'establishment politique, Rachel Maddow critique ouvertement tout le « beltway media » qui manipule l'information.

 

La gauche américaine a compris les leçons des révolutions arabes et des tea party, elle ne critique plus le parti démocrate, elle pense par elle même, tout simplement.

 

Melissa, si elle continue de formuler ses critiques contre le consensus ambiant et le discours sur « la dette », relaie également de plus en plus dans le détail les positions alternatives des partisans du « Green New Deal », cette politique inspirée de celle des années 30/40 en terme d'implication de l'état et de lutte contre les inégalités, faite de hausse d'impôts, proportionnels, destinés à fortement investir dans une totale reconversion de l'économie, seule à même à leurs yeux de sortir de la dépendance au pétrole, de réduire celle aux importations et de créer des emplois réellement utiles. Une autre conception de l'économie, aussi, plus morale. Démocratique.

 

Elle développe également les positions de la gauche en matière de santé : payeur unique (un cotisant pour toute sa famille, et non une cotisation par personne) et système public de type Medicare.

 

 

#OWS

 

Le 3 septembre, Melissa, Pablo et Robert se rassemblent avec un millier de gens comme eux. Leur but est de marquer l'opinion en investissant un lieu symbolique et attirer l'attention sur les vrais responsables de la crise financière afin de rendre lisibles leurs propositions alternatives. La date retenue pour se rassembler à Wall Street est fixée au 17 septembre.

Occupy Wall Street est né.

 

Aux USA, le débat public explose dans tous les sens. Le parti républicain en pleines primaires, est tiré vers la droite. Un populiste Afrique-américain, McCain, s'y impose, soutenu par les tea-party. Barack Obama est lui coincé entre sa base militante désormais autonome politiquement, une communauté financière et un parti républicain qui exigent toujours plus d'austérité pour le plus grand nombre, l'approche des élections et son ambition d'être un grand président.

 

L'Europe, elle, s'enlise dans « la crise de la dette ». Les spreads se tendent désormais sur les obligations espagnoles, portugaises, irlandaises. Mais c'est surtout leur envolée sur la dette italienne qui commence à focaliser l'attention. Les gestionnaires de Hedge Fund estiment qu'un défaut sur la dette italienne entraînerait la faillite de plusieurs banques européennes, obligeant un pays comme la France à sauver leur système bancaire. Leur dette exploserait, et ces pays se retrouveraient alors eux-mêmes dans l'impossibilité de rembourser leur dette. Le spread se tend donc sur les obligations françaises. Début novembre, la différence de taux entre la France est l'Allemagne est de 160 points, ce qui fait écrire à certains que la France à déjà perdu son AAA, et que sa dette est hors de contrôle, encourageant le premier ministre François Fillon à présenter un second plan d'économies.

 

 

De plus en plus d'économistes s'insurgent contre ce qui est à leurs yeux une pure logique comptable : les économies sensées réduire le déficit freinent l'activité, réduisant les rentrées fiscales, et creusant de nouveau le déficit. Ce déficit incontrôlable augmente le taux d'emprunt, ce qui augmente la dette, augmentant la suspicion sur les capacités à rembourser, donc pousse les taux à la hausse.

 

Depuis plusieurs années, en France, le coût de remboursement des seuls intérêts de la dette est supérieur à l'impôt sur le revenu. Ce sont donc les banques et les Hedge Fund qui encaîssent l'impôt.

 

Las, le candidat socialiste fraîchement désigné à la primaire ne semble pas rompre avec la logique à l'œuvre, déclarant vouloir régler la question de la dette autrement que Nicolas Sarkosy sans donner plus de détail, mais suggérant ici ou là que le programme socialiste nécessitera des ajustements sans, là encore, préciser lesquels.

 

Certains voient en lui une copie de Georges Papandreou, le premier ministre Grec.

 

Ce dernier, acculé, coincé entre des Hedge Fund qui assurent la dette (CDS) à 30%, des pays européens qui exigent toujours plus de garanties et d'austérité, un FMI qui demande plus de rapidité dans l'exécution de la politique d'ajustement, voyant l'endettement s'envoler à cause de l'envolée des taux d'intérêts malgré une baisse du déficit et une saignée sociale sans précédent, ne voit, finalement, plus d'autre solution qu'un référendum. L'annonce fait chuter les bourses du monde entier. Georges Papandreou doit démissionner, et désormais, c'est le parti conservateur, celui qui est à l'origine de la crise grecque, qui se prépare à reprendre le pouvoir.

 

Quelques jours plus tard, c'est Sylvio Berlusconi qui est contraint de démissionner, non sans avoir auparavant fait voter un programme d'austérité là aussi sans précédent, rognant sur les budgets sociaux et les services publics. En Espagne, où les banques sont chargées de créances dues à l'éclatement de la bulle qu'elles ont contribué à créer, nécessitant une dépréciation de leurs avoir de près de 70% (Bloomberg, 17 novembre 2011), le Parti Populaire (conservateur) gagne les élections et s'apprête à renforcer l'austérité enclenchée par son prédécesseur socialiste dans ce pays en récession.

 

 

Partout, les mêmes politiques se mettent en place avec le même caractère paradoxal.

 

La finance a causé la crise, les riches ont accumulé les baisses d'impôts, les gouvernements ont encouragé la bourse en privatisant à tour de bras entraînant le monde au bord du gouffre, mais ce sont les salariés, les retraités et les malades qui doivent en faire les frais.

 

Nul part, les taux d'imposition ne sont remontés à ce qu'ils pouvaient être il y a 10 ans, 15 ans. En revanche, partout, les budgets de l'éducation, de la santé ou de la recherche sont visés pour faire des économies. Des économies qui servent entre autre à financer des taux d'intérêts exorbitants réclamés par ces mêmes financiers qui il y a trois ans à peine recevaient de ces états qu'ils sermonnent aujourd'hui des centaines de milliards d'aide utilisés pour l'investir sur les marchés émergents et se verser des bonus records.

 

 

Sandrine

 

Sandrine vient de lire la dépêche Reuters : S&P dégraderait la note de la France. Elle appelle ses parents.

 

— Il faut vraiment pas que les socialistes passent! Ils vont tout foutre en l'air.

— Oui, c'est ce qu'on dit ici, ton père va voter Sarkozy, on ne peut pas se permettre le désordre. Tu as vu en Amérique, quelle chienlit...

— Va falloir privatiser la SNCF et la RATP, il n'y a pas d'autre solution.

— Oui, c'est ce que dit un ami de ton père à l'UMP... 

— Et tous ces fraudeurs aux allocations, hein! Ça suffit...

 

 

#OWS

 

À Wall Street pendant une semaine, Robert, Pablo et Melissa ont « occupé Wall Street », Robert continue encore : il est débordé, il travaille pour trois sites. Mélissa et Robert sont rentrés « occuper Baltimore », sillonner les quartiers déshérités, informer. Il y sont encore et vers chez eux, l'occupation mobilise plus de 10000 personnes qui se relaient. À chaque nouvelle évacuation, ces jeunes occupant réinvestissent l'espace, parfois plus nombreux. Des syndicalistes pointent leur nez. Mélissa informe sur d'autres politiques possibles, Robert convainc des passants, Pablo raconte ce qu'ils faisait quand il vendait des subprimes (lire Mortgage Story, dans minorites.org) : les gens n'en reviennent pas.

 

 

Stewart

 

22 novembre 2011. Stewart regarde la jeune fille verser l'eau chaude sur le sachet de thé. Il a mis son appartement en vente. Il ne rentre plus chez lui.

— Ça t'étonne que je parle français ?

 

Stewart la regarde. Sur la table, L'Etranger, de Camus, un vieux Guardian, un livre sur Clement Attlee par Tony Benn, et Le manifeste du Parti Communiste, de Karl Marx. Un cendrier, des restes de joints. Au mur défraîchi, derrière elle, un poster du Labour de 1946 qui ressemble, pour Stewart, à une affiche communiste.

 

Elle se retourne. Elle sourit.

— T'es vraiment un réac, hein... Moi, je l'adore, cette affiche.

— J'ai rien dit!

— Tu penses fort!

— Ben t'entends mal. Je pensais à ma grand-mère, faut que j'l'appelle!

 

Elle attache ses cheveux, puis elle retire le sachet de thé. C'est une tasse art deco ébréchée. Il les trouve incroyablement belles. La tasse. Et elle aussi.

— C'était bien, la France ?

— Oui, mais j'ai travaillé chez des gens riches, dans une ville à côté de Paris, pendant deux mois, et je pouvais pas trop bouger. J'ai rencontré des gens sympas, c'est marrant, cette habitude qu'ils ont de parler politique dans un pays aussi encrouté.

 

Il rit. Il pense à Sandrine. Une idiote, il pense, et puis il se dit qu'il est nul d'avoir pensé un truc pareil, mais il sait qu'elle ne comprendra jamais. Et pourtant, son oncle s'était suicidé à cause du krach de 1987.

 

 

Il regarde la jeune fille. Elle porte un jeans, un pull. Elle est brune, jolie. Quelqu'un frappe à la porte.

— Elisabeth, je file, n'oublie pas de payer le gaz, hein? Et puis il y a la nouvelle coloc qui vient demain, faut nettoyer sa chambre. Bye!

— Faut que je file, Stew, je commence à 11 heures aujourd'hui, et ce soir, je finis à 11 heures. Tu viens me chercher?

— Oui... Dis, Lisa... Non, rien! Quand je pense qu'on s'est rencontré alors que tu voulais me casser la gueule... J'étais vraiment con...

— Oui, t'étais super con, mais tu nous a sauvés, aussi. C'était marrant, quand on a squatté chez toi, et qu'on allait bousiller les magasins la nuit!

— C'était nul!

— Je sais... Je sais même pas pourquoi on a fait ça avec les autres, c'était pas notre truc, tu sais...

— Et moi, alors...

— Si, toi, Stewart, t'es un violent...

— Tu crois vraiment ?

— J'ai pas dit méchant...

 

Il la regarde depuis tout à l'heure, alors il lui dit:

— Je peux te payer tes études, tu sais...

 

Elle le regarde, presque en colère.

— C'est bon. Tu m'en ressors une comme ça, tu peux te casser.

— Excuse-moi, c'est pas ça que je voulais dire...

— Trouve-toi un boulot, plutôt que dire des conneries !

 

Il ouvre le journal. Il lit la première annonce.

— Jardinier!

 

Il a lancé ça un peu au hasard, il rit!

— Et alors, c'est un travail comme un autre! Bon, faut que je file...

 

Il se lève, et avant qu'elle ait ouvert la porte, il lui dit,

— Tu veux m'épouser ?

 

 

 

[Fin]


Madjid Ben Chikh

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