La fatwa républicaine de Charlie Hebdo

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, les locaux de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo à Paris ont été incendiés à coup de cocktail molotov et le site internet du même journal a subi un piratage revendiqué par un groupe de hackers islamistes. Étant donné que ces actes criminels font suite à la publication du journal baptisé « Charia Hebdo » avec en Une la caricature de Mahomet dans le rôle imaginaire de rédacteur-en-chef pour célébrer la victoire du parti islamiste Ennahda en Tunisie, il n'était pas très difficile de trouver les présumés coupables de ces actes ignobles contre les valeurs de la République : les intégristes musulmans, ces affreux représentants du moyen âge qui pratiquent la polygamie, ont du mal à s'exprimer en français et refusent de s'intégrer à la société française. Condamnations de gauche, de droite, du centre et des extrêmes contre ces comportements barbares qui violent sauvagement nos principes de liberté d'expression et de liberté de presse.
Dans la nuit du 1er au 2 novembre, les locaux de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo à Paris ont été incendiés à coup de cocktail molotov et le site internet du même journal a subi un piratage revendiqué par un groupe de hackers islamistes. Étant donné que ces actes criminels font suite à la publication du journal baptisé « Charia Hebdo » avec en Une la caricature de Mahomet dans le rôle imaginaire de rédacteur-en-chef pour célébrer la victoire du parti islamiste Ennahda en Tunisie, il n'était pas très difficile de trouver les présumés coupables de ces actes ignobles contre les valeurs de la République : les intégristes musulmans, ces affreux représentants du moyen âge qui pratiquent la polygamie, ont du mal à s'exprimer en français et refusent de s'intégrer à la société française. Condamnations de gauche, de droite, du centre et des extrêmes contre ces comportements barbares qui violent sauvagement nos principes de liberté d'expression et de liberté de presse.

Pourtant, depuis le massacre de cet été en Norvège (pour rappel : un extrémiste chrétien d'extrême droite est le principal suspect des attentats ayant ôté la vie à 77 personnes à Oslo en juillet 2011), on aurait pu s'attendre à un peu plus de précautions et de retenues de la part du microcosme politico-journalistique parisien. Alors qu'à l'heure actuelle, on ne connaît toujours pas l'identité des personnes ayant commis l'acte criminel, la France tout entière semble être entrée en guerre (ou en campagne électorale) contre l'islamisation rampante du pays. Condamnons évidemment l'usage de la violence quelle qu'elle soit mais au-delà de ces soudains élans de solidarité pour défendre la liberté de la presse, peut-on s'interroger sur les bénéficiaires d'un tel acte ?

 

J'ai vraiment du mal à croire que les barbus islamistes basés en France s'intéressent de près ou de loin aux publications de la presse française (et encore moins à la presse satirique) au point de traquer systématiquement tout message qui pourrait paraître offenser à l'égard de la religion islamique. D'ailleurs, en cas de confirmation de la thèse officielle (soit un attentat commis par les barbus), on risque d'avoir du mal à expliquer comment les suspects, bien que non intégrés à la société française, arrivent à déchiffrer le degré suprême de la maîtrise linguistique : la satire. Peut-on aussi s'interroger sur la stratégie éditoriale de Charlie Hebdo sachant que le journal avait quadruplé son tirage lors de la republication des caricatures danoises et qu'elle pourrait donc avoir un intérêt commercial à ressortir la même carte islamiste pour créer un attentat médiatique autour de son titre ?

 

Sur le plan politique, ce n'est pas vraiment un secret de constater que l'électorat islamophobe en Europe représente depuis une bonne dizaine d'années un paquet non négligeable d'indécis à convaincre facilement en période électorale. Si la France n'a pas vécu l'émergence d'un tel courant comme il en existe aux Pays-Bas, en Suisse ou au Danemark, c'est probablement dû au système électoral bipolaire et au ratissage à l'extrême droite du parti sarkozyste actuellement au pouvoir. Je ne suis généralement pas vraiment un bon client des théories de complot mais cette affaire me paraît trop louche pour qu'on puisse se contenter de lancer une nouvelle fatwa républicaine pour défendre de simples valeurs universelles. 

 

 

[Version originale en néerlandais]


Mehmet Koksal

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