G1000: la démocratie délibérative moins chère et aussi productive

Ce vendredi 11 novembre, 704 citoyens ont pris effectivement part au G1000, un projet de « démocratie délibérative » (débat et vote) mis en place par des acteurs de la société civile belge, qui a eu lieu au magasin 2 (shed) de Tour & Taxis à Bruxelles. En comptant les participants des initiatives connexes délocalisées (G Off et G Home), les organisateurs affirment que plus de 2.000 citoyens se sont parlés ce vendredi pour sortir le pays de la crise politique qui dure depuis maintenant plus de 500 jours.
Ce vendredi 11 novembre, 704 citoyens ont pris effectivement part au G1000, un projet de « démocratie délibérative » (débat et vote) mis en place par des acteurs de la société civile belge, qui a eu lieu au magasin 2 (shed) de Tour & Taxis à Bruxelles. En comptant les participants des initiatives connexes délocalisées (G Off et G Home), les organisateurs affirment que plus de 2.000 citoyens se sont parlés ce vendredi pour sortir le pays de la crise politique qui dure depuis maintenant plus de 500 jours.

 

Dans le contexte d’une crise locale (nogov) et mondiale (révolutions arabes, les Indignés, Occupy), l’événement était suivi de près par environ 80 journalistes (dont 20 équipes TV) couvrant cette expérience belge avec beaucoup d’intérêts et de curiosités. La particularité de l’expérience belge, comparée aux mouvements de contestation et de protestation à travers le monde, est qu’elle ne conteste ni l’ordre établi, ni les mandataires. Loin d’un mouvement de contestation populaire, on est donc dans une logique de confirmation populaire. Elle veut, au contraire, mobiliser les citoyens pour aider les élus à débloquer le système qu’ils ont eux-mêmes contribué à enrailler.

 

Sur le plan organisationnel, le G1000 — ayant seulement 9 mois d’existence — a pu compter sur le travail de 800 bénévoles, 37 interprètes, 8 observateurs internationaux et 3.065 donateurs pour un premier budget consommé de 465.000 317.000 euros. La deuxième phase du projet (G32) nécessite un nouvel apport de 180.000 euros.

 

Concrètement, les 704 personnes tirées au sort (90 %) ou cooptées (10 %) au sein de la population belge ne se connaissaient pas auparavant et ont pris place à l’une des 85 tables de 10 personnes disposées dans la salle de réunion. Comment ont été choisies ces personnes ? Sur le plan méthodologique, c’est Min Reuchamps qui a coordonné le processus de recrutement. Cet expert de l’Université de Liège précise que le G1000 a fait appel à la société GfK Significant basée à Louvain pour aboutir à un échantillon représentatif de la société belge en prenant des quotas de genre (plus de femmes que d’hommes), d’âge (21 % des personnes doivent avoir plus de 65 ans) et de provinces (diversité linguistique).

 

La société a ensuite procédé au recrutement sur base d’un système d’appels téléphoniques (lignes fixes et lignes mobiles, 99 % de couverture, environ 20.000 appels exécutés) en utilisant trois bases de données (Infobel, Pegasus, système aléatoire RDD). Après avoir sélectionnées et confirmées 1.500 personnes répondant à ces critères, le G1000 a voulu toucher les 10 % de Belges exclus de cet échantillon en appliquant des facteurs de correction en matière de diversité  (groupes précaires comme les sans abri et les minorités étrangères ou d’origine étrangère) avec l’aide des associations de terrain travaillant régulièrement avec ces groupes. Après avoir obtenu 1.600 confirmations (1500 tirés au sort + 100 correction de diversité) suite à des vérifications téléphoniques ou physiques, le jour de l’événement 704 participants se sont présentées à Bruxelles pour participer au G1000. « C’est comme lors d’un mariage, vous invitez un nombre important de personnes à l’événement mais ce n’est pas parce qu’une partie des personnes confirmées ne viennent pas que votre mariage est raté. 704 personnes présentes est un bon score pour ce type d’organisation », tempère Min Reuchamps.

 

 

Bilingue — Trilingue

 

Dans la salle, les 85 tables de 10 personnes étaient numérotées et on pouvait compter 32 tables bilingues NL-FR (chaque personne parle dans sa propre langue et bénéficie d’une traduction simultanée), 30 tables néerlandophones, 22 tables francophones et 1 table bilinguegermanophone-francophone. A chaque table, on retrouve une équipe de 2 « coach » portant des vestes bleues et animant les débats à l’aide d’un tableau (sponsorisé par la société Post-It) tout en prenant garde de ne pas influencer les débatteurs. La répartition des participants dans les tables de 10 a également fait l’objet d’un équilibre (genre, génération, communes). Cet équilibre pensé visiblement pour 850 personnes a été réadaptée en fonction des présents (704) en dernière minute.

 

La technique d’animation de la journée a également fait l’objet d’une intense préparation par les organisateurs. En effet, il ne suffit pas de sélectionner et de répartir les candidats débatteurs, il faut en plus penser aux techniques d’animation (présentation, prise de parole en petit cercle, consensus, votes,…) et aux questions pratiques (3.000 sandwiches mangés à 12h30, cafés, toilettes, fruits, covoiturage entre participants, hébergement chez les Bruxellois…). Lors de chaque thématique (déterminé au préalable par les internautes : sécurité sociale, répartition du bien-être en période de crise financière, immigration + un thème au choix par table), les participants du G1000 écoutaient d’abord un expert du sujet chargé de « nourrir les réflexions » en 10 minutes.

 

Certains observateurs ont émis discrètement des critiques sur le choix des experts (Marie-Claire Foblets, Marco Martiniello, Philippe Van Parijs, Eric De Ceuleneer, Koen Schoors et Béa Cantillon, voir les présentations) parce qu’ils seraient tous « plutôt de gauche ». En tout cas, au vu des mesures proposées « plutôt de droite », les participants ne semblent pas avoir été particulièrement influencés par ces experts. Après la présentation, un tour de table des opinions est amorcé de manière ludique par les « coach », l’ensemble des réflexions fait l’objet de notes sur le tableau sponsorisé; puis les personnes sont invitées àtravailler en bînome pour produire un consensus sur 3 idées maîtresses à défendre devant le groupe de 10. L’ensemble des idées maîtresses fait ensuite l’objet d’un vote pour départager les 3 idées centrales de la table et le tout est ensuite noté sur un papier bleu transmis à la centrale du G1000. Chaque table fait cet exercice et l’ensemble des idées maîtresses sont ensuite soumises au suffrage de la salle par le biais d’une télécommande pour aboutir au consensus général.

 

 

Les résultats… en attendant le G32

 

Voici les résultats du travail du G1000 en fin de journée : 2 mesures choisies parmi plusieurs propositions

 

— Chômage : Rendre le travail plus attrayant en augmentant les salaires de base ; Limiter les allocations de chômage dans le temps

 

— Retraites : Harmoniser les statuts et rendre le système plus transparent et plus égalitaire ; Aménager les fins de carrière et créer un socle minimum tout en permettant à chacun de le compléter individuellement

 

— Allocations familiales : Même montant pour le 1er, 2e et 3e enfant ; Allocations plus grandes pour les revenus les plus bas

 

— Soins de santé : Garantir l’égalité et l’égalité d’accès au système ; Réduire l’excès de consommation en remettant le généraliste au centre

 

— Répartition des richesses : Réduire l’impôt des sociétés en fermant les échappatoires ; Taxe sur les transactions financières

 

— Immigration : Devoir d’intégration ; Procédures rapides et critères objectifs

 

Ces conclusions ont été remises aux Présidents des 7 assemblées parlementaires belges. Après la journée du 11 novembre, le G1000 continue en se focalisant sur un G32 (32 personnes sélectionnées) qui se réunira pendant plusieurs weekends de novembre à avril 2012 pour aboutir à des solutions plus approfondies sur base des réflexions du 11 novembre. En avril, le G1000 compte soumettre ses propositions à l’ensemble du pays.

 

Bien qu’elle ne conteste pas le système de représentation actuelle, l’expérience du G1000 prouve quand même qu’il est possible en Belgique de vivre en démocratie pour beaucoup moins cher et sans nécessairement passer par des élections. Comment ? En utilisant la recette du G1000 : un tirage au sort aléatoire des mandataires publics, des correctifs pour les groupes précaires, une consultation des experts, un débat entre mandataires bénévoles qui ne se connaissent pas pour élaborer une réflexion sur des sujets complexes avec l’objectif d’aboutir rapidement à des décisions politiques. Un bon sujet de débat, non ?

 

 

[Publié aussi sur Parlemento.]

 


Mehmet Koksal

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