Le sort des fous

C’était le caca nerveux du président. Une loi de merde pour la psychiatrie. « Je ne vous laisserai pas tranquille » avait-il promis. Une loi démente, comme un corps sans organes, a été pondue par les fous furieux du gouvernement. Ils ont eu très peur, le président a tenu à les rassurer en prononçant un discours dans un hôpital psychiatrique non moins dément alors que les malades étaient enfermés dans leurs chambres.

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Christophe F. Ennajoui

par Christophe F. Ennajoui - Samedi 10 septembre 2011

Adepte de la micro informatique depuis la micro enfance, Christophe F. Ennajoui est écrivain publiant à compte d’auteur et ancien militant autonome nourri à la vache enragée. Il a 38 ans de service comme engagé volontaire parmi les vivants et n’aime pas fêter son anniversaire.  

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C’était le caca nerveux du président. Une loi de merde pour la psychiatrie. « Je ne vous laisserai pas tranquille » avait-il promis. Une loi démente, comme un corps sans organes, a été pondue par les fous furieux du gouvernement. Ils ont eu très peur, le président a tenu à les rassurer en prononçant un discours dans un hôpital psychiatrique non moins dément alors que les malades étaient enfermés dans leurs chambres.

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ais qu’est-ce donc que cette nouvelle loi qui voit le jour ? C’est la micro-peur d’un président micro-trouillard, qui voit dans chaque fait divers, un signe du danger qui guette aux coins des rues. « Un schizophrène a tué »,  « schizophrène dangereux s’est encore échappé ». La une des journaux à scandale a donné le signal.

Mais cette nouvelle loi est aussi un acte d’impuissance politique. Folle, inapplicable, le corps n’a pas d’organes, il n’y a pas de personnel, pas de moyens, remet en cause le secret médical. Mais les organes sont les ennemis de ce corps qu’il désigne comme fautifs, inconséquents, inadéquats. Psychiatres, infirmiers, juges, préfets, tous les organes de ce corps sont les ennemis de cet esprit dément. Corps d’un président et d’un gouvernement malade. Peut-être plus malades que ceux qu’ils désignent à la vindicte.

 

Cette désignation de l’ennemi intérieur, cette exclusion est aussi constitutive d’un nouvel ordre auquel chacun doit se soumettre. L’injonction n’est pas lancée comme un ordre formel, mais à travers la terreur distillée par les mass médias.

L’objet de toute cette mascarade où même la loi devient un fait publicitaire, est de transformer la prochaine élection en plébiscite.

 

 

1793 

Après plusieurs siècles de maltraitance, c’est un simple surveillant de l’hospice de Bicêtre, un dénommé Pussin, qui prit la décision de libérer les fous de leurs chaînes. L’Histoire attribuera plus tard ce geste à Pinel, qui est considéré comme le père fondateur de la psychiatrie moderne. Charles Louis Müller réalisera un tableau actuellement conservé à l’académie de médecine de Paris, représentant Philippe Pinel délivrant les fous de leurs chaînes. Pinel fut aussi l’auteur vers 1800 du Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale ou la manie qui affirme la conviction que la folie est curable.

 

 

1838 

Cette année voit la création de l’asile par Esquirol avec la loi du 30 juin. Elle impose à chaque département de se doter d’un établissement destiné à accueillir ceux qu’on appelait alors les « aliénés ». On croit avoir réglé le problème, mais de 1838 à 1860, on passe de 11.524 à 30.000 personnes internées. Les premiers scandales éclatent dès 1860 et la presse commence à s’y intéresser de près dès 1877 avec l’affaire Sandon, cet avocat qui dénonce son enferment abusif et les conditions de vie dans l’asile.

 

1952 

L’invention du premier neuroleptique, le Largactil, révolutionne l’approche médicale de la maladie mentale.

 

 

1968 

Erwin Goffman publie Asiles, un ouvrage qui fera date dans la dénonciation de l’asile comme processus ségrégatif et concentrationnaire.

 

 

2011

Gigantesque retour en arrière avec les lois répressives contre la folie du gouvernement Sarkozy.

 

 

 

Le hand in cap, la révolution

d’un point de vue sur les maladies

 

Le mot « handicap » est dévié du nom d’un jeu de hasard anglais intitulé le « hand in cap » (la main dans le chapeau). Lorsque la main est dans le chapeau, elle est handicapée. On ne sait donc  plus si c’est l’état de la main ou l’environnement (ici le chapeau) qui constitue le handicap. Cette notion ne fait donc pas appel qu’au seul état de santé d’un individu, mais également à la nature de l’environnement social, matériel et géographique. Un handicapé en fauteuil roulant est plus ou moins handicapé en fonction des aménagements qui sont ou ne sont pas mis à sa disposition. Un handicapé psychique est plus ou moins handicapé en fonction du fait que la société est plus ou moins disposée à l’accueillir, ou des rôles sociaux qu’on lui donne.

 

Le handicap a été pris en compte pour la première fois en France avec la loi du 23 novembre 1957 sur le reclassement des travailleurs handicapés.

 

 

 

La réinsertion des malades psychiques

 

En 1940, lors de l’invasion des troupes allemandes, à l’hôpital de la Charité-sur-Loire, certains malades se sont échappés, d’autres ont été libérés. 37% d’entre eux se sont réinsérés dans un réseau social ou professionnel alors qu’un diagnostic préconisait l’hospitalisation. Ce fut le premier acte vers la prise de conscience d’une possibilité de la réinsertion des malades psychiques.

 

Mais l’électrochoc dans le monde médical fut l’arrivée des premiers neuroleptiques. C’est à ce moment qu’il fut réellement question de penser à laisser sortir les malades et donc de penser la réinsertion.

 

 

 

Programming the madness

 

La sectorisation que nous connaissons actuellement, est née en 1960, mais sa véritable constitution légale définitive s’est faite en 1985.

 

Mon constat, à l’heure où la psychiatrie est dans un état lamentable et manque de plus en plus de moyens, où les statisticiens, les comportementalistes et les chimiothérapeutes décident du sort des malades psychiques à leurs dépends, est qu’il aurait fallu une véritable remise en cause à l’échelle de la société. On s’est plutôt évertué à créer des ghettos soft  pour malades psychiques.  L’institutionnalisation que nous avons connue est un échec cuisant, en ce sens qu’elle ne pouvait continuer à exister que si elle était considérée comme une mise à l’écart suffisante par une population mal informée et en l’absence d’une prise de conscience collective.

 

Quelques échecs dont celui de l’expérience italienne dans les années 1970 où les hôpitaux psychiatriques ont été fermés et les malades jetés à la rue, sont à prendre en compte dans l’historique de la problématique de la maladie psychique. Je pense cependant que ce ne fut pas la fermeture de ces hôpitaux qui fut une mauvaise chose, mais l’absence de structures alternatives. Les malades psychiques avaient besoin de lieux de soins qu’ils ne trouvèrent plus après cela. C’est que cette mesure n’avait fait qu’abolir le présent sans construire l’avenir.

 

Je suis très méfiant à l’égard de toutes les structures qui séparent les malades psychiques du reste de la société. Je serais plutôt favorable à l’inclusion de petites structures ouvertes et dotées d’une architecture attrayante dans les différents lieux de vie. J’imagine déjà un Centre Médico Psychologique sur un lieu de travail où se côtoient travailleurs handicapés et normaux. Des ateliers thérapeutiques dans les centres culturels, ouverts aux non-malades ainsi que l’inverse. Bref, permettre aux uns et aux autres de se côtoyer pour lutter contre les préjugés.

 

La question de l’enfermement reste posée en dehors de tout angélisme. Parfois les malades ont besoin d’un lieu de soins fermé pour les protéger, le plus souvent d’eux-mêmes. L’idée de fermer les hôpitaux tels que nous les connaissons n’était pas mauvaise en soi. Encore faudrait-il trouver des lieux alternatifs. Une expérience ayant eu lieu en France a attirée mon attention : celle des villages de fous. On pourrait, partant de cette expérience, penser l’intégration de petites structures de soins dans des petites localités de chaque département.

 

Je présenterais le modèle de la psychiatrie en libéral détachée de toute institution dans des cabinets en ville, comme modèle de suivi en ambulatoire. L’institution est une administration dans laquelle l’ordre doit être maintenu, le psychiatre en libéral est un individu qui entretient une relation humaine avec un autre individu.

 

 

 

Fous furieux : un danger à relativiser

 

Les malades psychiques ne sont auteurs que de 2 à 5% des homicides et sont 4 à 7 fois plus victimes que le reste de la population. Ils représentent moins de 5% des auteurs de viols et 3 à 5% des actes de violence. Autrement dit: la priorité devrait être donnée à la répression des gens normaux puisqu’on a  95% ou plus de probabilités de se faire agresser, tuer ou violer par un « normal ».

 

Si la proportion d’auteurs d’actes est plus élevée parmi les malades psychiques que parmi les normaux, aucune étude ne vient démontrer que ce chiffre est lié à la maladie psychique. Il ne viendrait à personne de dire que le nombre d’auteurs de délit serait plus élevé en proportion dans la minorité noire aux USA à cause de la couleur de peau. Tout le monde conviendrait très vite que ce chiffre ne pourrait être lié qu’à des conditions sociales qui favorisent la délinquance.

 

Quoi qu’il en soit, si on exclue le sensationnel, les malades psychiques ne représentent pas un danger prioritaire sauf dans les fantasmes d’un président paranoïaque qui a tour à tour désigné à la vindicte les enfants, les malades, les  Rroms, les français d’origine étrangère et les binationaux.


Christophe F. Ennajoui

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