Laissez-faire, laissez-piller…

Qu’est-ce qui nous traumatise autant dans ces émeutes urbaines de début août en Grande-Bretagne déclenchés par une possible bavure policière et s’étant transformées en une gigantesque opération de  pillage nationale des boutiques britanniques ? Est-ce l’usage de la violence, le vol de la propriété d’autrui ou l’apparition d’une armée de pilleurs cagoulés équipés de Blackberry qui défie les hommes de Scotland Yard ? Ce qui frappe le plus les esprits en suivant les vidéos postées sur YouTube à l’heure des pillages de Londres se rapporte à cette fausse impression d’accéder au bonheur à travers la possession d’une console vidéo, d’une télévision à écran plat ou encore des smartphones.  Tu veux cet écran plat fixé dans la salle des paris du Ladbrokes ? Take it now ! Tu veux cette Playstation III et ses milliers de jeux vendus par ce commerçant turc de la Stoke Newington High Street ? Take it NOW !

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Mehmet Koksal

par Mehmet Koksal - Dimanche 14 août 2011

Journaliste-reporter basé à Bruxelles, polyglotte, correspondant du Courrier International, Mehmet Koksal est co-fondateur de Minorités et un spécialiste de la question minoritaire en Europe.

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Qu’est-ce qui nous traumatise autant dans ces émeutes urbaines de début août en Grande-Bretagne déclenchés par une possible bavure policière et s’étant transformées en une gigantesque opération de  pillage nationale des boutiques britanniques ? Est-ce l’usage de la violence, le vol de la propriété d’autrui ou l’apparition d’une armée de pilleurs cagoulés équipés de Blackberry qui défie les hommes de Scotland Yard ? Ce qui frappe le plus les esprits en suivant les vidéos postées sur YouTube à l’heure des pillages de Londres se rapporte à cette fausse impression d’accéder au bonheur à travers la possession d’une console vidéo, d’une télévision à écran plat ou encore des smartphones.  Tu veux cet écran plat fixé dans la salle des paris du Ladbrokes ? Take it now ! Tu veux cette Playstation III et ses milliers de jeux vendus par ce commerçant turc de la Stoke Newington High Street ? Take it NOW !

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ordan Chase, un des gourous du marketing motivationnel dans la célèbre série télévisée américaine de l’expert en sang et serial killer de Miami « Dexter », est justement l’auteur (dans la série) d’une philosophie baptisée « Take It Now » qui justifie assez bien le comportement bestial des pilleurs anglais :

« If you want something...TAKE IT! You want that job? Well then TAKE IT! It's entirely up to you. You want that nice house on the beach ? TAKE IT! The world does not put limitations on what you can have. But if you want something...TAKE IT! (…) We are born primal. Conceived with the impulse to fight, for what we desire. It's written in our genes. It's engraved in our souls...but we've traded the wilderness for pavement. Trees for skyscrapers. We've lost touch with our instincts, with what we are ».

 

Cet appel au retour de l’instinct bestial chez l’être humain devrait au contraire nous amener à relativiser les notions de propriété privée et de bonheur non partagé. Posséder un téléphone (à ce propos, la mise en avant négative du « Blackberry » pendant ses émeutes laisse croire à une propagande négative téléguidée par son concurrent « iPhone » car il n’y a pas que les cagoulés de Londres qui font des bêtises avec un « Blackberry », notre Premier ministre Yves Leterme célèbre utilisateur du même appareil pourrait vous en dire plus via son compte Twitter) n’a jamais procuré le bonheur absolu malgré la propagande des marques. Mais pour s’en rendre compte, l’individu a souvent besoin d’expérimenter soi-même le produit d’où la naissance de cette pulsion possessive.

 

La consommation a favorisé l'endettement des populations pour soutenir une économie en perte de vitesse et le principe économique du « laissez-faire » cher aux dirigeants britanniques (de gauche hier, de droite aujourd’hui) a finalement déclenché un effet secondaire non désiré qu’on peut résumer par le « laissez-piller ». Laissez-piller cette génération « no future » pour qu’elle puisse se rendre compte par elle-même de la débilité de son action violente à l’égard des autres minorités commerçantes ? Ou alors laissez-piller pour mieux justifier par la suite les politiques les plus répressives et les plus radicales qui seront prises par le gouvernement à l’égard du Britannique moyen ? A qui profite finalement tout ce climat d’insécurité ?  

 

Certainement plus à Mark Duggan (le jeune noir de 29 ans tué par la police au cours d’une fusillade le 4 août dernier, soit l’événement qui aurait déclenché les émeutes) dont le nom ne fait visiblement plus le poids face à la concurrence des marques devant les vitrines des rues commerçantes. Mais, si cela peut en rassurer certains, ce climat ne profite pas non plus aux pilleurs qui après avoir pris des risques considérables doivent bien se rendre compte aujourd’hui que même le Blackberry ne fait pas leur bonheur…

 

 

[In het Nederlands]


Mehmet Koksal

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