Berlin Stories (2)

Bien évidemment que sur l’instant, je n’ai pas pensé à Proust ! Mais ce n’est pas nécessaire d’avoir le réflexe, la référence au bon moment, pour avoir intégré le savoir venu de vieilles lectures. L’autre, il avait fait des pages et des pages non seulement sur le coucher, mais pour ceux qui n’en avaient pas assez, sur le réveil. Le réveil. Ayant buté plus d’une fois sur ces passages, ce sentiment de parfaite désorientation qui vient lorsqu’on ouvre les yeux n’avait plus grand mystère pour moi. C’était un élément intégré dans la routine matinale comme la première cigarette, le premier café et les voix dans la radio. Peut-être était-ce tout simplement de m'être trop longtemps réveillé dans des lits étrangers qui faisait qu’aujourd’hui les réveils ne me troublaient plus. Et le seul mystère en ces matins-là, anciens, c’était finalement le prénom de l’homme couché près de moi. Même plus de m'éveiller encore fois dans une chambre sans livres. Alors allez savoir, l’art ou là vie, la littérature ou les expériences… 

 

filet
Stéphane Trieulet

par Stéphane Trieulet - Dimanche 07 août 2011

J'ai 45 ans ce qui ne me fait pas trop sourire. Même si la lumière particulière du désert Navajo et peut-être la Night Repair d'Estee Lauder utilisée depuis plus de 20 ans me permettent de ne pas trop l'afficher. Je me demande d'ailleurs si je ne devrais pas aller à LA où la lumière est encore plus clémente et les techniques pour rester jeune encore plus radicales.   

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Bien évidemment que sur l’instant, je n’ai pas pensé à Proust ! Mais ce n’est pas nécessaire d’avoir le réflexe, la référence au bon moment, pour avoir intégré le savoir venu de vieilles lectures. L’autre, il avait fait des pages et des pages non seulement sur le coucher, mais pour ceux qui n’en avaient pas assez, sur le réveil. Le réveil. Ayant buté plus d’une fois sur ces passages, ce sentiment de parfaite désorientation qui vient lorsqu’on ouvre les yeux n’avait plus grand mystère pour moi. C’était un élément intégré dans la routine matinale comme la première cigarette, le premier café et les voix dans la radio. Peut-être était-ce tout simplement de m'être trop longtemps réveillé dans des lits étrangers qui faisait qu’aujourd’hui les réveils ne me troublaient plus. Et le seul mystère en ces matins-là, anciens, c’était finalement le prénom de l’homme couché près de moi. Même plus de m'éveiller encore fois dans une chambre sans livres. Alors allez savoir, l’art ou là vie, la littérature ou les expériences… 

 

C

e matin me trouvait dans un grand lit inconnu, dans une grande chambre inconnue et c’était à peine si je m’étonnais de n’avoir aucune idée de l’endroit où je pouvais bien me trouver. Un truc quand même, cet état entre rêve et conscience était percé de sons étranges qui bizarrement se faisaient plus précis et persistants à mesure que j’entrais dans le jour. Des sons venus d’autres réveils, à  Kota Kinabalu ou aux environs de Kanchanaburi peut-être. Malgré l’obscurité garantie par d’épais rideaux, je commençais à y voir plus clair. Juste le temps de me rouler dans les draps pour vérifier que j’y étais bien seul et j’ai su que j’étais dans une chambre d’hôtel, je me suis souvenu que j’étais à Berlin. Même si pour le moment Berlin ne voulait encore et toujours rien dire pour moi. J’essayai de me concentrer, mais les seuls sons que je parvenais à associer à cette ville étaient soit résolument industrieux, soit le grondement ténébreux de forteresses volantes lâchant un tapis de bombes avant ce silence absolu qui suit l’effondrement d’un dernier bâtiment.

Mais ces chants d’oiseaux, ces barrissements et rugissements que j’avais cru distinguer, ça ne collait pas. Derrière la vitre, il y avait du vert à perte de vue, une forêt sous un ciel d’été d’où ici et là émergeait un de ces immeubles typiques de l’après-guerre, de la reconstruction. La première image, ce fut ça.

 

En sortant à la recherche de l’office de tourisme, je réalisai que l’hôtel se trouvait au pied du zoo. D’où ces cris d’animaux qui allaient faire office de réveil au cours de ce séjour initial. Et chaque matin le sentiment réjouissant de n’être pas là où l’on croit être. Bon ce n’est pas tout mais maintenant il me faudrait un plan pour intégrer la topographie de la ville avant de me mettre à marcher, marcher, marcher.

 

Alors je marche. Mais là encore un truc ne colle pas, c’est comme si je faisais du surplace, cela fait au moins une demi-heure que j’avance et pourtant j’ai à peine parcouru quelques millimètres sur la carte. J’ai traversé un canal. Et s’il y a bien vingt minutes que je le longe, je n’ai guère l’impression d’être enfin arrivé en ville.

 

Oh, cet indécrottable réflexe province. Vingt ans dans Paris et pourtant toujours à monter, descendre, aller et enfin arriver « en ville ». Alors je marche vers l’hypothétique ville, sans une vitrine même mal achalandée pour me distraire, sans une terrasse de café pour me poser, sans un regard à croiser, à suivre puis enfin, à regret, à lâcher. Et puis de toutes façons, il n’était pas vraiment mon genre.

 

La ville n’en finit plus de se dérober et pour peu je finirais même par croire que je suis en train de faire fausse route. Sauf que non. Vous n’aurez aucun mal à me faire douter de tout et surtout de moi, seulement, s’il existe une seule chose en moi dont je ne doute pas, un seul sens qui ne m’a jamais abusé, c’est bien celui de l’orientation. Alors je continue à avancer.

 

 

Germania

 

Je pourrais me trouver sur un chemin de halage désaffecté tant la végétation qui m’entoure est en friche. Un herbier d’abords de gare. Pourtant, si j’en crois mon plan, les bâtiments que j’aperçois de l’autre coté de la route sont des ambassades, Espagne, Italie, Japon. Les pays amis je pense, toujours prêt à claquer le point Godwin comme on tilt au flipper. 

 

Je m’approche des ces édifices massifs et essaie de me représenter ce qu’aurait pu être la Germania d’Hitler et Speer. De ce semblant de quartier qui a sans doute été le centre d’un pouvoir qui continue de terrifier ne reste qu’une emphase dépeuplée, un genre de  grandiloquence juste risible. Un peu triste aussi. Enfin, peut-être au moins vais-je trouver dans le coin un café ou m’asseoir pour étudier le fichu plan de cette ville dont les distances et la forme m’échappent encore.

 

Sur une des façades, mon regard est attiré par des impacts de balles, comme un visage parfait d’une statue d’Arno Breker grêlé par une vilaine vérole.

 

Alors je me souviens, Berlin c’est la guerre. Act Up en colère, j’ironise aussitôt comme pour conjurer la violence des images qui me viennent à l’esprit. Et s’entêtent. Des images de soldats qui défilent, de destruction, d’autres soldats, d’autres défilés. Ca n’en finit pas. Puis c’est un tourbillon les GI, les Anglais et nos fantasmés bidasses dans des plans troupes d’occupation, les Russes, la Nationale Volkasarmee, NVA pour les intimes. Ça n’en finit plus, c’est un tourbillon.

 

Berlin dansait sur un volcan.

 

Quand je m’accrochais aux barreaux du parc en bois pour essayer de me tenir debout. Premiers pas en super huit. Quand dans la cours de récréation on faisait des rondes. Qu'est-ce qu'elle nous a fait, la p'tite hirondelle ? Elle nous a donné trois p'tits sacs de blé. Quand en colo on faisait des farandoles autour d’un feu de camps. Vent frais vent. Quand en boum je restais assis là dans mon coin. Ça, c’est vraiment toi.  Puis quand il bien fallu inviter une fille à danser et Flo était gentille. I’m not in love. Lorsque la première fois au GTD, au beau milieu de la piste, j’ai aimé me sentir bousculé, écrasé, me sentir ne faire qu’un avec les autres danseurs. Lost in music. Quand j’allais à Haute Tension puis quand Haute Tension a fermé et qu’on a voulu nous faire migrer à Barbès,  au Mégatown. Mais c’était trop loin, alors après quelques semaines, on a arrêté d’y aller. Quand on évitait d’aller au BH parce que paraît-il… Tu as entendu cette histoire, c’est diiiinnngue ! Et quand on a réalisé que le Bodyrock c’était déjà fini.

 

Berlin dansait au pas de l’oie.

 

Et d’autres dance routines que je ne connaissais pas. Quand nous c’était la High NRG, l’Italo-disco et les hits de SAW. Heureusement le New Beat, l’Acid et la pop eurotrash ont vite dégagé la piste pour laisser place à la House.

 

Quand on en a eu marre de voir toujours les mêmes têtes dépasser des mêmes bombers. C’est même plus drôle. Quand la soirée à la mode s’appelait Pyramide et qu’une nouvelle génération de pédés a investi l’ex-Rose Bonbon rebaptisé le Boy. Quand ceux qui étaient déjà la génération d’avant se retrouvèrent à la Luna. Quand les nouveaux dont tout le monde parlait s’appelaient Laurent, Stéphane, Wilfried, Léo, Jean-Marie… Quand on a commencé à remarquer, bientôt fébrilement, que certains piliers avaient disparu. Mais le ciel ne nous tombait pas sur la tête et nos pieds marquaient toujours le rythme. Quand on a commencé à attendre tout aussi fébrilement la prochaine soirée au Cirque d’Hiver, parce qu’il y aurait tout le monde et qu’à coup sûrs ils seraient là. Enfin de retour, on leur demanderait avec soulagement ce qu’ils devenaient, ils ne sortaient plus. Quand on a fini par craindre d’aller aux soirées du Cirque d’Hiver qui ne servaient désormais plus qu’à décompter. Quand on évitait de prononcer le nom des absents. Ce silence égale mort, c’était écrit sur des t-shirts noirs avec un triangle rose. Quand il a fallu arrêter de danser pour se mettre à marcher.

 

Ces soirs-là et tous ces matins pas toujours très frais, Berlin avait vécu dans une guerre qui pour moi était de l’histoire ancienne. Belle lurette. Elle avait commencé en 1939 cette plaisanterie. Un truc que nos grands-parents nous servaient quand on ne voulait pas reprendre de soupe à l’oseille. Une guerre qui avait continué à moisir toute seule dans un petit coin d’Europe et qu’on avait fini par oublier. Je me souviens juste un jour avoir suspecté ma prof d’allemand d’être légèrement de droite alors qu’elle suggérait qu’un jour l’Allemagne serait réunifiée. Je trouvais ça débile comme idée et je n’en voyais pas l’intérêt. L’Europe était coupée en deux, on avait grandi avec, c’était comme ça un point c’est tout. Comme les Alpes sont des montagnes ou la Seine traverse Paris, le rideaux de fer était une réalité géographique qu’il ne servait à rien de vénérer ou de regretter et qui surtout ne nous empêchait pas de danser. Et d’ailleurs ce rideau de fer ne cessait de s’éloigner à mesure que les avions toujours meilleurs marchés nous rapprochaient chaque été un plus de New York. Bientôt, c’est sûr, on allait y aller le week-end juste pour s’acheter des Calvin Klein. Ou des maxis qu’on ne trouvait pas en France et qu’on rêvait d’entendre après avoir lu leur critique dans Gai Pied ou Libé. Parce que même s’il y avait cet ancêtre du net qu’on appelait le minitel, les plus jeunes doivent comprendre que ce proto-ordinateur de salon ne permettait pas d’écouter à la demande un mix obscur joué dans un club des environs de Chicago en 1988 ; si on voulait écouter un morceau, il fallait d’abord trouver le disque. Je sais, c’était très agaçant.

 

Et puis on ne sait pourquoi ce mur s’était effrité avant de finalement tomber. Mais c’était justement assez mal tombé car nous avions alors d’autres urgences. Nous qui avions vécu en paix, il nous fallait partir en guerre. Trop de monde assurément ne venaient plus aux soirées. Et je vous assure qu’à l’époque l’expression ne nous faisait pas trop rire. Même fredonner les folles mortes se ramassent à la pelle ne déridait désormais plus personne, un sourire poli peut-être. Alors le mur de Berlin était tombé, oui…  La belle affaire. Tout au plus Russians de Sting et Nikita d’Elton John allaient devenir obsolètes, ce qui n’était pas très grave. Pas question, par contre, de se séparer du Berlin de Lou Reed ou de la trilogie de Bowie. Les Allemands de l’Est voulaient voir des pornos et comme Barthes s’étonner d’acheter des fraises en plein hiver rue de Bucy. Les pauvres. Ils réaliseraient assez vite que les fruits de saison sont bien meilleurs et qui plus est meilleur marché. Quelque vingt ans plus tard, ces fruits de saison peuvent même se vanter d’avoir une emprunte carbone quasi nulle, ce qui ne change rien au goût ni aux finances mais donne un genre de bonne conscience.

 

Et ces impacts de balles sur une façade en ce jour anodin de 2005 me disent que j’avais vécu dans l’Histoire. Sans le savoir. Sans même le réaliser tant ce monde sans guerre avait été comme un jour sans fin, un présent immuable dont nous cherchions à oublier la vacuité dans la consommation de nouvelles modes, de nouvelles danses et de nouveaux amants. Bien sûr, il devait sûrement y avoir eu d’autres guerres quelque part dont on avait sans doute entendu parler, après tout il fallait bien meubler les journaux de 20H, justifier nos dépenses militaires. Au Vietnam, en Afghanistan, au Salvador et même aux îles Malouines. Enfin, dans des endroits trop loin, trop chauds et surtout où il n’y avait aucun lieu digne de ce nom où l’on ait sérieusement envie de sortir.

 

Et ce matin, avec la précision des armes ayant causés ces impacts, je réalisais que la représentation du monde dans lequel j’avais grandi n’existait plus. Bang bang.

 

Deux gamins blonds d’une vingtaine d’année traversèrent alors la rue  en direction de la dalle du Kulturforum. N’auraient été leur dégaine et les écouteurs sur les oreilles, ils étaient le portrait craché des jeunes berlinois sur lesquels fantasmaient Isherwood et Stephen Spender dans les années 20.

 

Le monde depuis lequel j’aurais pu leur parler était une page de leur livre d’Histoire, un machin anecdotique, exotique. Comme l’avait été le monde de mes grands-parents, celui de la guerre 14, celui de mes parents avec leurs récits de la guerre 40.  Mon oncle avec l’Indo et l’Algérie. Les raseurs avec 68.

 

 

Familistère

 

Je me souviens de ces gens qui continuaient à aller au Familistère au coin de la rue. Pourtant cette épicerie ne s’appelait plus comme ça depuis au moins 30 ans. Ils demandaient systématiquement à la caissière combien ça fait en anciens francs. Nous, les gamins, ça nous faisait sourire. Puis l’enseigne a changé une nouvelle fois avant de disparaître à cause  grandes surfaces qui s’installaient en périphérie. Et sur la façade de ce qui est désormais une maison d’habitation, je m’étonne de rechercher encore sous le crépi et la peinture les traces de la devanture du magasin où j’achetais des carambars et des malabars avec le reste de l’argent des courses.

 

Ces jeunes types auraient probablement souri si je leur avais parlé de ce que je continuais à nommer la Tchécoslovaquie. In extremis, j’arrive à placer ex devant Yougoslavie, mais c’est limite.  Toutefois, je ne suis pas bien certain de pouvoir parfaitement situer l’Ukraine, la Biélorussie, l’Arménie ou la Lettonie. Et s’ils avaient pensé que je les charriais, j’aurais sûrement balayé leur incrédulité d’un «  C’est en Russie, quoi ! »  parce qu’on m’avait assez repris quand longtemps après j’ai continué à dire l’URSS. N’empêche Karl-Marx-Stadt m’intriguera toujours plus que Chemnitz et la route des vacances passait par Châlon-sur-Marne et pas  par Châlon en Champagne.

 

Une autre fois, lorsque finalement j’habitai à Berlin, je ne su cacher mon irritation à ma mère qui ne pouvait se résoudre à acheter un T-shirt Berlin à sa petite-fille. Ma nièce qui justement, veut venir me rendre visite car tout ce qu’elle sait de cette ville c’est la fête et une jeunesse prétendument insoumise qui vient de toute l’Europe pour s’amuser et oublier un avenir où ils ne le seront pas trop, à la fête. Mais pour ma mère, Berlin est et restera à jamais associé à la défaite.

 

L’histoire fait finalement assez penser à ces membres amputés qui continuent à vous démanger des années après: on a un peu honte mais on y peut rien, on gratte cette main qui n’existe plus même si les gens autour pensent que vous faites des comédies. 

 

Et se trouver ici c’était marcher dans un quartier perdu, comme on le dit pour un paradis. Ou sur la couverture d’un livre de Modiano. C’était marcher dans un décor déjà traversé sans vraiment y  avoir prêté attention. Mettre mes pas dans mes pas et regarder enfin vraiment ce que je n’avais pas pris le temps de voir tant mon regard était pointé sur l’horizon d’un avenir disons incertain.

 

Il y avait la grisaille familière des immeubles reconstruits dans l’immédiat après-guerre et quelque chose de méditerranéen, une sorte de nonchalance. Et puis tout ce vert. Ces rues bordées d’arbres non taillés comme dans certaines petites villes du midi où l’on apprécie plus les bienfaits de l’ombre que les expérimentations topiaires. Les herbes dites mauvaises qui squattent jusque sur les trottoirs. Des terrains vagues improvisés au milieu de la ville pour contrebalancer l’austérité prussienne de certaines avenues tracées au cordeau. Où qu’on soit dans Berlin, il semble qu’il ne faudra guère faire plus de cinq cent mètres avant de se retrouver dans le vert et le calme. La ville semble avoir pris au mot la boutade selon laquelle il faut construire les villes à la campagne parce que l’air y est plus pur.

 

 

Une ville qui, sans doute, parce qu’elle avait vécu trop longtemps dans la guerre, m’apparaissait comme pacifiée, douce. Le sourire que m’avait adressé les deux jeunes mecs avant de disparaître. Ceux des gens que je  croiserais plus tard dans le métro ou à des terrasses de café. Bienveillants. Tranquilles.

 

Je ne sais pas combien de temps je suis resté devant cette façade qui avait résisté à cinquante ans de guerre. J’aurais pu rester là encore et me dire j’ai vu Berlin. Mais j’avais d’autres choses à voir. Tout du moins, j’ai pensé qu’on me prendrait pour un fou si je n’avais ramené que cette image. Oh mais vous savez, il est toujours un peu dépressif, ils auraient dit.

 

Mes réticences à l’égard de cette ville avaient commencé à vaciller. Touché, j’ai pensé. Désormais j’avais envie d’aimer Berlin. Je me suis remis en marche avec la crainte que la ville autour ne gâche ce moment-là. Car si je devais battre en retraite, revenir ici pour retrouver rien qu’un instant cette sorte d’empathie absolue que j’ai ressentie alors pour Berlin, je sais que je ne trouverais qu’une façade sans grand intérêt. D’ailleurs, je n’y suis jamais retourné depuis. J’ai trop voulu de ces étonnants garçons dont le mystère se dissipe avec les brumes matinales. Mais j’avais à nouveau envie de me laisser séduire, c’était inespéré. J’ai saisi l’occasion et me suis dirigé vers Potsdamer Platz qui était à deux cent mètres de là, à tout casser.


Stéphane Trieulet

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