Mortgage Story — Introduction

Il n'y a pas de crise économique. C'est désormais une opinion partagée par la presse un peu partout dans certains pays depuis le « Credit crunch » de 2007/2008, moulinée jusqu'au trognon par la gauche, la gauche de la gauche ainsi que la droite et l'extrême-droite, pour une fois tous d'accord, à l'unisson: nous sommes en crise économique. Pour les uns, prétexte à critiquer « le système ». Pour les autres, prétexte à imposer de nouveaux tours de vis sociaux, à pointer du doigt des périls venus de l'étranger (la Chine) voire de plus en plus souvent, des ennemis de l'intérieur, c'est à dire des étrangers (« Africains », « Arabes », « Musulmans »).

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Madjid Ben Chikh

par Madjid Ben Chikh - Dimanche 24 juillet 2011

Madjid Ben Chikh est né à Paris en 1965 de père ouvrier algérien et de mère française. Ayant milité à l'Escargot, Act Up, Spont-Ex, au PS, mais il vit et enseigne à Tokyo depuis 2006. Il est aussi écrivain et son blog existe depuis 2004.  

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Il n'y a pas de crise économique. C'est désormais une opinion partagée par la presse un peu partout dans certains pays depuis le « Credit crunch » de 2007/2008, moulinée jusqu'au trognon par la gauche, la gauche de la gauche ainsi que la droite et l'extrême-droite, pour une fois tous d'accord, à l'unisson: nous sommes en crise économique. Pour les uns, prétexte à critiquer « le système ». Pour les autres, prétexte à imposer de nouveaux tours de vis sociaux, à pointer du doigt des périls venus de l'étranger (la Chine) voire de plus en plus souvent, des ennemis de l'intérieur, c'est à dire des étrangers (« Africains », « Arabes », « Musulmans »).

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'où la nécessité évidente d'interroger cette proposition, la « crise », pour un site comme Minorités, car l'histoire nous enseigne que les premières victimes de ces périodes troublées sont, justement, les minorités. Les évènements en cours dans les pays d'Afrique du nord et en Europe du sud, mais également le retour des droites extrêmes sont l'illustration parfaite de cette obligation à comprendre, mais aussi à bouleverser nos cadres de pensée en regardant les mêmes faits sous un autre angle.

Ma lecture des phénomènes économique est marxienne, c'est à dire inspirée d'une philosophie démodée et déformée. Bien souvent, ceux qui s'y réfèrent y greffent des jugements moraux normalement absents de la pensée de Marx. Ils y ajoutent, inspirés en cela par le triomphe des sciences sociales et du structuralisme, d'étranges révisions, une sorte de « bal des précaires », ou en tout cas l'idée qu'ils s'en font. Ah, si tous les homos, les lesbiennes, les transexuelles, les ouvriers, les transexuels, les chômeurs, les producteurs Indiens, les SDF, les sans-papiers, les précaires se donnaient la main, on pourrait renverser ce maudit capitalisme. Oubliant qu'une transsexuelle peut être de droite, et que c'est son droit. Qu'un sans-papier peut s'avérer être un conservateur opposé à l'avortement, voilant sa femme, favorable à la peine de mort, et que c'est son droit. Qu'un SDF peut être un type raciste, alcoolique et misogyne, et que c'est son droit.

 

Depuis son apparition, le libéralisme politique a fait une distinction entre ses principes politiques, la liberté de disposer de son corps, la liberté de circulation des hommes, l'expression des opinions et des modes de vie, et la réalité des individus tels qu'ils sont. Il commande ainsi d'être pour le droit de vote des étrangers, même si la plupart voteront rapidement conservateur; pour une large légalisation des sans papiers même si la plupart rêvent de créer une entreprise et qu'ils ne tarderont pas à protester contre « le niveau inacceptable des charges », comme tous les patrons de PME.

 

Le marxisme prolonge, de façon conséquente, le libéralisme politique de la même façon, déconnecté de toute pensée moralisante. Ceux et celles qui se réfèrent généralement au marxisme sont bien souvent beaucoup plus proches du catholicisme social et de l'idéalisme politique contestataire. C'est peut être pour cela que certains cèdent aux rigidités doctrinales du républicanisme en pensant que le progressisme peut s'allier avec des limitations de la liberté. Et que d'autres idéalisent les pauvres, les immigrés, les africains, les musulmans, placés en état de victimes expiatoires et quasi-christiques d'une société forcement pervertie par « l'Occident » ou « le capitalisme ».

 

Constatons que l'hégémonie culturelle de cette « gauche », avec son curieux mélange d'idéalisme, de désir de pureté sociale, de déconstruction du savoir, d'analyse sociétale et politique avec un discours moral, coïncide avec 30 ans de défaites en rase campagne de toutes les luttes qu'elle entend porter, et avec une montée en puissance des forces les plus réactionnaires que l'Occident ait secrété depuis les années 30.

Et c'est ainsi qu'aujourd'hui chacun y va de son couplet sur la crise, sans même à aucun moment s'interroger sur la pertinence du mot lui-même.

 

Quand, il y a 50 ans, la Chine ou l'Inde avaient des difficultés à nourrir leurs populations, on ne parlait pas de crises. Mais quand les pays occidentaux décrochent, ils sont peu nombreux à imaginer que ce décrochage puisse être durable, et que d'autres espaces puissent, eux, être prospères.

 

 

Quelle crise ?

 

Au sens marxiste du terme, il n'y a pas de crise: le capitalisme prospère ! Quid du chômage de masse ? C'est oublier que le « plein-emploi » fut la réponse de l'équipe de Roosevelt et de l'économiste Keynes à la faillite sociétale qu'entraina la grande dépression, et que c'est un concept qui n'existait pas avant, et que c'est précisément la pauvreté des ouvriers et le chômage de masse qui alimentèrent la critique socialiste du capitalisme tout au long du 19e siècle et au cœur même du 20e siècle.

 

La critique morale du capitalisme empêche de regarder le capitalisme en tant que système mondial, prospère, dominant culturellement et alimentant les changements technologiques qui bouleversent tous les jours un peu plus nos quotidiens. Elle passe à côté d'une critique plus profonde de son caractère injuste, anti-démocratique et, pour le coup, immoral. Enfin, elle entretient l'idée que l'Occident est le centre du monde quand il n'est plus qu'une sorte de périphérie d'une production et d'une consommation mondialisée, tout en dédouanant cet Occident de sa propre responsabilité: celle d'avoir enclenché la globalisation de la finance à l'échelle planétaire après avoir globalisé le commerce, puis la production, et enfin la consommation. La prospérité chinoise est avant tout alimentée par l'abondance de capitaux venus de l'Occident s'y investir.

 

Regardons l'économie telle qu'elle est.

Sèchement, froidement, sans jugement moral.

 

Regardons-y la fantastique lutte de classes qui s'y joue, en faveur d'une classe sociale terriblement bien armée idéologiquement, intellectuellement, financièrement et politiquement, une classe sociale protégée par des politiciens assouplissant toujours plus les faibles régulations issues du New Deal et du Keynésianisme, qui joue d'un côté l'international pour sa finance, et de l'autre alimente nationalement les discours chauvins, xénophobes, sur la « concurrence » de la Chine, le danger musulman et le « plombier Polonais payé 300 euros ».

 

Le capitalisme n'est pas un système figé. Il est la fluidité même. Le capitalisme n'est pas un, il est multiple. Seuls ses fondements sont invariables. Il n'est pas à proprement parler un système, il est plutôt un principe d'organisation basé sur le primat du commerce, une hypertrophie sociétale de l'économique. Son originalité est de reposer sur les individus eux-mêmes, leurs initiatives, leurs désirs, leurs utopies et le profit qu'ils peuvent réaliser, leurs instincts, l'envie de devenir riche, le sentiment de réussite de soi que cette richesse procure.

 

Il n'a pas d'âge.

Il n'a pas de nationalité.

 

 

Il est une envie communément partagée aux quatre coins du monde dès que se constituent des civilisations urbaines où l'échange et la division d'une partie du travail et de la production apparaît. Dès l'antiquité, il y avait des marchands. Dans la bible, le capitalisme est dans ces caravanes de marchands, Hébreux ou Ismaéliens. Il est dans le récit de Joseph, la peur du Pharaon d'une spéculation sur les grains en cas de mauvaise récolte. Depuis longtemps, les politiques, rois, tribuns, tendaient à passer des alliances avec ceux qui leur fournissaient les vivres, finançaient leurs expéditions, bâtissaient leurs châteaux et les décoraient, car en les enrichissant, ils espéraient les contrôler, en faire des alliés et éviter que d'autres ne nuisent à leur puissance politique.

 

On peut éventuellement voir apparaitre le capitalisme européen sous sa forme actuelle quelque part au 14e siècle, quand, après s'être débarrassées des tutelles Impériales et Pontificales d'abord, puis avoir traversé l'épidémie de peste et des troubles sociaux ensuite, les cités italiennes commencèrent à prospérer avec l'aide d'un commerce en expansion, un asservissement de leur arrière-pays à leurs besoins de consommation et les débuts de la finance moderne entre les mains, entre quelques autres, d'une famille de vagues commerçants aux activités diverses, reconvertis à la banque, les Médicis.

 

 

La Renaissance™

 

Le capitalisme est, et produit et producteur, de la Renaissance. Les Médicis ont donné à Florence le visage de leur prospérité financière de la même façon que leurs descendants indirects, les Morgan et autres Rockfeller ont modelé le visage de Manhattan, de Shinjuku ou aujourd'hui Shangai. Ils ont inventé, perfectionné un système très simple et qui connait depuis une dizaine d'année une nouvelle jeunesse.

 

Ils changeaient la monnaie, et prélevaient des frais, un intérêt déguisé à une époque où l'usure étaient interdite. Ils inventèrent la comptabilité moderne, à double entrée (l'apport de la mathématique et de l'aristotélicisme arabe dans le progrès économique du 14e et 15e siècle est fondamental, c'est le même apport qui, en France, poussa à la création de la comptabilité nationale, et permit la naissance de la première théorie de l'inflation par l'érosion monétaire, par Nicolas Oresme), ainsi que des moyens indirects de prêter de l'argent. Ils devinrent la banque de l'Europe entière et, en inventant la filiale, ils se sont couvrirent contre les faillites de ceux à qui ils prêtaient de l'argent, comme la Couronne de France ou celle d'Angleterre, si promptes à faire défaut sur leur dette à cette époque.

 

Le capitalisme est donc dès le départ le prélèvement d'un profit ainsi qu'une tendance à s'agrandir, à s'étendre au-delà des frontières pour mieux contrôler les marchés, à absorber les concurrents, à innover, à trouver des moyens de se protéger des aléas.

 

Porté par le désir de commerce, dès le départ, il a été synonyme d'innovation, d'utilisation des innovations ainsi que de recherche de nouvelles innovations. Techniques bien entendu, pour aller chercher les richesses au loin, pour commercer ces richesses. Commerciales bien entendu, en rendant les comptabilités toujours plus précises et en sollicitant l'aide des géographes. Financières, enfin, afin de minimiser autant que possible la part de risque pour les montagnes de capitaux nécessaires. Les marchants devaient innover dans ces trois directions pour, par exemple, organiser le commerce transatlantique des humains du continent Africain, l'esclavage. Il fallait les bateaux (la technique), suffisamment solides pour perdre le moins de « marchandise » possible, et suffisamment grands pour en transporter le plus possible. Il fallait la finance pour financer ces expéditions coûteuses, avec la création de sociétés par actions, diminuant le poids des pertes individuelles en cas de perte, pour compenser les accidents, forcements inévitables, les épidémies... Enfin, il fallait que les gouvernements aident le commerce en améliorant les routes, en protégeant les villes où pourrait s'épanouir le commerce, en mettant en place une fiscalité défavorable aux entreprises étrangères, en finançant des expéditions militaires pour contrôler les territoires, en favorisant la recherche agronomique, géographique...

 

En France, hormis quelques épisodes très particuliers, comme la Fronde ou le soulèvement d'Etienne Marcel, les bourgeoisies urbaines se révélèrent les meilleures alliées du pouvoir royal avec qui elles négociaient des privilèges, des charges anoblissantes et le contrôle financier des nouveaux espaces commerciaux, ainsi que le financement et la gestion de la dette publique (où elles tissèrent des liens avec la très haute aristocratie)

 

Depuis le début, et jusqu'aujourd'hui, l'économie marchande a fonctionné ainsi et, par la grâce de sa technique et de sa finance, elle a progressivement tendu à dominer la société. Pour s'épanouir, elle a eu besoin de changements structurels profonds que les Etats ont autorisés. En s'épanouissant, l'économie marchande a modifié la production (l'usine dès le 18e en France et en Angleterre), la fabrication (la mécanisation), les circuits du commerce (l'importation du coton, de la canne, du café et du cacao, tous venus de contrées lointaines), le commerce lui-même (la foire, la boutique, le grand magasin) et, en parvenant grâce à tout cela à baisser les prix de revient, afin d'accroitre la consommation tout en augmentant ses profits. Ainsi, le petit déjeuner parisien, le café au lait, s'imposa dans le peuple dès le 18e siècle. On portait des vêtements de coton et le charbon était le combustible le plus couramment utilisé pour se chauffer à Londres et Paris à la fin du 18e siècle. Au Creusot, la sidérurgie occupait déjà en ce temps des milliers de travailleurs venus des campagnes, produisant le fer nécessaires à la production de ces objets de consommation de plus en plus populaires à la ville, le haut lieu de la civilisation marchande.

 

 

1789 ≠ Rupture

 

Il est donc erroné de voir en 1789 « la rupture » qui amorça le « take off » de la France. C'est une des interprétations « bourgeoise » de la Révolution, créée à posteriori. 1789 est juste la résolution de blocages institutionnels insurmontables et le remplacement d'une transcendance divine, le Roi très Chrétien, par une autre, philosophique, les Droits de l'Homme et du Citoyen. Tout au plus la Révolution acheva le processus de privatisation des terres déjà bien amorcée. Dans une grande partie du royaume, le seigneur avait d'ors et déjà été remplacé, dans les campagnes, par les grands laboureurs, les coqs de villages. Près de 50% des terres étaient déjà privées, et bien souvent, leurs acheteurs étaient ces riches marchands des villes désireux de recevoir des rentes tout en contrôlant la production qu'ils écouleraient dans leurs boutiques, leur permettant aussi de spéculer. L'esprit du capitalisme était donc déjà bien à l'œuvre avant même que l'on ne sorte de l'absolutisme.

 

Le grand brassage des cartes sociales qui suivit la Révolution permit toutefois de fantastiques ascensions et de fulgurantes chutes, de celle qui passionnèrent Balzac et qui donnèrent naissance au mythe des hommes partis de nulle part qui alimente le discours des défenseurs du capitalisme aujourd'hui encore.

 

Le 19e siècle fut l'âge d'un capitalisme qui avait dépassé le cadre des villes pour devenir un principe d'organisation qui allait dominer l'Europe de l'Ouest et lui permettre la conquête du monde. On commerçait les Africains, on inondait la Chine d'opium pour en contrôler les richesses, on mettait la main sur le monde arabe d'où on allait extraire le pétrole, cet opium qui allait permettre au capitalisme de dépasser toutes les ambitions les plus folles. On commerçait les grains, les bêtes et les métaux. En s'étendant, le capitalisme vidait les campagnes, rapidement en Grande-Bretagne, plus lentement en France où la bourgeoisie, désormais aux rênes du gouvernement et rachetant particules et titres de noblesse, avait une peur bleue de ces villes qui, pourtant, l'avaient faite naître.

 

Les puissances du capitalisme se développaient alors encore en autarcie, chacune contre les autres. Ce fut d'abord l'Angleterre avec ses mines de charbon, sa sidérurgie, ses chantiers navals dans le centre et le nord du pays, sa finance et ses usines dans le sud autour de Londres, et une agriculture concentrée dans de grandes propriétés aristocratiques. Et la France, sa rivale, qui suivit un chemin différent, avec une agriculture forte et populeuse nécessaire pour nourrir ses 30 millions de bouches, ses mines de charbon, sa sidérurgie, et une consommation tirée par le luxe des uns et la consommation des campagnes prospères, là où l'Angleterre s'orientait vers une consommation tournée vers les classes moyennes et un très fort volant de pauvres, le prolétariat des usines, sous payé, mal logé, surexploité. Comme rappelé plus tôt, le capitalisme a besoin du profit qui assure au capitaliste rémunération: il fallait donc compresser les coûts au maximum, salaire des ouvriers et ouvrières de filatures, des mines et des ports inclus, afin de tenir les prix bas et les profits hauts.

 

Cette économie marchande dominante, le capitalisme, qui remodela et remodèle encore les États, les communautés et le travail à son image (rien ne fut planifié, le capitalisme étant tout sauf un projet, ne pouvant en rien planifier son propre développement), n'avança toutefois pas sans heurts.

 

Quand à l'orée d'une crise, dans les années 1910, il devint évident que la surproduction d'acier, ce moteur de l'expansion incroyable des années 1890–1900, pointait le nez, et que la France comme le Royaume-Uni ne pouvaient concurrencer avec la qualité et les prix allemands et américains, quand il devint évident qu'il y avait un pays en trop, les puissances poussèrent à la guerre, permettant d'écouler leur production en reculant ce qui était une crise majeure. La guerre terminée, on dépeça l'Allemagne en Europe, ce qui ne résolut en rien la crise, et les années 20 furent en Europe des années de déflation. Aux USA, puissance montante, ce fut l'innovation qui prédomina, financière avec l'invention du crédit à la consommation et le boursicotage de masse qui, dans les villes, permirent aux industries de se reconvertir et de produire des biens de consommation, voiture et électroménager. Une gigantesque bulle de papier qui ne demandait qu'à exploser mais qui posa les bases de la société de consommation.

 

Le krach de 1929 vint solder cette crise économique larvée depuis le début des années 1910, par la destruction des capacités de productions excédentaires, mais les USA surent aussi se réinventer à travers les premières politiques interventionnistes et keynésiennes. Le plein emploi, la régulation et la production de masse financée par un fort pouvoir d'achat garanti par l'État inaugura un modèle qui allait se généraliser et alimenter une longue onde d'expansion qui allait durer jusqu'à la fin des années 60. La crise se termina ainsi dans la fin des années 30 dans les pays qui avaient adopté cette nouvelle politique, la Suède et les USA, après 1945 dans tous les autres.

 

Les conservateurs opposent souvent que c'est la guerre qui permit de sortir de la crise, mais toutes les statistiques démontrent le contraire. La production retrouva son niveau d'avant guerre en 1939, et les prix aussi. Et s'il est vrai qu'il y eu une récession aux USA en 1937, elle n'eut aucune commune mesure avec la dépression et succéda à des taux de croissance supérieurs à 10%. La reprise fut vigoureuse en 1939 et les USA purent affronter la guerre parce que, justement, leur économie y était prête.

 

 

Innovation

 

Mais qu'est-ce qu'une crise ? Le capitalisme a besoin d'innovation. Pourtant, toutes les innovations ne sont pas équivalentes, et toutes ne coûtent pas le même prix. Un nouveau modèle de voiture coûte cher à développer, mais en soi, n'est pas une innovation, même si cette voiture est électrique. Quand les américains inventèrent le transistor, ils ne virent qu'un composant électronique pratique, petit. Quand Sony en acheta les droits en 1952, le Japon acquit 30 ans de développement économique, car avec un peu de recherche en plus, les entreprises japonaises allaient pouvoir tout miniaturiser, mettre la video, l'audio, la télévision partout et à moindre coût, et surtout, produire des produits plus économes en énergie, ce qui s'avéra déterminant après le « premier choc pétrolier ». L'électronique domina ainsi la période 1965–1990. Ceux qui, comme la France, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis n'avaient pas investi dans ces industries virent leur industrie décimée, le chômage de masse y faire des ravages. L'Allemagne et le Japon allèrent, eux, dominer.

 

Le capitalisme a besoin d'innovations pour exister, pour conserver et inonder les marchés, ces innovations lui offrant en retour de forts profits. Ces innovations s'avèrent aussi parfois insuffisantes, trop coûteuses, et c'est dans ces périodes qu'il y a crise car les entreprises perdent des marchés. Marx, qui était un théoricien du capitalisme, fut avant tout un théoricien de ses crises: il parlait alors de crise du taux de profit. Une période où les profits tendent à baisser.

 

En 2010, les entreprises ont réalisé des profits records, et les bonus des banques ont explosé.

 

Où donc y a-t-il une crise ?

 

J'ai posé un décor, celui d'un capitalisme en dynamique, sans aucun jugement moral. On pourrait remonter plus loin, parler des très prospères cités arabes, avec leurs riches banquiers commerçants, mais ils ne sont pas partis à la conquête du monde. Le modèle actuel est venu de Venise, puis Florence, qui ont organisé le commerce avec l'Orient en innovant financièrement afin de dominer les autres cités italiennes. Puis l'Europe.

 

Pour raconter notre temps présent, je vous propose de quitter le récit historique, chronologique, pour la fiction. La grande force de l'idéologie dominante du libéralisme de marché est de nous renvoyer à notre statut d'individus, alors que nos modes de vie ont été guidés, orientés, décidés ailleurs, et parce que nous n'avons jamais été autant en interaction les uns avec les autres. Ainsi, nous n'utilisons pas un ordinateur parce que c'est bien, ni parce que ça existe, mais parce que c'est rentable de le produire. Et ce qui s'applique à l'ordinateur s'applique à tout notre quotidien. Je vous inviterai donc, à travers de pures récits de fiction, à visiter le capitalisme et la finance mondialisés, et à voir comment, à travers de simples gestes, vous, moi, nous évoluons en son sein.

 

 

[À suivre...] [2e partie] [3e partie]


Madjid Ben Chikh

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