On va te baiser: LGBT, Gaga & DSK

« Je suis tombé par hasard sur Culturcide, sur le blog de Philippe Doux-Laplace et ma mâchoire est tombée par terre, a roulé hors de la maison vers la départementale pour arriver vers la Mairie du village où j'ai du aller la ramasser dans un fourré d'hortensias. Bien sûr, décrit comme ça, vous allez croire que c'est du jamais vu, de l'inoui, du turbo-love à donf. Non, mais c'est déjà mieux que ce qu'on écrit soi-même! Par exemple, son texte sur le sigle LGBT, j'ai déjà écrit sur ça, mais là c'est tellement supérieur, c'est le texte définitif sur l'idée. Une chronique du dernier album de Lady Gaga, moi j'ai même pas essayé car je ne veux pas me faire écharper par des homosexuels de 65 ans qui sont en train de redevenir prépubères grâce à un album mélodiquement rétrograde, mais Philippe y est allé tout simplement, sans s'attarder, en résumant exactement ce qu'on pense tous, au stade où les discussions sur Lady Gaga ne sont même plus lancées (ça commence par Lady Gaga, tout de suite suivis par 3 points de suspension). Et puis, l'affaire DSK un mois après, comme si vous y étiez (vous y êtes toujours mais vous faites semblant de suivre les médias qui tentent désespérément de ne plus parler du scandale pour aider le PS à en sortir), surtout quand Philippe raconte comment ça s'est passé pour lui, à 17 ans, violé par son médecin, incapable d'en parler. Et vingt ans après le traumatisme est toujours là parce que des journalistes français ne sont pas capables de se mettre à la place de la personne violée, qui elle soit, c'est sympa. Un retard culturel. Donc, voilà, Philippe Doux-Laplace possède le best little blog in town, sans prétention, tout simple, on voulait lui souhaiter la bienvenue. » (Didier Lestrade)

 

filet
Philippe Doux-Laplace

par Philippe Doux-Laplace - Dimanche 26 juin 2011

36 ans, né le même jour que Boy George, Louis Garrel, Donald Trump, le Dr Alzheimer, Che Guevarra et Henri d'Orléans ce qui fait de moi un pédé-langue-de-pute prétentieux avec une coupe de cheveux déplorable. Je mourrai le même jour que Madonna (qui est immortelle). Entre les deux j'aime, je m'intéresse, j'écoute, j'apprends, je gagne ma vie et je mirmoule.

filet

« Je suis tombé par hasard sur Culturcide, sur le blog de Philippe Doux-Laplace et ma mâchoire est tombée par terre, a roulé hors de la maison vers la départementale pour arriver vers la Mairie du village où j'ai du aller la ramasser dans un fourré d'hortensias. Bien sûr, décrit comme ça, vous allez croire que c'est du jamais vu, de l'inoui, du turbo-love à donf. Non, mais c'est déjà mieux que ce qu'on écrit soi-même! Par exemple, son texte sur le sigle LGBT, j'ai déjà écrit sur ça, mais là c'est tellement supérieur, c'est le texte définitif sur l'idée. Une chronique du dernier album de Lady Gaga, moi j'ai même pas essayé car je ne veux pas me faire écharper par des homosexuels de 65 ans qui sont en train de redevenir prépubères grâce à un album mélodiquement rétrograde, mais Philippe y est allé tout simplement, sans s'attarder, en résumant exactement ce qu'on pense tous, au stade où les discussions sur Lady Gaga ne sont même plus lancées (ça commence par Lady Gaga, tout de suite suivis par 3 points de suspension). Et puis, l'affaire DSK un mois après, comme si vous y étiez (vous y êtes toujours mais vous faites semblant de suivre les médias qui tentent désespérément de ne plus parler du scandale pour aider le PS à en sortir), surtout quand Philippe raconte comment ça s'est passé pour lui, à 17 ans, violé par son médecin, incapable d'en parler. Et vingt ans après le traumatisme est toujours là parce que des journalistes français ne sont pas capables de se mettre à la place de la personne violée, qui elle soit, c'est sympa. Un retard culturel. Donc, voilà, Philippe Doux-Laplace possède le best little blog in town, sans prétention, tout simple, on voulait lui souhaiter la bienvenue. » (Didier Lestrade)

 

L

e 10e printemps des associations 

— Dimanche 3 avril 2011 —

 

Le 10e printemps des associations se tient en ce moment même à l'espace des Blancs Manteaux à Paris dans le 4eme arrondissement.

 

Toutes les associations LGBT y tiennent un stand afin que vous puissiez choisir la niche dans laquelle vous vous reconnaissez. Je ne sais même plus si on dit encore LGBT pour Lesbiennes, Gays, Bi et Trans ou s'il faut dire LGBTQ, Q pour Queer ou/ et Questionning c'est-à-dire pas sûr mais qui se posent des questions parce que des fois ils ont le zizi tout dur ou elles ont la chatte qui colle face à une personne du même sexe ou même encore LGBTQQII avec le I pour Intersexe ou/et Indécis. Ce qui amène à LGBTQQIIC, C c'est pour curieux(se). LGBTQQIICF, F c'est pour Friendly c'est-à-dire les personnes hétéros du sexuel mais qui aiment d'amitié les personnes LGBTQQIIC et qu'il ne faut pas confondre avec les Curieux ou les Indécis qui eux se posent la question du passage à l'acte sexuel. Les F c'est juste pour prendre un verre avec « ces gens tellement plus funs que les hétéros ». Il faut y ajouter un A donc LGBTQQIICFA pour les Assexuels désignant les personnes n'ayant aucun attrait pour les choses du sexe. Il ne faut pas oublier les BDSM, ceux qui pratiquent le Bondage, la Domination et le Sado Masochisme: LGBTQQIICFABDSM que l'on a finalement réduit à F pour fétichiste donc LGBTQQIICFAF ce qui fait un deuxième F.

 

Il est important aussi de faire la différence entre Transexuels et Trangenres, les premiers ont recours à la chirurgie contrairement aux seconds. Enfin il y a les Travestis. Ces derniers pourraient être catalogués dans le F de Fétichisme sauf qu'il existe deux catégories de travestis: le travestissement fétichiste sexuellement chargé et le non sexuel qui consiste juste à se traveloter. Ce qui nous fait 4 T.

LGBTTQQIICFAFTT donc.

 

Au 10ème Printemps des Associations LGBTTQQIICFAFTT, il y a donc des stands pour chacun(e) et même des stands pour les lettres que j'ai oublié plus les déclinaisons de chacune de ces catégories selon que votiez à gauche ou à droite (oui il y a des gens LGBTTQQIICFAFTT qui votent étrangement à droite), votre religion, votre couleur de peau, vos origines ethniques, la musique que vous écoutez, les vêtements que vous portez (Il y a un stand pédé Célio juste à côté d'un stand pédé Dior qui risquent de se foutrent sur la gueule avant 18h si la scission Pédés Dior de gauche et Pédés Dior de droite n'éclate pas en guerre avant), LGBTTQQIICFAFTT des villes ou de la campagne, montagne et mer etc...

 

Mais le stand qui m'a arrêté net dans ma course c'est celui des MICP: Mecs Intéressés par le cul et la pipe uniquement peu importe d'où ça vient et à qui est l'orifice « Mais j'suis pas pédé tu vois ! » qu'il ne faut pas confondre avec les Bi, Curieux ou Indécis. Ce sont des mecs-mecs et qui le revendiquent, à tel point que j'ai cru que c'était le stand d'une association de lesbiennes particulièrement butch tellement c'est over the top, l'équivalent d'un stand Queer où tout serait blanc et design avec du thé Kusmi et des macarons Ladurée avec des posters de Kylie, Madonna et Jake Gyllenhaal. Mais non, c'est le stand de ce qu'on appelle plus communément « Les honteuses » d'ailleurs ils n'ont pas voulu être sur la photo et portent des masques de toute façon.

 

Tout ça fait beaucoup de lettres quand même et j'ai dans la tête Alphabet St de Prince (qui entre dans la catégorie Queer de Jéhovah) « I'm going down to Alphabet St, I'm gonna crown the first girl that I meet....and drive her to Tennessee ». Donc Prince n'aime pas la sodomie puisque de tous les états américains où il aurait pu emmener la première venue (comme il dit), il choisit le Tennessee, un état dont le nom est aussi le pseudonyme d'un des plus grands auteurs américains dont l'œuvre aborde abondamment la question de l'homosexualité quand même et où la pratique de la sodomie y a d'abord été interdite puis réglementée par la loi au point que je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui mais qui dit Tennessee dit Nashville et qui dit Nashville dit country et c'est peut-être pour cette raison que Lady Gaga a fait une version country de son Born This Way dans le but de changer la loi comme elle a réussi à faire trembler à elle seule le Congrès américain en militant contre la discrimination des homosexuels dans l'armée de l'oncle Sam. Lady Gaga qui n'est pas non plus répertoriée dans LGBTTQQIICFAFTT, elle se dit Bi et Friendly, mais c'est plutôt le O qui lui va mieux, O comme Opportuniste.

Donc voilà c'est aux Blancs Manteaux (et pas au Point virgule). Je me moque, je rigole mais c'est important, peu importe les sigles et le ridicule qui frise parfois la mini vague parce que c'est grâce au travail de toutes ces associations depuis des années que je peux aujourd'hui en rire sans que ça ne soit grave.

Allez y donc faire un tour.

 

 

 

Born This Way, critique de l’album

— Mercredi 18 mai —

 

Lady Gaga présentait humblement Born This Way comme l'album de la décennie avant même d'avoir fini son enregistrement. J'aime la culture pop d'où le nom de ce blog. Je n'aime pas Lady Gaga qui est une faussaire, mais le rouleau compresseur médiatique est tel que cet album c'est une gorge profonde forcée.

Album de la décennie ? Reste à savoir de quelle décennie elle parle parce qu'on est clairement dans les 90's et pas dans le meilleur des 90's d'après les premiers extraits et Born This Way aurait pu s'appeler Dance Machine volume 56 ou La compile du tuning qui, du coup, serait parfaitement raccord avec la pochette. Alors qu'en est-il du reste ?

 

1. Marry The Night

Un petit peu de Waiting For Tonight de Jennifer Lopez et beaucoup d'Enrique Iglesias.

 

2. Born This Way

Express Yourself pour retarded. Tout a déjà été dit sur l'auto-proclamé hymne LGTB qui dit aux trans « God makes no mistakes I was born this way ».

 

3. Government Hooker

Mon préféré pour le moment. Plutôt pas mal et moins cheap que tout ce qu'elle a sorti jusque là. On dirait un bon Britney. On ne saura pas si le titre est un hommage à Carla. Elle va boire ses larmes et pleurer ce soir (et passer le reste de la nuit à pisser). Vraiment pas mal avec le petit synthé qui rappelle Popcorn en fond (mais est-ce qu'elle a samplé l'original ou la reprise de Madonna sur son Forbidden Love de 2005 ?). « Put Your Hands On Me John F. Kennedy » ? Elle parle donc de Marilyn en la traitant de pute.

 

4. Judas

Une horreur. Le pire des années 90 mélangé au meilleur de Gaga. Pléonasme.

 

5. Americano

Je pense que c'est là qu'on doit rire. Pensez Annie Cordy chantant à une Bar Mitzvah chez les Corleone. Refusé par l'Espagne à l'Eurovision en 93.

 

6. Hair

On dirait ces merdes genre Bon Jovi remixé par Corona. « I'm my hair » OK étant donné qu'elle ne porte quasiment que des perruques, on peut en conclure qu'elle est donc aussi fausse que le toupet de Donald Trump. Les paroles ! Une nana de 25 ans qui écrit comme si elle avait 14 ans. Rebecca Black est du coup moins ridicule, au moins elle a l'âge pour ces conneries.

 

7. Shieße

Un hommage à Brüno ? Hitler, Munster et camembert ? C'est l'autre bon morceau après Government hooker. Heu finalement non, le refrain pue. C'est le problème avec le « style » Gaga qui est de mélanger plusieurs morceaux en un seul, généralement on en aime un sur 3. Ça donne une intro prometteuse, un pont pas mal et un refrain de merde.

 

8. Bloody Mary

Musicalement, on dirait un 45 tours passé en 33 tours, j'aime bien ce côté ralenti. Un petit côté Abba dans la mélodie. Deuxième bon morceau après Government hooker, Shiebe ne l'étant qu'à moitié.

 

9. Bad Kids

La basse genre Gimme gimme gimme. Le morceau est bon, mais les paroles... pour les rebelles de 13 ans de la classe moyenne supérieure et plus des banlieues chics. Lady Gaga a grandi dans l'Upper West Side de Manhattan qui se trouve non seulement être le quartier le plus privilégié de New York, mais de tous les Etats-Unis. Pourtant ici quelque chose frappe surtout quand elle chante « Pump your fist », le mouvement de danse préféré des guidos de Jersey Shore, musicalement c'est aussi ce qu'ils écoutent et si Gaga était une guidette de luxe ?

 

10. Highway Unicorn

Au secours ! La bande originale parfaite pour les fêtes foraines (où elle gagne ses tenues au tir à la carabine). Idéal pour les auto-tamponneuses. Elle devait vouloir faire une reprise de Guns n' Roses par Céline Dion.

 

11. Heavy Metal Lover

Oh c'est vachement bien ça ! (malgré la sirène à air comprimé de stade de foot)

 

12. Electric Chapel

Ça commence comme une chanson electro pop française du début des années 80 ou du Sally Shapiro avec de grosses basses. Un peu de Can't get you outta my head aussi. Puis c'est ruiné par des guitares électriques tellement cheesy que même Goldman aurait honte.

 

13. You and I

Je pense à Nous d'Hervé Villard repris par Aerosmith. Elle devrait la vendre comme B.O d'une Romcom avec Jennifer Aniston ou pour la pub d'un soda. Pour les fans de Bryan Adams.

 

14. The Edge of Glory

Ça commence comme Moments In Love d'Art Of Noise ou Oh Superman de Laurie Anderson et vite mais alors très très vite ça se transforme en genre de morceau qui accompagne un montage de buts dans une émission sur le football ou une bande annonce pour une chaîne de télé faite d'un montage d'extraits de ses programmes entrecoupés par les interventions de ses présentateurs vedettes. Ça devrait intéresser TF1. Bon Jovi n'est pas loin.

 

Ça fait 5 morceaux d'écoutables sans être mémorables dont deux à moitié seulement sur 14. À l'école, ça ne fait pas la moyenne. Parfait pour écouter au collège – plus inquiétant déjà au lycée. Lady Gaga ne semble s'être jamais remise de son année de 4ème et a sorti les paroles directement de son cahier de textes de l'époque.

Best tracks : Government Hooker - Heavy Metal Lover - Bloody Mary

Elle va sûrement en vendre des caisses et d'ici deux ans, foutre dans la merde Ebay et autres sites de reventes qui devront gérer la déferlante de CDs de ceux qui chercheront à revendre le leur. Au moins avec les fichiers musicaux, y'a qu'à faire delete et la pochette est tellement moche que c'est vraiment le choix de support le plus judicieux à faire.

Quant à l'album de la décennie, j'espère qu'elle a honte, ce dont je doute sinon elle n'exposerait pas ses horribles seins de vieille (à 25 ans c'est triste) sur la photo d'illustration de ce post. Son maquillage et ses lunettes la font ressembler au personnage de BD RanXerox ce qui est fort à propos pour la reine de la photocopie.

Stop the press ! Apparemment il y a 3 morceaux bonus qui ont échappé à ma vigilance étant donné qu'ils sont sur l'édition limitée.

 

Black Jesus, Amen Fashion & Fashion Of His Love.

L'intro c'est Rendez-vous Au Paradis d'Alain Chamfort repris par un amputé d'au moins 4 doigts sur un orgue Bontempi. Elle avait déjà samplé Fame de Bowie sur un inédit, mais là le refrain c'est Fashion, on peut même chanter « Turn to the left, turn to the right ». Sinon les paroles sont autobiographiques, l'adaptation française donnerait « J'ai grandi à Paris depuis que je suis née sur les Champs-Elysées. À 19 ans j'ai tout quitté pour m'installer à Belleville pour faire partie d'une nouvelle scène ». La bourgeoisie de l'Ouest parisien qui s'encanaille dans les quartiers Est a enfin son hymne et son égérie. On est dans un autre morceau ? C'est I Wanna Dance With Somebody de Whitney ? C'est du Debbie Gibson ? Jem & the Holograms ?

 

The Queen

Elle devrait écrire des musiques de pubs et les envoyer dans les années 80, mais comme c'est impossible il est plus probable que des musiques de pubs des années 80 aient fini dans plusieurs morceaux de l'album et plus particulièrement dans celui-ci. Je crois reconnaitre celle de Nana. Un truc qui vous fait vous sentir fraîche et sûre de vous comme une reine. Je ne saurais dire quelle viande composait sa robe aux MTV Awards, mais je reconnais bien de la daube en cet album.

 

 

 

Coup de sang

— Dimanche 15 mai 2011 —

 

Immédiatement après avoir appris la nouvelle, moi aussi j'ai pensé aux présidentielles, moi aussi j'ai ri en ressortant un article écrit en mars où je parlais de DSK accusé d'attouchements comme d'un complot dans le plan média de Sarkozy. Moi aussi j'ai fait un statut où je disais « DSK accusé de sodomie. Est-ce qu'il va rejoindre HES ? ». Et puis, au fur et à mesure de la journée, les journalistes ont fini par épuiser le filon des présidentielles et de l'avenir de DSK pour en revenir à la victime, mais pas en tant que personne, non en tant qu'objet. La femme de ménage. Et pas uniquement les journalistes, mais les statuts sur Facebook, les tweets, chacun cherchant à être le plus drôle, le plus fin.

 

Et c'est monté en moi, cette colère, mes propres souvenirs. D'abord les déclarations surtout celle de Christine Boutin qui parle d'un homme vigoureux ayant des besoins et qui aurait du faire plus attention. Le problème ce n'est pas qu'il y ait pu y avoir une agression physique mais d'avoir été pris ? Ceux qui « pensent à l'homme ». Et puis il y a eu l'article de Serge Raffy sur le site du Nouvel Obs, « Le coup de sang de Serge Raffy » que je ne linkerais pas tant c'est à gerber. Ça commence comme ça : « Il y a des jours où l'on a envie de se mettre la tête vingt pieds sous terre et attendre que la bourrasque passe. On pourrait même faire croire que tout cela n'est qu'un film catastrophe monté à la va-vite par un réalisateur en mal de succès ». Il parle de la femme de chambre ? Non, non, il parle de lui de combien il n'arrive pas à croire à ce qui arrive à DSK. Pourtant monsieur Raffy, ce que vous décrivez là, c'est exactement ce que moi j'ai ressenti à 17 ans quand j'ai été violé par un médecin en pleine consultation. L'incrédulité. L'envie de rester enfoui sous mes draps pendant des jours. Tout ça ressemblait à un film, c'était irréel, trop insupportable pour y croire et j'ai attendu là pendant plusieurs jours que ça passe, pour revenir au réel et réalisé que oui c'était bel bien arrivé. Ça m'était arrivé.

 

Et la présomption d'innocence ? Bien sûr, mais la victime ? Vous croyez que c'est facile d'aller porter plainte pour quelque chose d'aussi terrible, qui touche à l'intimité ? On n'est plus la même personne. Non, non c'est impossible, c'est un complot, on veut qu'il perde les présidentielles, qu'il perde son poste au FMI, mais le complot ne reste qu'une supposition. Qui pour parler de la victime dans tout ça et de ce qu'elle perd, elle, qui est bien plus important humainement que le pouvoir ?

 

Je passe sur les blagues douteuses et grivoises, les gauloiseries et le reste. Ah ah ah Domi nique nique. Non forcément elle ment. Qu'est-ce qu'elle foutait là dans la chambre d'une personnalité aussi importante, cette femme de ménage ? Puis après elle est allée en sautillant au commissariat sûrement, en chantonnant aussi peut-être c'est vrai qu'on a que ça à foutre de sa vie d'aller au commissariat pour dire qu'on a été agressé sexuellement, c'est super fun, hypra cool, hum Best fun EVER !

 

 

C'est quand je vois les réactions suscitées que je comprends pourquoi NOUS, victimes de viols, d'agression sexuelles et d'abus, nous choisissons de nous taire. Non seulement nous devons surmonter ce qui nous est arrivé, mais en plus nous devons nous justifier. S'il faut bien sûr accorder à DSK une présomption d'innocence, il ne faut pas oublier non plus que l'accusatrice est présumée victime d'actes graves. Suffisamment graves pour que la police la prenne au sérieux, mais comme le dit un député PS de je ne sais où « On ne peut pas faire confiance à la police new yorkaise ». Oui c'est sûr que par contre on peut faire confiance à la police française.

 

Je ne vais pas généraliser, mais un peu plus de 10 ans après mon viol, j'ai été agressé au couteau dans la rue par un type qui voulait monter chez moi. J'ai dû me battre pour m'échapper. Une fois chez moi, j'ai appelé la police qui m'a traité comme de la merde. Un mec qui se fait agresser par un autre pour du cul, c'est sordide. T'es sordide toi ! Ils regardaient chez moi partout jusqu'à ce que je leur répète que c'était arrivé dehors, en bas comme je l'avais déjà dit. Ils cherchaient quoi ? Des preuves de ma moralité ? De la drogue, des sex toys, un exemplaire de Têtu peut-être. Puis ils m'ont dissuadé d'aller déposer ma plainte au commissariat : « Trop loin. Ça va prendre des heures ». Rien à foutre ou juste pas envie d'augmenter les statistiques ? Voire c'est normal. T'es un mec, tu vas pas en faire un plat. Je me suis senti sale. Bien sûr je n'ai pas été au commissariat et au bout de quelques jours à vivre dans la peur et l'angoisse du moindre bruit, j'ai fait ce que j'avais fait à 17 ans, j'ai fui.

 

À l'époque, je me demandais qui croirait un gamin de 17 ans face à un notable ? Et puis je n'avais jamais eu de relation sexuelle avec un homme. Je savais que j'étais gay, mais c'était une idée, ça ne s'était pas concrétisé par un passage à l'acte sexuel volontaire. Ma première fois, peu importe l'envie que j'ai eu d'oublier, de réécrire l'histoire en faisant débuter ma vie sexuelle d'homo à partir du moment où j'ai eu ma première relation sexuelle consentie avec un garçon, peu importe combien j'ai essayé de m'en convaincre, mon premier rapport sexuel avec un homme n'était pas consenti. Je n'ai rien dit parce que j'avais honte, j'étais incrédule. C'était violent en moi. Je n'ai rien dit parce que dans mon esprit aussi cela impliquait de faire mon coming out contraint et forcé et je pensais aussi qu'en disant que j'étais homosexuel ça normaliserait ce que j'avais subi. Or ce n'était pas normal.

 

Toute la journée j'ai entendu parler de tentative de viol, d'agression sexuelle, j'ai lu à ce sujet et jamais on n'évoquait la victime. Jamais un article ne s'intéressait aux conséquences pour celle-ci, uniquement aux conséquences pour DSK. Après tout, elle est qui cette boniche ?

 

Alors le coup de sang est devenu une explosion. C'est devenu un statut Facebook, enlevé, remis, je ne sais toujours pas si je vais le laisser. Dépasser la honte que je ressens encore tant d'années après. Mais parce que je voulais qu'on entende la voix des victimes. Peut-être pas la voix de celle qui n'est qu'encore supposée victime, mais de toutes celles et tous ceux qui ont eu à vivre ça. Entendre, voir la légèreté avec laquelle le viol et les agressions sexuelles sont abordées et discutées c'est toute la phallocratie qui est en marche. Désolé de gâcher le topic du jour, demain ou après demain ça en sera un autre, mais pour les victimes, reconnues ou non demain, ce sera encore un sujet pour eux. Aujourd'hui plusieurs fois j'ai senti qu'on m'enlevait un peu de dignité alors que ce n'est pas moi qui en manquait dans mes propos.

 

Je ressens un malaise à m'exprimer à le dire et ça depuis que c'est arrivé parce que c'est choquant pour soi mais c'est aussi choquant à entendre pour les autres. Pourtant PERSONNE n'est à l'abri. Plutôt croire le complot contre l'homme de pouvoir que la victime qui est forcément manipulée. Alors bien sûr, on peut douter des faits reprochés, mais pas en rire. Pas tourner ça au ridicule. Au vaudeville.

 

Faire mon coming out sexuel a été super simple comparé à mon coming out en tant que personne ayant été violé. Je n'arrive même pas à dire victime parfois, ce n'est pas acquis. Je ne veux pas être la victime d'un viol. N'être que la victime d'un viol, c'est aussi pour ça que je me suis tu. J'en ai déjà parlé, mais sans râbacher parce que ça me paraissait important, mais je me sens terriblement mal à l'aise en le faisant. Je n'ai pas plus envie que les regards changent sur moi aujourd'hui que je n'en n'avais envie il y a presque 20 ans. Pourtant je dois le dire aujourd'hui parce que ce que je lis m'y pousse et pourtant en ce moment je n'arrive pas à écrire. J'ai un post en berne depuis 15 jours (encore moins fun que celui-ci) et je n'arrive pas à le terminer. Je suis désolé pour la forme donc. Désolé d'être un party pooper et de gâcher vos blagues sur l'affaire.

 

Bizarrement, ça a commencé hier quand j'y repense en lisant la page de La marche des salopes. Se revendiquer salope pour se réapproprier le mot en défilant en jupe et en talons pour soutenir les personnes ayant été violées. Mais toutes les personnes ayant été violées ne portaient pas de jupe ni de talons. Loin d'être subversive, cette démarche ne fait que donner raison au « Tu t'es fait violer parce que tu l'as mérité. T'as vu comment tu t'habilles ? ». Lire aussi des garçons sensibles écrire « Ouéé moi aussi je veux me faire violer ! » mais ducon, si tu veux te faire violer ce n'est plus du viol, t'es consentant. Un viol c'est quand tu ne veux pas, quand tu n'es pas consentant.

 

Alors voilà, c'est un peu confus, mais je voulais quand même le dire même si j'en éprouve un grand malaise, je ne devrais pas, je sais mais je n'y peux rien. Et même cet automne en sortant du cinéma tranquillement quand deux types bourrés m'ont arrêté pour m'hurler au visage « Viens ! On va te baiser ! » c'est violent. Ce n'est pas séduisant. C'est effrayant. Mais ça fait marrer hein ? Oh ? T'es coincé du cul ? Poueteu poueteu !


Philippe Doux-Laplace

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