L'ignoble carnaval de la Gay Pride™

C’est la semaine de la Pédé Pride™, et je trouve important d’en parler. Non pas comme Claire Chazal où son clone, c’est-à-dire d’en parler pour en avoir parlé, comme les marchés de Noël, le classement des hôpitaux ou les prix de l’immobilier en France. Dans les médias, ça s’appelle un marronnier, chaque mois possède le sien. C’est comme les calendriers de rugbymen nus, chaque mois à son playmate, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. La Pédé Pride™ c’est pareil, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. 

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Mike Nietomertz

par Mike Nietomertz - Samedi 25 juin 2011

Exilé politique à Paris depuis dix ans, journaliste et vidéaste de 31 ans (PREF mag, pinkTV, HomoMicro, UWM Post...), Mike travaille et étudie les sexualités, écrit et réalise des films sur le romantisme nihiliste et le nihilisme romantique de sa génération.

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C’est la semaine de la Pédé Pride™, et je trouve important d’en parler. Non pas comme Claire Chazal où son clone, c’est-à-dire d’en parler pour en avoir parlé, comme les marchés de Noël, le classement des hôpitaux ou les prix de l’immobilier en France. Dans les médias, ça s’appelle un marronnier, chaque mois possède le sien. C’est comme les calendriers de rugbymen nus, chaque mois à son playmate, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. La Pédé Pride™ c’est pareil, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. 

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e le dis tout de suite, j’ai un peu menti. La Gay Pride™, pardon, la Marche des Fiertés Lesbiennes, Gays, Bis, Transexuelles™ (et les Intersexuel/s/les) n’est pas vraiment un marronnier médiatique, c’est même plutôt un petit tout petit marron, du genre de ceux qu’on te vend à 5 euros à la sortie du métro en hiver pour te faire sentir encore plus seul que tu ne l’étais deux secondes avant.

La Gay Pride™, on en parle 5 minutes au JT, histoire de. Trois images du maire Delanöe et de Jack Lang dont au moins une où ils sourient ensemble, une du défilé avec plumes et paillettes sur fond de techno lourde comme des jambes de drag après trois heures de marche, deux phrases d’interview coupée là où il faut comme une jupe de trav, et « emballé c’est pesé ». Dans la presse écrite : walou. À la télé, à part les 5 mn du JT et la nuit gay de Canal Plus: walou. À la radio : walou. Autant le dire tout de suite, c’est walou partout, ou autrement dit, du point de vue des média généralistes, la Gay Pride™ c’est juste un non-événement. Quelle ville a deux Gay Pride™ ? La liste des villes françaises où se déroulaient une Gay Pride™ en France ?

 

C’est comme X Files, cette vieille série US des années 90 qui avait déjà tout compris (la vérité est ailleurs). Heureusement, malgré le déni des médias traditionnels, la Pédé Pride™ n’a besoin de personne. Elle repose sur ses participants, des centaines de milliers de lesbiennes, gays, bi, trans (et toujours pas d’intersexes ou de travs) et ses quelques hétéros friendly (cette expression m’a toujours fait mal aux oreilles) qui attendent chaque année patiemment la Marche pour dévoiler à la France entière leur diversité, leur joie de vivre et leur petit minois à la télévision dans une ambiance festive, soutenus avec conviction par tous les LGBT de France et de Navarre absents de cette manifestation… Bon, je plaisante, on arrête les paillettes et la petite musique au violon. La vérité, c’est que la Gay Pride™ se décompose en plusieurs strates qui se croisent autour du même évènement, mais dont il semble que tout les éloigne. Les hommes, les femmes, les trans, les intersexes et les travs de la Gay Pride™, ceux qui organisent, ceux qui défilent sont la Gay Pride™, mais aussi la portée politique, les revendications, les luttes, les victoires et la commercialisation du mouvement sont aussi la Gay Pride™. Mais à la fin, c’est quoi la Gay Pride™ ?

 

 

La Gay Pride, joyeuse manifestation

humaine ou défilé de carnaval ignoble ?

 

La Gay Pride™, c’est d’abord et avant tout une manifestation, un défilé de la fierté LGBT, nous dit-on, organisé par l’inter-LGBT qui réunit un nombre de participants variables selon que le chiffre soit énoncé par la Préfecture ou les organisateurs, lesquels participants suivent en dansant ou en marchant des camions qui sont décorés et bien marqués par un des partenaires de la marche (associations, groupes sportifs, groupes politiques, bars, boites de nuit, etc) et sur les plateformes desquels dansent d’heureux élus. Le défilé est ceint par un cordon de politiciens à l’avant, lesquels aiment montrer leur grande tolérance en s’affichant là, et par un cordon de musclors à l’arrière, lesquels aiment à montrer les muscles qu’ils ont travaillé à l’usine toute l’année. Au milieu, on trouve un peu de tout, des trav, des drag, des trans, des pédés, des gouines, des enfants, des parents, des putes, des dealers, des jeunes, des vieux, des alcooliques, des sobres, des bisexuels, des hétéros, des Parisiens, des provinciaux, des étrangers, et même parfois Liza Minelli.

On marche pendant deux ou trois heures sur un parcours connu d’avance, et le long du cortège, des gens regardent. Y’a des évènements courus d’avance, le départ toujours trop lent, le die-in d’Act Up, le raclement de fond de poches au passage d’un pont, l’écrasement de la foule place de la Bastille, les sifflets ou capotes ou flyers balancés des camions et qui atterrissent par terre, les stickers des groupes politiques, les bières pas chères et les mecs qui montent sur les cabines téléphoniques ou les arrêts de bus. Dans le fond, cette Gay Pride™ sonne comme du bonheur en barre chocolatée pour tout LGBT qui se respecte. À peu de choses près, d’après ce que j’ai glané ici ou là, en faisant mon enquête.

 

 

Sur Zagay, le site jeune et gay, au forum « Pourquoi je suis contre la Gaypride », on peut lire ces quelques extraits choisis de réponses : 

— « On peut banaliser l'homosexualité en agissant comme tout le monde. C'est plus une marche de fierté. Juste un défilé rappelant au monde qu'une minorité des gays sont déplorables ».

— « Personnellement, je voudrais vraiment comprendre à quoi SERT VRAIMENT la Gaypride. Vous allez surement me dire que ça permet de revendiquer la cause homosexuelle et tout ça. Mais franchement, c'est en agissant de la sorte que les gays se mettent en marge de la société et accentuent leurs clichés ».

— « Je pense que la meilleure façon de banaliser l'homosexualité, c'est d'agir comme tout le monde. C'est mon point de vue, je sais que tout le monde ne le partage pas ».

— « Après d'un point de vue “revendicationniste” je trouve la Gaypride déplorable car elle ne reflète pas du tout les idées qu'ils seraient bon de véhiculer ».

— « Je suis contre cette manifestation stigmatisante et porteuse... d'homophobie ». - « Y'a rien de plus anti-homo que ce genre de carnaval ignobles... »

 

Bon, c’est sûr, les jeunes et gays préfèrent utiliser le terme Gaypride quand j’ai tendance à utiliser Gay Pride™, voire Pédé Pride™, (désolé pour le terme “ Marche des Fiertés LGBT™ » que définitivement personne ne semble plébisciter) et c’est sûr, on va encore m’accuser de m’attaquer comme un vieux loup à ces jeunes garçons à la peau blanche et aux idées vertes.

 

Je ne leur jette pas la pierre, la preuve, j’ai innocemment posé la question sur la page Facebook de PREF mag « Je participe cette année à la Gay Pride™ ? « , deux choix de réponse – Oui ou –Non. Il faut savoir que les utilisateurs de cette page ont entre 25 et 44 ans à 60%, vivent dans une grande ville à 92% et sont majoritairement de sexe masculin. Autrement dit, des gays tels qu’on les imagine à la télé. La majorité a voté –Non. D’abord un rejet massif, puis à mesure que le nombre de votes augmentait, le rejet a été moins brutal, mais toujours marqué. J’ai voulu en savoir plus sur ce rejet et je publie ici un extrait des réponses qui m’ont été fournies:

— « La Gay Pride™ est devenue un événement folklorique gay qui rime plus avec fête et paillettes qu'avec manifestation revendicative. Aucune crédibilité par rapport au grand public... il ne voit QUE les plumes... Une vraie manifestation dans les rues du pays à la suite du refus discriminant de notre gouvernement aurait plus de poids que cette sympathique rigolade ».

— «  … Car une Gay Pride™ est considérée par le grand public comme un défilé du carnaval de Rio , donc aucun intérêt de se montrer comme des singes en cages!!! Voilà pourquoi!! Si demain une véritable manifestation revendicative se mettrait en place là oui j'irais ».

— « À  mon avis, qui ne vaut que pour moi, ce défilé ne défend ni le mariage , ni l'adoption , ni la tolérance mondiale générale due à l'humanité. Il est perçu comme un cirque drôle aux hommes souvent très féminisés et différents du reste de la société. Bien sûr, ce ne doit pas être le but et pourtant... Marginaliser une différence ne l'établira jamais comme une banalité à tolérer. « 

 

De toutes ces réponses, une a particulièrement retenue mon attention : « Je voudrais vraiment comprendre à quoi SERT VRAIMENT la Gay Pride™. » D’abord, ça me surprendra toujours qu’on ne connaisse pas au moins un peu l’Histoire du mouvement, et puis dans le fond, avec cette question, le bât blesse. Pourquoi défiler si on ne sait même pas pourquoi on le ferait ?

 

 

La Gay Pride™, prise de pouvoir ou défilé

de joyeux consommateurs écervelés ?

 

La Gay Pride™ française a une Histoire. Une vraie, avec un grand H. Je ne vais pas resservir la soupe du Stonewall Inn, le travesti frappé par la police qui a répliqué, et les émeutes qui ont suivi, à New York, en 1969. Je vais parler de la nôtre, d’Histoire, avec ses garçons aux airs nantis, en pattes d’éph’ et foulard de soie qui se rencontraient rue Ste Anne et que la mondaine cueillait comme des fleurs précieuses quand ils se laissaient aller dans les jardins de Notre Dame à la nuit tombée. L’homosexualité était interdite, purement et simplement. Dans les règlements de copropriété, il était précisé que la bonne tenue était nécessaire, et qu’elle impliquait des fréquentations dignes. Dignes comme un homme ne reçoit qu’une femme, ou le contraire. Puis dans cette tempête, il y a eu le FHAR, Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire créé en 1971 entre invertis et féministes, qui commence sur un coup d’éclat. Il interrompt l’enregistrement d’une émission au titre évocateur ‘L’homosexualité, ce douloureux problème’ (RTL). Puis après ce sont les défilés du 1er mai auquel il s’invite systématiquement, en queue de cortège, drapeau en tête et mines déconfites et tremblantes. Le 25 juin 1977, en réaction à la campagne de la chanteuse US Anita Bryant pour abroger une ordonnance de Floride interdisant toute discrimination basée sur des critères de préférences sexuelles, une manifestation homosexuelle indépendante est organisée à Paris. Puis une autre en 1979, et en 1980 et enfin en 1981 à l’appel du CUARH (Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle), manifestation à la suite de laquelle le Président Mitterrand récemment élu s’engage à dépénaliser l’homosexualité (et respecte son engagement).

 

Après c’est la Gay Pride™. On a regardé ce qui se faisait aux USA et on a fait pareil, même nom, même ambiance… On était pédé ou invertis, on est devenus gay. La manifestation a pris des formes qui ressembleront de plus en plus à celles qu’on connait actuellement, un mot d’ordre chaque année, de la musique, des cotillons et de la poudre de perlimpinpin, puis la venue du sida, puis l’arrivée des politiques, puis des trans, puis un procès et l’apparition d’un nouveau nom plus hexagonal (Marche des Fiertés) et de plus en plus d’entreprises aux prises avec ce marché potentiel de CSP+ déboussolés, ont-ils osés penser dans les années 90/00, c’était le Zénith en 96, un vrai bide, et cette année, une nouvelle organisation qui tente de prendre en charge les participants à coups de bracelets pass (même avec ton pass, c’est toi qui passe à la caisse, of course).

 

Le joyeux consommateur CSP+ déboussolé, justement, parlons-en. Alain Soral, ex-militant communiste, ex-militant du Front National, c’est dire, écrit dans Jusqu’où va-t-on descendre ? (Ed. Blanche)

 

Tristesse de la Gay Pride™. « Je vous emmerde, le pouvoir me lèche le cul car je suis un consommateur servile et dépolitisé », semble être le seul message de cette communauté. Message parfaitement résumé d'ailleurs par la pancarte que brandit ce gay en string gigotant debout sur son camion, une pancarte en anglais dont la traduction française nous apprend combien il est “ fier de se faire enculer ”. La belle affaire.

 

« Consommateur servile et dépolitisé », c’est donc ça ce qu’est devenu le participant de la Gay Pride™ dans la bouche d’un « intellectuel », deux décennies après les premières manifestations ? J’ai recherché les affiches des Gay Pride™ parisiennes, de la première affiche en 1999 à la dernière, cette année. À part les deux premières, sans revendications, j’ai relevé sur les suivantes :

 

2001 : hétéros, homos, tous ensemble contre les discriminations

2002 : égalité : pourquoi pas nous ?

2003 : Lesbophobies, homophobies, transophobies, agissons

2004 : homophobes, lesbophobes, transophobes, priorité à l’éducation

2005 : couples et parentalité : l’égalité maintenant

2006 : pour l’égalité en 2007

2007 : égalité, ne transigeons pas

2008 : pour une école sans aucune discrimination

2009 : fier de nos luttes, à quand l’égalité réelle

2010 : violences, discriminations, assez

2011 : pour l’égalité, en 2011 je marche, en 2012 je vote

 

Soit 5 affiches contre les discriminations, 6 pour l’égalité. Alternance presque parfaite d’une année sur l’autre, à une exception près. Alors quoi, la Marche des Fiertés LGBT revendique depuis 11 ans les deux mêmes mots d’ordre ? L’égalité et la lutte contre les discriminations ? Le témoignage sur la page de PREF mag sonne étrangement juste « Si demain une véritable manifestation revendicative se mettrait en place, là oui j'irais ». Besoin d’un mouvement politique ? Il ne croit pas si bien dire, puisque c’est le pari que fait, avant la Gay Pride™ Lyonnaise (qui a eu lieu le 18 juin), un mystérieux bloc unitaire libertaire, Transpédégouines et féministes qui a publié un communiqué au titre sans détour : « On n’est pas là pour décorer, on détruira votre société ! ». En voici  quelques extraits :

 

 

Ne mar­chons pas sur notre fierté !

Où est passée notre révolte, sinon noyée sous le gel Garnier extrême ou dans la der­nière che­mise rose de chez Paco Rabane ? On est bien loin de Stonewall ! Là où les slo­­gans ne suf­­fi­­saient plus, c’est contre la vio­­lence et l’oppres­­sion poli­­cière que la rue a été prise par les folles et autres dégé­­né­­rées à Stonewall en 1969. Elles ont pris leurs droits sans atten­­dre qu’Ils les leurs don­­nent. Cinq jours d’émeutes, contre les vio­len­ces poli­ciè­res et pour la visi­bi­lité queer et homo­sexuelle, l’homo­sexua­lité étant inter­dite et répri­mée par la loi. Il ne fau­­drait pas oublier que c’est ce joyeux bordel qui est aujourd’hui com­­mé­­moré par la Pride™. Commémoré, c’est à dire accepté comme déjà mort, et rap­­pelé par cette marche funè­­bre tris­­te­­ment gaie, nor­­ma­­tive, capi­­ta­­liste, anti-insur­­rec­­tion­­nelle et bien­pen­sante. «  Aimez-vous les uns les autres « , « Faites l’amour et pas la guerre « ... on l’a aussi entendu dans nos rangs. Non, quitte à faire l’amour, autant faire la guerre. À Stonewall, elles ven­daient leur cul, pas leur voix !

 

 

À bas la société fric des hété­ros-flics ! 

Ne pas se cacher dans les illu­sions du vote, ou les pro­mes­ses d’un Grand Soir révo­lu­tion­naire à venir. C’est dans le pré­sent que nous lut­tons, et par nos propres moyens sans média­teurE, ni délé­guéE ou chefE-chèvre pour nous com­man­der. (…)

Jouir sans entra­­ves sera tou­­jours admis. Alors jouis­­sons à les entra­­ver !

 

 

Le droit ou le devoir de défiler

 

Entre d’un côté deux revendications reprises d’année en année sans aucune incidence sur les droits des LGBT par les organisateurs de la Marche, de l’autre un « intellectuel » qui voit les pédés de la Gay Pride™ comme des consommateurs écervelés sans poids politique, et un troisième non-participant qui plébiscite une manifestation politique traditionnelle et enfin un bloc unitaire Lyonnais qui menace de reprendre les armes, on peut se poser la question que j’ai posée l’année dernière au précédent porte-parole de l’inter-LGBT, Alain Piriou,  en direct sur Homomicro : « Mais pourquoi n’y aurait-il pas une offensive politique plus marquée à travers le défilé ? », ce à quoi il m’a été répondu (je m’excuse d’avance pour l’à peu près) qu’il y avait autant de gays qui participaient à la Marche qu’il y avait de revendications. On ne fait pas plus définitif. De là à penser que le problème de la Pédé Pride™, ce sont les pédés, il n’y a qu’un mini coup de pédale de vélib’ !  La Pédé Pride™, Marche des Fiertés LGBT™, Gay Pride™ ou Gaypride, appelez-là comme vous voulez, a finalement autant de noms que de fonctions. Carnaval, évènement festif, manifestation politique, démonstration de l’existence de la masse LGBT, défilés de fiottes, etc.

 

Oui, c’est un défilé coloré, oui, les gens s’amusent, oui, je suis parfois un consommateur servile et dépolitisé, un singe sorti de sa cage ou ce que vous voulez. L’image « déplorable » que ça renvoie, c’est quoi face au droit de défiler quand certains pays n’ont pas ce droit (Russie, Afrique, etc.), ou le font sous les pierres (Croatie) ou les morceaux de déjection humaine (Riga) ou face à un groupe d’homophobes (Angers). J’ai le droit de marcher torse nu dans Paris avec marqué sur le torse pédé et fier, j’ai le droit de tenir un drapeau Rainbow à pleine main et le balancer au dessus de la foule, j’ai le droit de dire dans un climat homophobe français qui s’affranchit de plus en plus que je suis là, que j’assume, qu’ils ne m’ont pas encore donné honte de ce que j’étais, que les autres, ceux qui ont défilé les premiers, l’œil torve et la démarche tremblante, dans les années 70, ceux qui sont morts ou qui sont encore là, j’ai le droit de leur dire qu’ils peuvent être fiers de ce qu’ils ont fait, de ce qu’ils ont été, parce que j’ai le droit de défiler, mais aussi d’accueillir des mecs chez moi, de baiser dans des backrooms, de me pacser, de répondre quand on me pose la question « Oh moi, tu sais, chuis un gros pédé » sans perdre mon job, sans rougir, sans tiquer de l’œil ou de la main. Tout ceci représente mon droit d’exister, de défiler, et parce que ce droit n’est pas acquis partout, est remis en cause tout le temps, j’en fais un devoir. Voilà à quoi sert VRAIMENT la Gay Pride™ pour moi.


Mike Nietomertz

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