DSK et le VIH

Ah DSK. La gauche qui perd (encore) en 2012, le PS toujours aussi coincé par la langue de bois d’Harlem Désir. Sarko qui exulte et qui attend un mioche. Le FMI décapité. La Grèce en défaut de paiement. L’euro qui vacille, le Portugal qui attend, puis l’Espagne avec des manifs à la Printemps du Jasmin, et tout ce qui peut arriver encore qu’on ne voit pas venir. DSK est une crise mondiale à lui seul.

filet
Didier Lestrade

par Didier Lestrade - Dimanche 22 mai 2011

Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.

filet

Ah DSK. La gauche qui perd (encore) en 2012, le PS toujours aussi coincé par la langue de bois d’Harlem Désir. Sarko qui exulte et qui attend un mioche. Le FMI décapité. La Grèce en défaut de paiement. L’euro qui vacille, le Portugal qui attend, puis l’Espagne avec des manifs à la Printemps du Jasmin, et tout ce qui peut arriver encore qu’on ne voit pas venir. DSK est une crise mondiale à lui seul.

C

’était le champion de la gauche et tout le monde était conscient de son « problème ». Et personne n’en parlait sauf Jean Quatremer. Une semaine après les faits, la France croit encore à une « machination » ou un « complot ». C’est que les Français sont décidément mal éduqués sur le monde anglo-saxon qui, je suis désolé de vous le rappeler, dirige encore le monde. Nos lois sur la vie privée sont en contradiction totale avec le fonctionnement de la planète, où une star de cinéma se fait faire une pipe dans sa voiture (Hugh Grant), une autre se fait choper dans les toilettes publiques (George Michael), une autre se fait juger pour une relation sexuelle forcée avec un rent boy attaché au mur (Boy George) et un autre qui fait une tentative de viol sur une femme de ménage prolo noire de New York (DSK). Vous voulez faire vos cochonneries, ne le faites pas en public les mecs. Même en Thaïlande. C’est la racaille des banlieues qui rigole, en général c’est à eux à qui on reproche ça, les tournantes et l’homophobie internalisée.

Si l’affaire DSK nous apprend quelque chose, c’est que le off the record en France doit être combattu car les scandales sortent tôt ou tard, parce que la modernité de l’information est désormais plus puissante que la lâcheté des hommes politiques. La présomption d’innocence est une belle idée qui est surtout utilisée par les privilégiés car le citoyen lambda n’en voit pas toujours la couleur. Il n’y rien de « populiste » à dire ça, on n’est pas ici dans « le « tous pourris ». Ce sont les élites qui se comportent mal, et ceci depuis Mitterrand, Chirac et tous ceux qui n’ont jamais été inquiétés en France. Pasqua, anyone ?

 

Twitter est désormais la Justice. Que la classe politique le veuille ou non, un nouvel élément a émergé en force, celui de la rumeur. Quand le peuple est déçu par les bilans de son élite, il juge cette dernière par le dernier sentiment compréhensif par tous: la réputation. L’homme politique et la célébrité jet-set qui nourrissent par leurs actions une rumeur sont à risque. Ce sont des personalités publiques. Cette rumeur se développe toute seule et plus on a met sous silence avec le système du off the record et plus elle est attisée par Internet. Ce qui se dit désormais sur Internet est désormais aussi valable que ce qui est imprimé dans Libération et Le Monde.  Cela ne veut pas dire qu’il faut  traiter l’info n’importe comment, mais parler de DSK sans mentionner ce qui se dit ouvertement sur Twitter est tout simplement mensonger.

 

Cette classe politique française... DSK connaît l’Amérique. Sarkozy et les autres l’avaient prévenu que ses compulsions sexuelles seraient risquées dans un pays où la moindre bousculade envers une femme dans un ascenseur peut être considérée comme un « sexual assault ». Ne pas connaître cette Amérique-là, c’est ne pas avoir regardé À la Maison Blanche. Passer deux jours à New York sans un staff qui s‘assure qu’il ne fait pas de conneries dans une ville qui ne dort jamais, alors qu’on est supposé être président de la République un an plus tard, et choisi par des primaires socialistes un mois plus tard, c’est de l’amateurisme total.

 

 

L'amateurisme politique à la française

 

C’est donc l’amateurisme politique français dans toute sa splendeur. Un homme à compulsion sexuelle sans chaperon. Sans garde du corps devant sa porte. Sans secrétaire dans la chambre d’à côté. S’il y a une machination, c’est DSK qui lui a ouvert la porte, pas foutu qu’il est de mettre sur la poignée la panneau « Ne pas déranger, je suis à poil dans ma salle de bain et j’ai une trique d’enfer ».

 

Et c’est là qu’il faut rappeler, encore et encore. L’affaire Bettencourt. L’affaire Polanski. La jet-set qui prépare sa stratégie politique à Marrakech et à Tanger. MAM et Delanoë en Tunisie. L’inceste chez les De Villiers. Banier et sa cagnotte. Cet étrange couple divorcé Hollande/Ségolène qui se présente séparément à la présidentielle, comme si la France était un pays d’Amérique latine des années 50. Vulgaire. Incestueux.

 

On ne demande pas la disparition de la vie privée. On demande, a minima, que les célébrités et les hommes politique se barricadent. S’ils veulent se taper des putes, il y a des organismes qui arrangent tout ça dans une extrême discrétion. C’est leur boulot.

 

Car on finit par se demander: ils sont cons ou quoi ? Enfin, les médias français sont en train de faire leur mea culpa, comme en témoigne la dernière gazette d’Arrêts sur Images et tous les articles américains qui se foutent de notre gueule comme si on avait atteint l’ultime point de non-retour de la franchouillardise parisienne. On s’en fout des problèmes de ces millionnaires ! Et tant pis si Anne Sinclair a vraiment pris un coup de vieux ! Ce sont les médias eux-mêmes qui ont monté en épingle cette idée que DSK était un homme à femmes alors que c’est juste un compulsif ! Qu’est-ce que c’est ce délire médiatique ? D’un côté les médias ne disent pas la vérité sur lui, et en plus ils en remettent une couche sur une mystique érotique autour d’un futur présidentiable qui saute sur tout ce qui porte jupe ?

 

 

Plan bareback à l'hôtel

 

Alors, DSK et le VIH ? Pourquoi ce titre ? Nous avons vu que ce scandale était lié à l'absence de coming-out gay dans la société française. Les tabloïds américains nous apprennent désormais que la victime du viol serait séropositive. Si c’est le cas, peut-être les avocats de DSK iront même jusqu’à dire qu’elle est fautive puisqu’elle aurait du faire était de sont statut sérologique avant la tentative de viol (comme si c’était possible). Ou si DSK et cette femme avaient déjà eu des relations sexuelles dans l’hôtel (comme d’autres rumeurs le laissent entendre), elle aurait du le dire.

 

Je ne sais pas encore quand quel twist tordu ils vont utiliser cet angle du sida dans cette affaire, mais je vous garantis que cela aura des effets destructeurs. Déjà, le fait que le patron du FMI se comporte de cette manière avec  une femme prolo immigrée d’Afrique, il y a déjà beaucoup de monde qui fait des blagues sur ça comme le toujours irrésistible Jon Stewart, mais je ne crois pas que ça doit être très apprécié sur le continent africain. Et si le sida est lancé là-dedans, ce sera une sorte d’équivalent des dessins de Mahomet pour l’Afrique: une source supplémentaire de colère.

 

Et là on arrive à un thème très pointu, très conflictuel. Si le sida est mentionné dans cette affaire, c’est forcément pour soulever le risque de contamination du VIH et la responsabilité de la victime.  La femme africaine aurait pu contaminer DSK. C’est DSK qui n’utilise pas de capote, mais c’est la femme de ménage qu’on va charger. Or, à travers le monde, depuis plusieurs années, un lobby associatif important est quasiment parvenu à convaincre les plus hautes agences de santé de ne pas judiciariser la transmission du VIH. C'est un thème important des conférences internationales sur le sida. Pourtant, dans quelques jours, en France, à Besançon, avec notre justice à nous, aura lieu le procès  d’un homme qui a contaminé un autre. Tous les médias gays  et les associations sida font semblant de ne pas s’intéresser à cette affaire. Ils méprisent tous Femmes Positives, la seule association française qui aide les personnes contaminées, parfois volontairement, par leurs partenaires. C’est un sujet tabou.

 

Et vous voulez dire que si vous êtes si critique face à ce procès de Besançon, vous n’allez pas marquer votre désapprobation sur le fait que les avocats de DSK, donc DSK lui-même, vont utiliser cet angle du VIH dans une affaire de tentative de viol ? Ah, c'est étrange, encore une incohérence morale.

 

Pendant toutes les années 2000, les forces de gauches sont intervenues à grands cris pour ne pas enquêter sur les personnes séropositives qui contaminent, intentionnellement, par volonté ou par jem’enfoutisme, d’autres personnes. Et maintenant, les mêmes forces de gauche n’ont rien à dire parce que DSK fait exactement ça avec une femme africaine qui n’est peut-être pas séropositive ? Deux poids, deux mesures, c’est la loi des élites françaises. « Ne pas mettre un flic derrière chaque relation sexuelle ! » disent-ils. Eh bien voilà ce qui arrive quand on considère que les gens peuvent faire n’importe quoi dans leur sexualité avec le soutien de leur famille et de leur entourage politique. Pour gagner les élections, la gauche était prête à tous les compromis de morale et d’éthique, ce qui était avant un privilège de la droite. Le sida et DSK, c’est l’ultime trail de cauchemar de cette affaire venant du FMI et du PS. C’est le bareback élevé au niveau international. C'est comme Maddof.

 

N’invitez pas le sujet du sida dans la justice de cette affaire, c’est un conseil. Gratuit.


Didier Lestrade

Imprimer

Enregistrer en PDF

Partager sur facebook

Partager cette article sur TwitterPartager sur Twitter

Restez dans la boucle

FacebookRetrouvez Minorités sur Facebook

TwitterSuivez Minorités sur Twitter