Justice hasn’t been done !

« Justice has been done », a déclaré le Président américain Barack Obama en annonçant le lundi 2 mai dernier l’exécution par les US Navy Seals du « most wanted terrorist » dans la petite ville pakistanaise d’Abbottabad. La nouvelle de l’assassinat d’Oussama Ben Laden a sans doute pu réconforter certaines victimes des attentats du 11 septembre 2001 mais on peut franchement se demander si « justice a été faite », pour qui et surtout quelle justice ? Oui, la loi du Talion (œil ou œil, dent pour dent) a bien été appliquée en l’espèce mais on pensait que nos sociétés démocratiques avaient quand même un peu évolué depuis l’existence de ce principe tiré du code d’Hammurabi en vigueur au royaume de Babylone (-1730 avant JC). On n’est plus dans le registre de la justice moderne mais dans le règne de la vendetta ou de la justice privée où chacun pourra finalement décider de se faire justice sans intervention d’une instance supposée impartiale et neutre.

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Mehmet Koksal

par Mehmet Koksal - Dimanche 08 mai 2011

Journaliste-reporter basé à Bruxelles, polyglotte, correspondant du Courrier International, Mehmet Koksal est co-fondateur de Minorités et un spécialiste de la question minoritaire en Europe.

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« Justice has been done », a déclaré le Président américain Barack Obama en annonçant le lundi 2 mai dernier l’exécution par les US Navy Seals du « most wanted terrorist » dans la petite ville pakistanaise d’Abbottabad. La nouvelle de l’assassinat d’Oussama Ben Laden a sans doute pu réconforter certaines victimes des attentats du 11 septembre 2001 mais on peut franchement se demander si « justice a été faite », pour qui et surtout quelle justice ? Oui, la loi du Talion (œil ou œil, dent pour dent) a bien été appliquée en l’espèce mais on pensait que nos sociétés démocratiques avaient quand même un peu évolué depuis l’existence de ce principe tiré du code d’Hammurabi en vigueur au royaume de Babylone (-1730 avant JC). On n’est plus dans le registre de la justice moderne mais dans le règne de la vendetta ou de la justice privée où chacun pourra finalement décider de se faire justice sans intervention d’une instance supposée impartiale et neutre.

C

e qui m’inquiète le plus, c’est de voir ces applaudissements généralisés face à un acte unilatéral et extraterritorial sans volonté de faire comparaître le suspect devant une instance judiciaire où il aurait été confronté aux accusations. A travers cet événement, on se rend de mieux en mieux compte comment nos sociétés ont finalement perdu tout le combat pour les principes (justice, démocratie, liberté) et contre l’arbitraire, l’unilatéralisme et la manipulation.

Sur le plan politique interne, la mort de Ben Laden aura également des conséquences importantes et certains ont visiblement déjà retourné leurs vestes. Il est où le Barack Obama qui faisait campagne contre l’unilatéralisme de la diplomatie américaine ? Il est où le Barack Obama qui militait contre les guerres illégales en Afghanistan ou en Irak ? Il est où ce candidat démocrate qui condamnait l’usage de la torture (waterboarding) par des agents de la CIA et promettait la fermeture de Guantanamo ?

 

Tant sur le plan technique que sur le plan de la propagande politique, pour mettre la main sur Ben Laden Obama a eu recours aux méthodes qu’il a lui-même combattus politiquement. Ainsi, le tuyau sur le pseudonyme du fameux messager de confiance de Ben Laden qui a mené à sa localisation a été fourni par un détenu de Guantanamo (soumis aux « enhanced interrogation techniques » autrement qualifiés de torture). Pour éviter les fuites vers les autres services de renseignement, les Américains ont abondamment utilisé des méthodes particulières de recherche (y compris les écoutes internes ou les « Domestic wiretapping »). Pour accomplir l’assassinat, Obama s’est appuyé sur une troupe d’élite baptisée US Navy Seals qui font partie du Joint Special Operations Command (JSOC) autrefois qualifié d’escadron de la mort de Cheney (« Cheney’s death squad ») du nom du vice-président de George W. Bush. Enfin, Obama a confirmé par cette action la primauté de l’unilatéralisme américain face au multilatéralisme international : pas d’implication de l’ONU, pas d’information des alliés de l’OTAN et pas d’autorisation demandée au gouvernement pakistanais, c’est du « W » puissance 3 de la part d’un Président démocrate.

 

En regardant la machine de propagande en action après les faits, je ne suis évidemment pas le seul à me poser des questions sur l’opération ayant conduit à  la mort du leader d’Al Qaeda : comment peut-on préparer une attaque aussi minutieusement pour ensuite complètement rater la communication (Ben Laden était armé puis pas armé, usage d’une femme comme bouclier et puis non, les Pakistanais savaient et puis non, il a été largué en mer selon le rite islamique et puis non, on va publier sa photo et puis non,…) ?  Heureusement que Donald Trump est candidat pour rétablir un peu d’ordre dans tout cela, je suis persuadé qu’il va exiger la publication du certificat de naissance d’Oussama Ben Laden avant de parler de sa mort car après tout certains se demandent toujours si Ben Laden a vraiment existé…

 

 

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Mehmet Koksal

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