Un ami musulman

Il y a presque dix ans, quand je suis parti vivre à la campagne, je n’avais plus d’endroit à Paris. Alors je squattais chez un ami de la rue Ménilmontant et par la fenêtre de l’appartement, j’ai vu une boutique ouvrir en face. Dans la vitrine, il y avait des sweatshirts avec les logos arabes et des designs géométriques étranges en couleur. J’ai mis plus d’un mois à regarder ça de loin en me disant « Wow, enfin une boutique de fringues arabes avec du message, il était temps ». Quand je me suis décidé à y voir de plus près et pousser la porte de chez lui, je suis tout de suite entré en discussion avec un homme de mon âge, qui dirigeait la boutique et qui m’a calculé tout de suite. Pas besoin de dire ce qu’on avait fait dans la vie. Au bout de dix minutes, les larmes me montaient aux yeux, comme une découverte, et elles me montent toujours aux yeux, dix ans après, quand je pense à l’exact moment de cette rencontre. Pour moi, c’était un coup de foudre.

filet
Didier Lestrade

par Didier Lestrade - Dimanche 10 avril 2011

Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.

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Il y a presque dix ans, quand je suis parti vivre à la campagne, je n’avais plus d’endroit à Paris. Alors je squattais chez un ami de la rue Ménilmontant et par la fenêtre de l’appartement, j’ai vu une boutique ouvrir en face. Dans la vitrine, il y avait des sweatshirts avec les logos arabes et des designs géométriques étranges en couleur. J’ai mis plus d’un mois à regarder ça de loin en me disant « Wow, enfin une boutique de fringues arabes avec du message, il était temps ». Quand je me suis décidé à y voir de plus près et pousser la porte de chez lui, je suis tout de suite entré en discussion avec un homme de mon âge, qui dirigeait la boutique et qui m’a calculé tout de suite. Pas besoin de dire ce qu’on avait fait dans la vie. Au bout de dix minutes, les larmes me montaient aux yeux, comme une découverte, et elles me montent toujours aux yeux, dix ans après, quand je pense à l’exact moment de cette rencontre. Pour moi, c’était un coup de foudre.

J

’attendais Ahmad Fatnassi depuis des années. Quand il m’a raconté son histoire, sa passion pour le sport, le fait d’avoir été un ami proche de Véronique et Davina (je ne suis pas fan d’elles, mais je sais que ce fut un énorme phénomène), sa découverte de la peinture (ses tableaux sont immenses, dans le genre 4 mètres sur 2), quand j’ai vu de près la qualité des broderies de ses sweatshirts, les messages dessus, le courage qu’il faut avoir pour créer ça en 2002, un an après le 11 septembre, un peu comme vendre le T-shirt Silence = Mort en 1987 et le courage de porter ça dans la rue, quand j’ai senti le contact instinctif que l’on a eu dès le premier moment, malgré nos différences, lui Tunisien musulman hétéro, moi Pied-Noir gay séropo, et que tout ça est balayé par des convictions politiques communes nourries par la même la colère et les mêmes espoirs, alors j’ai su que j’avais rencontré un ami. De ceux qui vous changent vraiment.

J’ai parlé de lui à tout le monde. Je rêvais que Têtu montre ses vêtements parce que je savais que ça aurait du sens, que cela lancerait un débat - et que ça serait beau. Trop tôt. J’ai offert des fringues, souvent des pièces uniques, à des amis proches, à mon neveu. Tout le monde les admirait. Je voyais bien qu’Ahmad avait des principes fantastiques comme vendre ses produits uniquement à ceux qu’il juge dignes de les porter. Une grande marque de streetwear a voulu acheter le logo de sa marque, il a refusé malgré une somme d’argent que l’on ne refuse pas. Il a tout appris par lui-même.

 

Et ce n’est pas un mythomane, arrêtez cette idée dans votre esprit tout de suite. Sa boutique a des murs qui se sont défraîchis et ça ne ressemble même pas à une boutiques de fringues, les trois quarts du temps, il baisse le rideau parce qu’il y a toujours quelqu’un qui vient pour parler alors qu’il y a tant de choses à faire. Comme suivre ce qui se passe en Tunisie et ailleurs, car il a été touché par la grâce de Facebook aussi. C’est un homme qui est sans cesse confronté à ses pairs pour trouver une position radicale mais critique et juste envers tous, indépendant.

 

Quand j’ai voulu rejoindre Minorités, Ahmad était mon inspiration, comme, dès le début, je me voyais en train d’interviewer Tariq Ramadan ou Akhenaton ou Abdelaziz Chaambi, et pas pour dire des conneries prédigérées à la Caroline Fourest, no thank you. J'ai attendu tout ce temps pour faire mes preuves. Essayer de comprendre, donner son point de vue avec des gens qui veulent voir un autre point de vue de la part d’un gay, même si on n’est pas d’accord sur tout. Êchanger, arrêter avec les anathèmes à la con. Respecter la croyance. Arrêter de contribuer à cette haine contre les arabes et les noirs. Ahmad est un homme comme les autres, c’est un artiste, un commerçant, un militant. Il devrait avoir sa boutique rue des Francs Bourgeois et devenir un des leaders de la communauté arabe en France. Il pourrait. Mais il a été battu, mentalement. Quand il a proposé son projet de vacances dans le Maghreb pour les jeunes des cités de la région parisienne, les socialistes ont été les pires. Aujourd’hui, ce sportif a perdu du poids, il fume trop et il tousse et pourtant il sait que son cœur est l’organe le plus important, puisqu’il a créé son logo à l’image de ce qui bat dans nos poitrines. Il est absorbé par toutes ces révolutions arabes. Ce qu’il a attendu toute sa vie se réalise, même s’il sait que chaque jour qui vient est miné, au sens réel du terme. Mais il a l’espoir et c’est pour ça que j’ai voulu enfin faire cette interview, dont ceci est la première partie. C’est un message d’admiration.

 

 

Alors tu es né où et quand ?

 

Alors tu sais je suis Touareg… et les Touaregs ne se déclaraient pas à la naissance… donc je vais te donner une date à laquelle tous mes frères et mes sœurs ont été inscrits en même temps, le jour même. (rires). Comme ils savaient qu’il y avait à peu près deux ans d’intervalle entre chaque naissance, je suis déclaré 23 juillet 1958. C’est l’année des grands ! Il y a Michael Jackson qui est né en 58, Prince aussi…

 

 

Oui je sais, Madonna et moi aussi, bon, montre moi où tu es né, on n’a pas tout le temps devant nous !

 

À Kairouan, en Tunisie, je suis né ici, tu es en plein dessus sur la carte, là. Ça c’est mes origines, mais ma famille, si tu remontes au 9ème siècle, on est du Soudan, du bord du Nil.

 

 

Comment ça s’est passé ta jeunesse ?

 

En fait je suis un rêveur né. J’avais pas 8 ans et j’étais très très très fort en français et c’est la langue qui m’a permis de continuer mes études beaucoup plus loin. Et mes tantes me trouvaient très… mignon, très intelligent parce que j’étais le premier de la classe et dans le village, c’était comme une tribu, d’ailleurs c’était une tribu, tout le monde se connaissait. Et à ma tante qui me poussait à me marier avec une de ses filles, j’ai répondu: « Non, moi je me marierai avec une Française ! ». Et à l’époque, l’immigration se dirigeait vers la Lybie ou l’Arabie Saoudite. Il n’y avait pas encore la France, dans les années 60 – en tout cas pas chez nous.

 

 

Tu avais donc déjà l’idée de…

 

D’aller là haut. Je vais te dire sincèrement, à l’époque je rêvais de la lumière de la Tour Eiffel. De mon côté, la lumière importante, c’était celle de la mosquée de Kairouan, qui est une mosquée avec un passé très riche, qui est très signifiante dans le monde arabo-musulman. Le problème, c’est que j’ai vu la Méditerranée comme un miroir. Et il est vraiment épais. Si tu es à Paris et que tu regardes la lumière de la mosquée, ça fait frémir tout le monde. Mais à l’époque, la lumière c’était la Tour Eiffel et il n’y avait pas autre chose. En plus, mes professeurs de Français m’en parlaient. Ils m’ont fait rêver. Et comme j’étais très bon, des fois je reprenais mes profs et on s’occupait beaucoup plus de moi.

 

 

Donc tu a vécu une bonne jeunesse.

 

Un prince. Et les frères, les sœurs, les cousins, les cousines, tout a été 15 années merveilleuses.

 

 

Et tu arrives à Paris quand ?

 

D’abord, moi je voulais sortir et travailler le plus tôt possible. Mon père avait 9 enfants. C’était un employé manutentionnaire, donc on ne mangeait pas à notre faim. Et je voulais être prof mais à l’école ils m’ont dit « Franchement, on ne sait pas qui sera au tableau, toi ou tes élèves » (rires) parce que j’étais le plus petit et le plus jeune de la classe. Quand Bourguiba est arrivé, il a mis tout le monde à l’école. J’avais 10 ans à mon arrivée au lycée et dans ma classe, il y avait des jeunes de 25 ans. Et à 15 ans, ils m’ont obligé à faire des maths au lycée qu’il avait construit et en 1968 on était 6500 élèves. Le plus grand lycée construit de son époque.

 

 

Tu arrives quand ?

 

En 1973, justement, pour chercher des livres de maths physique et chimie Bordas. Parce que j’ai aimé les maths, c’était scientifique, ça me plaisait beaucoup. 1973… c’était très dur. Je suis parti le vendredi après-midi, le 8 août. Je suis arrivé à Marseille le samedi à 4h de l’après-midi. La première parole que j’ai entendue, c’était « Avance, peau rouge ». Mais j’ignorais complètement la signification donc c’était normal, j’ai avancé (rires). Mon grand frère était déjà venu en France et il était resté 10 jours parce qu’il n’avait pas supporté. Mais il avait une petite idée de ce qui se passé. Moi je suis arrivé tout seul et je ne savais rien. Mon frère m’avait dit : « Rappelle toi, tu ne demandes jamais jamais un renseignement, ni à un jeune ni à un monsieur, tu demandes uniquement aux vieilles dames ». Bon, j’avais un avantage, c’est qu’on nous avait appris le français avec l’accent marseillais. On avait le français grammatical, aucun problème.

 

 

Non mais là il faut que tu avances, on n’est même pas arrivés à ce qui se passe en ce moment en Libye (rires) !

 

Donc j’arrive à Carpentras, je découvre le racisme parce que j’arrive dans un café qui ne sert pas aux arabes, bon bref, je passe 4 ans entre Carpentras, Avignon, Valence, Lyon et j’arrive à Paris en novembre 1977. Je suis arrivé Boulevard des Italiens, un petit hôtel dans les rues derrière. J’ai commencé les boites de nuit, tout ça, à 19 ans, forcément, j’avais la côte, c’était les années sexe, c’était très facile pour moi. J’ai trouvé un travail, je vendais de glaces en face des Galeries Lafayette. Après je suis tombé dans la restauration, barman, après serveur, après chef de rang puis maître d’hôtel. Et puis un jour mon amie m’offre un mois de sport au Gymnase Club qui commençait juste, 1979, 1980. Il n’y avait que deux gymnases à l’époque, Monceau et République Au bout d’un mois, j’ai aimé ça et j’ai attaqué le sport.

 

 

Et c’est là que tu as une révélation.

 

Oui et non, parce que j’ai toujours été dans le sport. Mais c’est vrai qu’au Gymnase Club, au début, c’était la crème, il n’y avait que les PDG et les gens riches qui y allaient. C’est le Gymnase Club qui a développé le sport à Paris. Et là je trouve vraiment mon monde. Le sport pourquoi, parce que c’est la communication. En fait, on n’en parle pas assez, c’est la pensée créatrice. Dès qu’ils prennent leur sac pour aller au sport, les gens se détendent déjà dans leurs têtes. Ils vont passer deux heures de vacances dans la journée. Et c’est le meilleur moment pour rencontrer les gens et leur parler. Et c’est là que j’ai rencontré la passion complète, il y avait le sexe, tout ce qu’un jeune aime. Du coup, je me suis acheté des livres, j’ai pris des cours, je me suis inscrit à l’INSEP à Vincennes, j’ai fait des stages et l’évolution a été très rapide.

 

 

Comment tu te trouves à passer du sport à l’aérobic ?

 

Au Gymnase Club, il y avait 65 activités.  Et il y avait Véronique et Davina, et puis Milka avant, une danseuse étoile de l’Alcazar, un phénomène. Puis l’aérobic est arrivé et Gymnase club a fait beaucoup pour populariser tout ça. Et quand Véronique et Davina ont commencé, ça a explosé, avec Antenne 2.

 

 

Et ta bifurcation commence quand ?

 

En 1986, on avait un séminaire tous les 15 jours et le thème c’était « Sport et médecine ». J’étais jeune et naïf et j’avais sorti qu’il fallait que toutes les cotisations du sport soient déductibles des impôts. Si une nation veut s’appuyer sur une population en forme, elle lui paye le sport, comme la sécurité sociale. J’avais oublié que c’était l’industrie pharmaceutique qui payait le séminaire ! (rires). On m’a dit clairement « Toi l’arabe, on te demande pas de réfléchir » et ça ne m’a pas blessé, il y avait d’autres choses à faire et puis à ce stade j’étais en France depuis 1973 donc le racisme, je connaissais. Mais mon but c’était de créer ma propre chaîne de salles. Pour moi, la plus belle synagogue, la plus belle mosquée, la plus belle église, c’est le gymnase. Et je le pense toujours aujourd’hui, d’accord ? C’est là où j’ai vu les gens porter tous la même tenue et avoir le même langage. L’harmonie parfaite.

 

 

Oui mon copain, il a commencé la boxe, mais il a choisi exprès d’aller dans une salle de quartier.

 

C’est ce qui te donne de l’assurance en toi ! C’est la première chose qu’on comprend, surtout dans les sports de contact comme la boxe, le judo, le karaté, tu es en contact, après plus rien ne t’effraie. Et il y a le côté philosophique du sport parce que c’est précisément fait pour ne pas se battre.

 

 

Et tu vois les possibilités sociales.

 

Gymnase Club a réussi parce qu’ils ont baissé les prix. Ce sont les premiers à faire le forfait comité d’entreprise, c’était leur politique: le gymnase est ouvert, autant qu’il le soit pour un maximum de monde. Et comme tu sais que j’ai commencé par la peinture, mon but c’était la marque de vêtements puisque la rue, c’est la meilleure galerie. C’est la rue qui expose tes idées donc autant faire passer le message du sport par les vêtements. C’est la pub qui te paye au lieu que toi tu payes la pub. Et en même temps, la marque de vêtements, c’est là où on investit le moins et on gagne le plus. Et c’est ce qui va me permettre d’habiller les gymnastes avec ma tenue. C’est créer l’harmonie dans l’harmonie ! C’est ce que je ferai, à moins de mourir avant bien entendu, mais dans mon gymnase, il y aura 2 tenues incluses dans le forfait.

 

(Coupure du téléphone, c’est sa fille)

 

Donc là on est en 1987…

 

 

Qu’est-ce qui se passe en 87 ? Le Front National monte… (rires)

 

En 1987, ma femme…

 

 

Attends c’est la femme qui t’avait offert le forfait ?

 

Non, c’est la première femme.

 

 

Donc tu t’es marié à quel âge ?

 

Je ne me suis jamais marié ! Faut que tu saches, pour moi quand on vit avec quelqu’un, on n’a pas besoin d’être marié.

 

 

Donc en 87, la deuxième femme…

 

C’est elle qui m’a stabilisée un peu et elle m’a donné un fils. Et je me suis calmé vraiment. C’est physique le sport, ça veut tout dire.

 

 

Non mais je suis d’accord, c’est ce que tu disais, c’est important pour la baise, pour tout.

 

Mais pas seulement pour la baise, je le dis toujours, les plus beaux culs sont dans la salle. On ne va pas les trouver ailleurs, c’est là où on fait du sport. Le physique dont tout le monde rêve. Donc on est en 87. Elle me dit: « Tu ne vois pas que tu ne réussis pas parce que tu es arabe ? Viens, on part en Tunisie et on ouvre une salle de gym ». Je prends RDV avec le PDG de la compagnie et je lui propose de faire une extension à l’étranger. Et là il me dit qu’il faut prendre la nationalité française ? (rires). Maintenant j’en rigole, mais il me demande de prendre la nationalité française – pour aller travailler en Tunisie, d’où je viens ! C’est mon travail qu’ils vont juger, pas ma nationalité !  J’enseignais aux moniteurs diplômés d’Etat, je formais les directeurs du Gymnase Club, il n’y avait rien qu’il me manquait pour monter ma propre chaîne. C’est moi qui réparais les machines en plus ! Je planifiais les activités et le personnel… Alors j’ai refusé. J’ai traîné la patte pendant 3 ans mais, entre temps, ils ont dit au personnel, à l’époque 700 personnes, que je n’aimais pas la France. Pendant 3 ans, tu travailles avec des gens qui croient que tu es raciste…

 

 

Qu’est-ce qui se passe alors?

 

Il y a un truc qui a bouleversé ma vie. Novembre 89. En plus du boulot, j’enseignais aux videurs de boite, je les connais presque tous. Et j’avais parmi mes « clients » un inspecteur de police qui faisait partie du ministère de l’intérieur et qui était envoyé comme garde du corps à l’étranger. Un jour après la gym, il me propose de me ramener en voiture. Et là je vois un livre du Coran. Ça a été un bouleversement complet. Il y a eu un rappel. Jusqu’en 87, je priais dans les églises. Parce que intégrer une société pour moi, c’est intégrer ses coutumes.

 

 

Et là le Coran est sur le siège arrière…

 

Et je le feuillète et il me dit : « Si ça te fait plaisir, je te l’offre ». J’arrive chez moi, je prends une douche et je reprends le livre et la première page dit que tu n’as pas le droit de toucher le livre tant que tu ne t’es pas lavé les mains. Et c’est là où j’ai cogné le mur. Je me suis dit « Toute ma culture, je l’ai oubliée pour des gens qui me détestent ». Et qui me repoussent alors que moi je fais tout pour intégrer le groupe ! Parce que c’est ça la force du sport, on intègre le groupe. J’étais dans le meilleur domaine qui soit et je suis rejeté comme un malpropre. Et là, le livre me rappelle que… voilà.

 

 

Et avec le livre, tu retrouves le passé.

 

Tout. Je me retrouve en 73, carrément, en pleines études.

 

 

C’est comme si tu étais new born.

 

Oui, nouveau né. C’est ce que j’appelle la renaissance. La première chose que j’ai faite, c’est un tableau qui s’appelle « Le mariage ». C’est le moment où je me suis mis à dessiner.

 

 

Donc tu découvres le livre et tu te mets à exprimer quelque chose par la peinture. Tu avais déjà dessiné ?

 

Pas du tout. Tout ce que j’avais laissé comme étude en 73 est remonté à nouveau.

 

 

Donc tu deviens une sorte de Van Gogh arabe qui panique sa femme parce qu’il commence à peindre  comme un dingue (rires)

 

Non pas du tout, non. C’est elle qui a intégré l’islam. C’est une juive, il faut le savoir (rires). Le premier tableau est dédié à ma fille qui est baptisée à l’église et dont la mère est bretonne catholique pratiquante. Quelques années auparavant, un ami Syrien orthodoxe qui venait s’entraîner au Gymnase Club m’avait ramené un tableau avec le Christ dans les bras de la Vierge et marqué « Dieu, bénissez cette maison » — en arabe. Un très beau tableau. Sa mère l’a cassé parce que c’était écrit en arabe (sourire). Et j’ai réfléchi sur ce que je pouvais faire pour ma fille de manière à que sa mère ne soit pas lésée et moi non plus. Et mon premier tableau, c’est la croix du Christ dessinée par la foi musulmane.

 

 

Et tu as quoi comme job à ce moment ?

 

Je ne fais rien du tout. En janvier 90, j’ai voulu faire la grève de la faim pour protester contre ma direction, on m’a menacé de mort et au bout de trois semaines, ils m’ont licencié, mais je n’ai pas reçu un centime, ni de la sécurité sociale, ni du chômage. Sept mois sans un sou, pas 5 francs pour prendre un ticket de métro. Et là, je me mets à peindre pour de bon et je commence par les 5 couleurs olympiques. Et je me dis, il y a plein de marques de vêtements, mais rien pour les arabes. Et à l’époque, il y avait 7 millions de maghrébins en France. Et j’ai peint pendant 8 ans. Au bout de ce temps, je me suis dit que ça serait bête de faire ça en sérigraphie. Et j’ai pensé à de la broderie. Et pendant ce temps, je commençais à écrire un livre sur la signification de chaque tableau. 1999, j’achète la machine à broder.

 

 

C’est celle-là ?

 

Oui. Je commence à apprendre à m’en servir. Elle est informatisée et je ne savais pas me servir d’un ordinateur. Donc l’actuelle compagne a pris 48 heures pour m’apprendre à ouvrir et fermer l’ordi (rires) !

 

 

Et tu ouvres la boutique en…

 

2002.

 

 

C’est presque le moment où je te rencontre. Bon alors on a fait presque tout le travail de présentation et on peut aborder les sujets politiques. Quand je t’ai rencontré, tu m’as parlé d’un de tes projets, et on en a reparlé récemment et je sais que ça te fait du mal d’en parler parce que tu ne l’as pas mené à son terme. Mais je crois qu’il faut en parler parce que c’est trop beau. Tu m’avais dit « Moi mon rêve, c’est d’emmener les jeunes des quartiers pendant les vacances et de les faire partir ensemble dans le Maghreb avec un vélo et une tente et ça dure deux mois pendant lesquels ils découvrent d’où ils viennent tout en faisant du sport au lieu de s’emmerder à France à rien faire ». Bon, d’accord, c’est pas facile à organiser parce qu’il faut un sponsor mais, même si tu commences par 30 jeunes, ça ne se fait pas n’importe comment.

 

Didier. Les gens avaient peur de l’Algérie à l’époque. En 92, il y avait le FIS qui venait de se soulever. Mais il n’y a pas de mauvais moment pour le sport. Le mauvais moment, c’est quand on est à l’arrêt, quand on ne fait rien. En 92, quand j’ai présenté le projet à Jean-Claude Bourret de la Cinq, il m’avait dit « Je te trouve minimum 500 jeunes et 20 caravanes publicitaires ». Le problème, il ne voulait pas de télévision ni tunisienne, ni algérienne ni marocaine, juste la Cinq. Moi qui sortais du Gymnase Club qui me demandait d’abandonner ma nationalité tunisienne pour aller travailler en Tunisie, j’allais pas faire ça ! Moi c’est « apprends-moi à travailler, ne me donne pas le poisson, apprends-moi à le pêcher d’abord ». Et c’est toujours ma philosophie, ne me donne pas l’argent, je ne sais pas le dépenser, mais apprends-moi à travailler, là oui. Parce que gagner de l’argent, moi… L’argent c’est un moyen.

À l’époque, la première chose que je voulais faire, c’était le tour de la région parisienne en VTT. Je rappelle qu’il y a plein de grandes villes en France où on pourrait faire la même chose. Et la meilleure façon d’attaquer le sport, c’est le vélo parce que c’est un système à roulettes. Tu avances. Et tu n’as pas de courbatures. Donc tu n’es pas dégoûté du sport. Et la meilleure façon d’enlever la crainte de l’insécurité d’aujourd’hui, c’est d’aller vers l’autre. Et le vélo te permet de découvrir beaucoup d’endroits. Et comme on le fait par groupe, c’est de la promenade. Une promenade de santé. C’est connaître là où tu habites, au moins.

 

 

Tu sais moi quand j’ai commencé Act Up, je me suis dit que je n’y arriverais jamais si je n’avais pas un VTT car je me disais « Tu vas devenir dingue à aller d’une réunion à une autre en métro ». Et j’ai réussi à faire Act Up grâce à mon vélo ! En 89.

 

Laisse moi finir s’il te plaît. Parce que le tour de la région parisienne, il était étudié pour sélectionner les accompagnateurs pour Paris, Madrid, Rabat, Alger, Tunis et Kairouan. J’avais besoin de responsables. Imagine 10.000 personnes d’un coup. Tous les 10 personnes, tu as un responsable. Tous les 10 responsables, tu as un responsable. Regarde le nombre que tu peux amener.

 

 

C’est une armée. Comme les légions romaines.

 

C’est tout un pays ! Quand les jeunes commencent la délinquance ? Pendant les grandes vacances scolaires. Pourquoi ? Parce que les jeunes sont en bas des tours et ils ne savent pas quoi faire. Même s’ils ne sont pas mauvais au fond d’eux, il y a un moment ils vont faire une connerie. L’esprit de groupe ! Des petits défis, des petites conneries. Et ce que je dis, c’est qu’il faut juste leur offrir le vélo, la toile de tente, le duvet et tu les fais traverser 5 pays. D’abord tu leur prends toutes les vacances puisque le projet commence le 15 juillet, après toutes les classes,  et le retour le 30 août, une semaine avant la reprise de toutes études. Ils vont revenir bronzés, en forme, la tête pleine de souvenirs, ils vont vouloir travailler pour repartir l’année suivante !

 

 

C’est des vacances studieuses en fait. Tu apprends beaucoup de choses, beaucoup de discussions…

 

Attends, il y a CINQ pays à traverser ! Et la solidarité et l’esprit d’équipe ! Toute une éducation réelle ! C’est bien simple, toutes les villes ont un terrain de foot. Planter les tentes sur le terrain de foot, on ne demande rien parce que le terrain de foot a des douches et après on peut faire un cours de stretching.

 

 

Et personne ne les embête.

 

Oui, c’est la fête ! Le lien le plus fédérateur par excellence, c’est le sport.

 

(silence)

 

 

Alors qu’est-ce qui s’est passé ?

 

Ben le sujet est devenu très politisé, c’est la vérité. Quand est-ce qu’on gouverne un peuple ? C’est quand on le maîtrise. Le problème avec le sport, c’est qu’on aura beaucoup de mal à maîtriser les gens. Parce que si un jeune n’est pas bien ici un jour, le lendemain il prend son vélo, sa toile de tente et son duvet, il se casse et il se trouve ailleurs. C’est ce que je te disais : le sport, c’est l’assurance en soi.

 

 

C’est ce qu’on faisait dans les années 70, tu avais 15 ans, tu partais avec un sac à dos sans les parents.

 

C’est ce qu’on a toujours fait ! Et maintenant ça n’existe plus parce qu’ils en ont fait des assistés. J’étais à Villejuif avec un copain, je lui donne un RDV place du Châtelet et il m’a répondu qu’il ne savait pas où c’était ! Et pourtant le métro est direct jusqu’à Châtelet ! Ils sont en bas des cités et après ils ne bougent plus ! (tapant sur le bureau). Ils sont enfermés. Et c’est dommage parce que c’est une énergie extraordinaire à exploiter.

 

 

Et là, quand tu essayes de présenter ce projet, politiquement, tu réalises que tu as des bâtons dans les roues à chaque étape.

 

Oui, parce que ça vient d’un arabe, c’est surtout ça. Et c’est ça qui est dommage, les bonnes idées elles viennent de partout, elles sont toujours bonnes à prendre. Tu sais ce que ça veut dire la démocratie ? Tu as une idée, on la propose au peuple. Soit il l’adopte et dans ce cas, c’est parti, soit il la rejette et dans ce cas-là, on n’en reparle plus ou on l’améliore, on cherche à voir ce qui ne va pas.

 

 

Et c’est à partir de là que tu commences à avoir la rabia alors que tu avais réussi à vivre malgré tout en essayant de t’intégrer.

 

Bon, je ne vais pas te fâcher, le premier parti auquel j’ai adhéré, c’est le parti communiste. En 1990, lors de la guerre du golfe, c’est Mitterrand qui a dit « Maintenant il faut que les bombes parlent ». C’est lui qui a donné le coup d’envoi. Et c’est là où je n’ai pas compris. Je suis mathématicien, je reste logique, réellement. Saddam Hussein à l’époque, c’était le fournisseur N°1 de la France, j’entends par là celui qui remplissait les caisses du pays, vraiment. Premier client de la France. On lui vend les avions, les tanks et on va les brûler chez lui. Alors je dis, c’est quoi cette putain de politique ? Qu’est-ce qu’on lui reprochait à l’époque, il a gazé le peuple kurde ? Mais qui lui a vendu le gaz ? Qui lui a vendu ces armes ? Et qui lui a inventé les Kurdes alors que je rappelle que ces peuples ont toujours vécu ensemble ? Saladin le Magnifique, comme on dit, il est kurde ! Le premier nationaliste arabe, il est kurde ! Et de là-bas en plus ! Et aujourd’hui on voit qu’il y a une différence entre celui-là et celui-là. Qui a fait ça et à qui ça profite ? Ni aux Kurdes ni à Saddam Hussein. Et c’est là, si tu veux, que j’ai cherché à savoir qui je suis. J’ai compris que je ne suis pas Tunisien, je suis arabe. Et tout le monde se cache derrière l’islam, c’est pour que la population arabe oublie son identité. L’islam, c’est la paix. L’islam, c’est le respect de l’autre. Je rappelle toujours le verset coranique qui dit au prophète lui-même quand il  a essayé de le convaincre son oncle parce qu’il était orphelin et ce verset dit : « Tu ne mets pas sur la bonne voie quelqu’un que tu aimes ». Dieu y met qui y veut. Ce n’est pas ton affaire. Donc aujourd’hui quand j’entends « Islamisme et machin », je me demande où ils ont été chercher ça.

 

 

À partir de ce moment, tu commences à réfléchir autrement, pas en tant que Tunisien, qui est arrivé en France, même plus en tant que maghrébin même, mais  dans le monde au niveau géopolitique.

 

Absolument. Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi on fait ça ?

 

 

Mais tu n’avais pas commencé à réfléchir à tous les autres despotes, qui sont arrivés au même moment au pouvoir, en Libye, en Egypte, partout ? C’est la guerre du Golfe qui te fait comprendre qu’on est en train de basculer ?

 

Mais c’est devenu n’importe quoi parce qu’on a senti que l’arabe était rejeté ! J’avais des amis qui ne voulaient plus me voir à cause de ça. Je ne comprenais plus, j’ai cogné le mur en plein fouet.

 

 

Donc c’est la guerre qui a servi de turning point. Ce n’est pas le conflit israélo palestinien, parce que pour moi c’est plus fondamental.

 

Moi je ne l’ai jamais compris de toute façon. Je suis génération Bourguiba.

 

 

Je t’adore. Oui, c’est ce que tu disais l’autre jour, quand Bourguiba est mort, il n’avait pas un sou en poche !

 

Et Bourguiba nous disait « Tu veux boire ? Il y a le bar qui est ouvert » et « Tu veux aller prier ? Il y a la mosquée qui est ouverte ». On avait la synagogue et l’église. Pour nous, on a toujours été des arabes, qu’on soit juif ou autre. Il n’y avait pas cette connotation chez les Tunisiens.

 

 

Et pourtant tu es aussi dur dans ta colère envers les dirigeants européens qu’envers les dirigeants qui ont enfermé les arabes dans une sorte de prison.

 

Oui mais ça c’est l’occident. C’est pas la faute des chefs d’Etat arabes. Donne-moi un nom, n’importe lequel !

 

 

Ben je sais pas moi, Kadhafi ?

 

Kadhafi, c’est l’Angleterre qui l’a posé.

 

 

M’enfin, il est venu de son propre pays. Au début les arabes l’ont aimé ! En Afrique, il y a plein de gens qui lui sont reconnaissants parce qu’il a payé pour ceci et pour cela… À une époque, c’était des héros ces mecs. Même moi quand j’étais jeune…

 

Oui on pensait tous qu’il était Che Guevara, je sais ! Mais à l’époque, on voyait tous les choses différemment. Par exemple, nous les Tunisiens on l’aimait parce qu’il voulait s’unir à Bourguiba, ça aurait été la première parcelle du Proche Maghreb tel qu’il était dans le monde arabe. Ca aurait fait un seul pays.

 

 

OK, mais ce sont des mecs qui ont trahi leur peuple !

 

Ils ont d’abord trahi leur propre idéal. Kadhafi était un révolutionnaire.  En Algérie, le FLN ne devait rester 3 ans ! 42 ans après, il est toujours là, mais c’est pas ce qu’on attendait à l’époque ! Qu’est-ce qu'il a cru, Kadhafi, quand on lui ouvre la porte de l’Elysée pour planter sa tente? Il a cru qu’avec l’argent, lui aussi, il pouvait faire ce qu’il voulait ! Il pouvait. Trop tard, le peuple s’est réveillé.

 

 

Donc revenons en arrière, on est en 91 et tu te dis quoi ?

 

Je me dis que je ne peux pas faire de politique s’il n’y a pas d’économie derrière. Pour moi, c’est clair, l’homme politique doit créer de l’emploi. Sinon, il ne sert à rien. Ma première fille est née en 1981. Depuis cette date, je pense France + Tunisie et le monde arabe bien sûr parce que les salles de gym, on en a besoin partout. Tu es commerçant, tu vas là où il n’y a pas beaucoup de concurrence. En fait, mon idée n’a pas plu parce que mon rêve complet, c’était de faire un hôtel pour les occidentaux et en dessous la salle de gym pour les gens du pays. Le meilleur moyen pour rencontrer les gens, c’est au moment du sport. C’est là où je veux créer un amalgame. Un point solide entre l’occidental et les gens de chez moi. Mon but, c’est toujours de casser les barrières, le maximum de barrières.

 

 

Est-ce que tu peux me parler de ces 20 dernières années et de ton excitation sur ce qui se passe en ce moment ? Mais d’abord je voudrais avoir ton avis sur les sentiments arabes, ce renouveau avec les révolutions que nous vivons.

 

Pour parler sincèrement, l’intervention occidentale va un peu effacer la révolution du jasmin. Quelque part c’est néfaste, elle l’écrase et elle la salit. On était heureux. Quand Ben Ali est parti, personne au monde, mais personne au monde n’imaginait ça. Et en plus c’est le pire des dictateurs arabes. Pourquoi ? Parce qu’il avait une ligne directe avec Israël. Parce qu’il a su être espion de la CIA. Parce qu’il pensait vraiment être irremplaçable. Et le peuple se réveille, se révolte et passe au-dessus de cette peur.

 

 

Une belle révolution.

 

Oui, mais ça c’est le fruit de Bourguiba, pas de Ben Ali ! Sur Israël. Parce que j’ai cherché à comprendre. Israël, le fils d’Issac. Le frère d’Ismaël. J’ai déjà dit des milliers de fois: moi, je ne vais pas tuer mon frère pour faire plaisir à l’Américain. Parce qu’aujourd’hui le juif et le musulman se battent et s’entretuent, pour qui ? Pas pour eux, c’est faux et archifaux. Le juif intelligent préfère voyager de la Mauritanie jusqu’à la Syrie avec le même passeport. Il n’y a que celui qui essaye de me dire qu’il est plus intelligent qui moi qui préfère s’enfermer dans un mur et dire « Non ça c’est à moi ». C’est pas comme ça que je pense.

 

 

Mais tu vois bien qu’aujourd’hui Israël ne pense pas comme ça, au contraire.

 

Il n’est jamais trop tard pour bien faire, Didier. On est là, c’est justement pour essayer de trouver une solution.

 

 

Aprés tout, Israël n’aime pas ces révolutions et préfère que ça reste tel quel.

 

 

Forcément ! Eux, ça ne les intéresse pas qu’on soit démocratiques ! Pour l’instant, ils nous font croire que ce sont eux, les plus démocrates. C’est le seul pays dans toute cette région qui soit démocratique. D’abord, ça ne vient pas d’eux, ils sont l’œil des Etats Unis dans le Proche Orient. C’est le 51e État. Et ne pas dire ça, c’est rester fourbe et on n’avancera pas. Pour moi, le vrai juif est arabe et il n’est pas autre chose. Depuis Abraham jusqu’à nos jours. Ils viennent tous, tous de là-bas. Donc dire que l’état Juif est un état hébreu pour moi, c’est pas vrai, je suis désolé. Il y a une synagogue en Tunisie qui était là bien avant les Carthaginois ! Bien avant ! Et aujourd’hui, on veut nous dire que Tunisien et juif c’est pas pareil ? Pour le croire, il faut être vraiment ignare.

 

Ecoute moi. Depuis 1981, le parrain de mon fils est juif. Je lui ai toujours dit: mon rêve, c’est de voir un juif et un musulman ensemble sur un même sujet. Et je lui ai toujours dit et il peut te le dire. Mais c’est un des avocats de Ben Ali. Et il ne comprend pas que je ne lui réponde pas au téléphone. Moi qui ai toujours rêvé d’être à côté d’un juif. Eh ben non, moi je dis non au sionisme. Parce que le sionisme ne travaille ni pour les juifs ni pour les musulmans. Il travaille pour lui et pour les Américains. Mon fils, mon propre fils, il a un prénom hébreu. Son premier prénom est hébreu. Mon propre enfant. Il s’appelle Noam d’abord, Ualid après.

 

(silence)

 

Et pendant trois ans ici, ils m’on traité d’islamiste intégriste.

 

 

Et tu l’es toujours ! (rires). Moi depuis toujours on m’a traité de facho !

 

Moi, les musulmans me traitent parfois d’infidèle si tu veux.

 

 

 

[Suite et fin de l'interview dimanche prochain dans la Revue 78 de Minorités]


Didier Lestrade

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