2011, quelque part entre ici et là-bas…

Pauvres Japonais, c’est ce que je trouve à dire, moi Helvète dont le pays fait bien la différence entre son « ici » et  les « là-bas ». Il y a près de sept décennies, on leur balançait des bombes atomiques dessus et maintenant tout le monde les plaint et a peur d’un accident nucléaire nippon qui a été causé (ironiquement) par l’entremise d’une catastrophe naturelle. Et tout ça arrive à un peuple qui nous file à tous des immenses complexes avec son avancée technologique et ses toilettes intelligentes qui espèrent que tant de high-tech n’éliminera pas de la surface du globe terrestre tout ce qui sait excréter élégamment. Et nous, moins experts en matière de joujoux futuristes,  ne serions-nous pas dans un pétrin encore plus dévastateur en cas de pépin nucléaire chez nous ?

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Thanachristo Bolanga

par Thanachristo Bolanga - Dimanche 20 mars 2011

Né à Douala en 1982, de père camerounais et de mère helvétique et doté de diverses origines, Thanachristo Bolanga n’est pas tant militant qu’agité par sa conscience. Il a grandi à Lausanne (Suisse) et a travaillé en milieu médical et paramédical tout en intégrant diverses formations théâtrales et musicales entre Lausanne et Genève. Il se prépare à reprendre des études littéraires germaniques à Paris.  

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Pauvres Japonais, c’est ce que je trouve à dire, moi Helvète dont le pays fait bien la différence entre son « ici » et  les « là-bas ». Il y a près de sept décennies, on leur balançait des bombes atomiques dessus et maintenant tout le monde les plaint et a peur d’un accident nucléaire nippon qui a été causé (ironiquement) par l’entremise d’une catastrophe naturelle. Et tout ça arrive à un peuple qui nous file à tous des immenses complexes avec son avancée technologique et ses toilettes intelligentes qui espèrent que tant de high-tech n’éliminera pas de la surface du globe terrestre tout ce qui sait excréter élégamment. Et nous, moins experts en matière de joujoux futuristes,  ne serions-nous pas dans un pétrin encore plus dévastateur en cas de pépin nucléaire chez nous ?

N

on, comme la mort, « ça n’arrive qu’aux autres ». Nous sommes encore là avec notre tendance à voter pour tout et n’importe quoi, divisés par les avis sur la « belle époque », sur la « Suisse d’avant 1990 » et les temps qui changent. Faudrait-il vraiment un séisme pour que tout pète aussi chez nous ?

C’est con et agaçant à dire, mais on croirait que tout ça fait partie d’un plan de suicide collectif que s’infligent nos civilisations. D’accord, notre espèce n’arrive pas à prédire exactement et à temps un séisme ou un tsunami et elle doit essayer de gérer les humeurs de la terre sans savoir les arrêter, elle les subit comme elle peut. Mais pour ce qui est du maintien en fonction des centrales nucléaires, à part les mêmes calculs économiques et des raisons dites pratiques, quelles excuses peuvent vraiment justifier qu’on soit éclairé par ce qui peut nous dégommer ?  Pourtant les résultats des votations populaires n’ont jusque là pas été en faveur de la désaffectation progressive de nos centrales. Le peuple s’exprime et à quelques pourcents près, c’est comme s’il ne mesurait pas les risques. Il n’a pas peur de devenir du cervelas grillé!  Entre deux blagues sur les homos, mille remarques sur les « désagréments » que causent les nouvelles vagues de mendicité,  les « dealers noirs », les réfugiés « paresseux », les « braqueurs de banques français », la « préoccupation nucléaire » n’est apparemment pas l’une des principales en ce début de XXIème siècle.

 

Je suis à moitié africain et chacune de mes terres d’origine m’offre des spectacles aberrants. Le peuple suisse, par exemple, muni de ses désaccords culturels, parvient à voter pour le renvoi systématique des « criminels étrangers » dans leurs pays, pour le maintien du droit traditionnel des militaires de garder leur arme à domicile avec les munitions, il s’est prononcé contre la désaffection progressive de nos quelques centrales nucléaires. Ici, j’ai souvent l’impression d’avoir des convictions provenant de la planète Mars quand j’entends des arguments expliquant que telle ou telle disposition légale mise en place ne « doit pas être chamboulée » parce que « de toute façon on peut tuer quelqu’un en l’étouffant avec un simple sac en plastique si on veut vraiment l’assassiner ».  C’est ainsi que s’exprime notamment à la télé un politicien d’origine autrichienne, qui n’aime visiblement pas les « Métèques ». Et durant la dernière décennie, ça a bavardé et bavé dans des émissions où des anonymes envoient des SMS pour déclarer que les meurtres commis avec des armes militaires sont « le fait de quelques  naturalisés ».

 

Je constate tout de même qu’avec un sac en plastique, on a moins de chances de tuer plus d’un individu en quelques minutes qu’avec un flingue et je me demande comment se dépatouillent les militaires des pays où on ne rentre pas à la maison avec une arme et  des munitions qu’on n’a le droit d’utiliser qu’en cas d’extrême coup de folie. Il faut croire qu’on n’en est pas à une vie près dans les parages, mais comme on dit quand quelqu’un « râle » sur un sol où on « aime les étrangers qui travaillent » : « Pourquoi tu ne retournes pas dans ton pays pour les aider ? »

 

En ce qui concerne le « problème nucléaire », qui est tout de même encore un petit peu plus flippant que ce que proposent les petits conservatismes de société, les affaires me semblent « réglées » un peu de la même manière que tout ce qui voudrait bousculer nos traditions, militaires ou civiles: on ne touche pas à la situation, on ne renouvelle rien. Ici, on a bien vu la catastrophe japonaise et il a été décidé de renoncer à la construction de nouvelles centrales. Il n’y a donc pas plus de dangers, mais il n’y en a pas moins dans un État qui aime pourtant le mot « sécurité ».

 

Dans notre subtil système de démocratie très directe, à double tranchant, au sein duquel vont et viennent des initiatives populaires, l’extrême droite fait son chemin en tirant sur les crédules à coups de « Il y aura des pertes et des vols d’emplois si plus de gens entrent sur le territoire, si on ferme des fabriques d’armes ou des centrales nucléaires. ». Pour tout et n’importe quoi, des campagnes politiques n’ont pas fini d’effrayer les personnes âgées en leur faisant croire que des modifications de lois vont taper sur leurs malheureuses rentes. Alors, à côté des magouilles politiques, des manœuvres pour obtenir des pourcentages de votes « juste comme il faut », morts, cancers et malformations à gogo ne sont apparemment pas encore aussi parlants  que la peur du chômage. Mais quel mort bénéficierait du chômage et des aides sociales là où il est déjà coutume de dire que « trop d’étrangers profitent de l’assurance invalidité »?

 

Non, « rassurons nous », notre pays « maîtrise » tous les dangers depuis qu’il a adopté la « lumière nucléaire », à la fin des années soixante, une petite décennie avant qu’il ait accordé le droit de vote aux femmes. On se méfie des minarets, on badigeonne les journaux d’articles donnant la nationalité de chaque délinquant impliqué dans chaque crime, dans chaque fait divers. Notre pays fait son « tri » à sa façon, « loin du Japon », dans ses « certitudes » maintenues des deux côtés de la barrière culturelle entre Alémaniques et Romands.

 

On comprend bien ici  que les « pays pauvres s’autogèrent mal », que Kadhafi est un fou sanguinaire et on papote pour définir qui fait partie du « Quart monde », du «Tiers monde », de la « Jet-set », on s’électrise à propos de l’uranium iranien, de l’Union européenne, mais nous aussi aurions de sacrées réadaptations de lois à accepter pour sauver notre peau.  

 

Aujourd’hui, quoi qu’il en soit, les spéculations (si on se donne la peine de spéculer) prennent le pas sur l’importance de la sauvegarde de la vie. A quoi bon dire aux enfants de ne pas jouer avec des allumettes si des adultes veulent absolument jouer avec du nucléaire, au risque de faire en sorte qu’il n’y ait bientôt plus un seul enfant pour jouer avec des allumettes?

 

Un peu comme à un grand enfant, beaucoup de logiques politiques actuelles m’échappent car sur notre continent, tout en montrant du doigt les cinglés des autres continents, on joue à l’atomique apprenti sorcier ou on songe à laisser monter au pouvoir, dans son propre pays, des politiques xénophobes, parce qu’on souhaite enfin remplacer un gouvernement détestable, comme on choisit de sauter à l’élastique sans élastique parce qu’on a voulu sauter à l’élastique avec élastique, qu’on a eu peur et qu’on veut se faire peur d’une façon pire, mais nouvelle. Tant de choses me paraissent absurdes qui conviennent à d’autres, mais c’est aussi cela la démocratie, une « explosion de lois » censées nous sauver de choses ou d’autres, même de la survie.

 

Pendant que la terre fait sa révolution, que des pays arabes font leurs révolutions, que des politiciens européens se proposent de gérer, par leurs propres dictats, les dictateurs d’autres Etats, que des extrêmes droites préparent des cocktails à base de fascisme et de discours sur la démocratie et dénichent  des « causes humaines actuelles » à une insécurité datant, en fait, probablement des débuts de l’humanité, pendant ces « Ah c’était mieux avant et encore avant !» impossibles à situer dans l’histoire, pendant que des considérations hasardeuses font de Gaulois bruns (mais pas blacks) des quelques-uns « de souche », je me demande toujours, s’il y avait eu cohabitation, qui du tyrannosaure ou du tyran humain aurait trouvé le moyen de bouffer l’autre en premier…


Thanachristo Bolanga

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