L'extrême-droite en France — une solution par défaut?

De la crise des matières premières aux révoltes de pays arabes en passant par le récent tremblement de terre qui vient de dévaster le nord-est du Japon, frappant l'une des plus puissantes économies en plein coeur, le monde prend une tournure inédite et nous invite à faire le deuil d'un passé qui nous pensions naguère durable. Mais tout changement génère naturellement la peur parce qu'il nécessite que nous nous adaptions à une nouvelle donne, et, partant, que nous relevions des défis.

 

 

À ce titre, l'Union Européenne a fait dernièrement piètre figure: en confiant aux États la gestion des immigrants du monde arabe, elle a envoyé un message ambigu aux citoyens. Car à quoi bon une Europe et une débauche d'institutions si l'on ne peut compter sur elles en cas de crise aigüe ? De même, la faiblesse des institutions européennes se manifeste régulièrement depuis le début de la crise de 2008, puisque les décisions émanent majoritairement des sommets des chefs d'état et guère de l'exécutif européen. Et dans les crises tunisienne, libyenne, égyptienne, entendons-nous la voix de Madame Ashton ? La diplomatie européenne ne serait-elle qu'un mythe coûteux ? En tout cas, l'Europe, telle qu'on la perçoit, semble molle, inconsistante, irresponsable...

 

Du moins est-ce là que nous serions tentés de trouver la cause de la résurgence des nationalismes dans l'Union: si cette dernière, malgré l'accouchement douloureux de l'ambitieux traité de Lisbonne qui devait nous ériger en une quasi fédération, demeure incapable de nous représenter, nous Européens, comme un groupe de citoyens cohérents, les électeurs éprouvent le besoin que leurs voix soient entendues et leurs préoccupations prises en ligne de compte. Oui, la montée du nationalisme n'a d'autre cause, à notre sens, que le désir des habitants de l'Union d'être dirigés par des gouvernements dignes de ce nom.

 

Or, même au sein des états qui apparaissent comme des entités susceptibles de protéger les citoyens, la crise économique avec ses conséquences sociales, amènent son lot de défiance et de crainte. Ainsi, en France, le bilan du président Sarkozy n'a rien de glorieux : l'insécurité et le chômage étant en hausse, les deux grandes promesses électorales du président (sécurité et pouvoir d'achat) n'ont pas été tenues.

 

Parallèlement, les citoyens français, à l'instar des Britanniques et des Allemands, ressentent la montée de l'islamisme comme une menace. D'ailleurs, cette crainte a été récemment relayée par les trois chefs d'état, donnant un signal politique fort. Mais en dénonçant l'islamisme, c'est-à-dire un état d'esprit qui relègue les lois et coutumes séculières derrière les préoccupations religieuses y compris dans leur dimension politique (charia), nous devons veiller à ne pas mélanger ce même islamisme avec la pratique sereine de la religion dans le cadre privé et le respect de nos lois.

 

 

Du déni aux amalgames

 

Hélas, la dénonciation des conduites islamistes est venue trop tard, et dans l'opinion publique, c'est désormais un rejet massif et sans concession de l'Islam dans son ensemble qui prévaut. En l'occurrence, nos politiques ne font que payer la monnaie de leur pièce: on a pu entendre dernièrement Martine Aubry affirmer que la crainte de l'Islam était un fantasme. Voilà une manière légère de traiter les citoyens, car quelle que soit la réalité de cette menace, la crainte existe, s'exprime et il est du devoir du politique de l'entendre, de l'étudier, de l'expliquer et d'y remédier. En politique, comme en psychologie, le déni engendre souvent des conséquences tardives, mais redoutables. Car si le citoyen considère que le port du voile se répand, fait injure à la féminité et représente le symbole d'une ingérence du religieux dans un état laïc qui promeut l'égalité des tous les citoyens, si le refus de l'alcool et du porc et, désormais, l'impératif du halal sont perçus comme un rejet de notre hospitalité et de nos traditions millénaires, il appartient au politique de traiter le problème à charge et à décharge et non de la balayer du revers de la main.

 

La gauche française nie le problème, la droite a promis de le traiter, mais se réveille tout juste pour déployer son arsenal répressif quand une intervention plus précoce aurait pu éviter haine et amalgame.

 

Le citoyen se tourne maintenant vers l'extrême-droite. Car, pour paraphraser François Coppé, si Marine Le Pen ne propose pas les bonnes solutions (refus de l'euro...), elle a le mérite de poser le problème. Et l'on remarquera que si l'extrême-droite est arrivée aux affaires en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas, il semble que les grands États européens soient en passe de vivre des alternances inédites.

 

En ce qui nous concerne, nous ne pouvons que nous réjouir que la liberté de parole reprenne le dessus, mais encore faut-il espérer que l'on parvienne à juguler nos tendances extrémistes. Nous devons apporter notre soutien ferme aux immigrés qui acceptent et respectent nos loi avec le désir de vivre avec nous et de promouvoir nos idéaux. Quant à ceux qui, concitoyens ou étrangers, refusent nos valeurs et nos lois, il faut leur rappeler avec le secours du judiciaire que, dans nos démocraties, l'application du droit ne souffre pas d'exception.


Renaud Mercier & Nicolas Jacoup

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